‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 41 sur 360 · LA DIPLOMATIE DE DANTON EN · texte numérisé non relu

LA DIPLOMATIE DE DANTON EN

Tagent de l’Autriche Spielmanu se réunirent à Merle près de Luxembourg, pour essayer de s’entendre et de défendre leurs intérêts contre Catherine II : Haugwitz réclama la part de Pologne que son maître convoitait ; Spielmann demanda la Bavière pour l’Autriche (6 novembre) . Chacun voulait s’arrondir : mais la Prusse n’était pas disposée à donner toute l’Allemagne du Sud à sa rivale : la lui refuser pourtant, c’était abandonner la Vistule aux Russes.

C’est alors qu’apparut, après Valmy qui mit le fait en pleine lumière, la situation nouvelle de la France et de l’Europe, si différente pour le salut de l’une et la confusion de l’autre, de ce qu’elle était au temps de la guerre de Sept ans. En réduisant les Français à se défendre, les souverains leur apprirent par une rude leçon à se défaire, provisoirement au moins, des préjugés qui leur servaient de règles dans leurs rapports avec eux. La nécessité où ils les mirent leur suggéra d’instinct une règle meilleure, celle de l’intérêt présent, de l’intérêt unique de la patrie. Au dixhuitième siècle, ils s’étaient perdus, en se mêlant à la fois de l’Orient, des affaires germaniques, en même temps que du partage des continents nouveaux. Ils se trouvèrent, dès qu’ils furent obligés de ne penser qu’à eux, seuls en face de l’Allemagne.

Il ne fallut qu’un instant à Danton pour s’improviser diplomate. Il reconnut dans Talleyrand le seul homme capable de limiter à un duel avec l’Allemagne l’énorme charge de la défense nationale, de contenir l’Angleterre. (( Il faut agir sur des bases nouvelles, disait-il, ou plutôt, en s’abstenant d’agir, il faut se borner à prévenir les coups qui pourraient être portés de ce côté. » Talleyrand formule ce programme. Danton, à côté de Lebrun, ministre en titre des affaires étrangères, s’efforce de l’exécuter, recherche les amitiés qu’il a gardées à Londres, y envoie Noël, avec la promesse en outre de ne plus faire de propagande en Hollande, de céder aux Anglais Tabago et l’Amérique du Sud qu’ils convoitent. Fut-ce à ces efforts qu’il fallait attribuer la neutralité anglaise ? On ne peut au moins douter de leur

L’EUROPE APRÈ3 VALMY. 73

opportunité : la neutralité de l’Angleterre enchaîna le cabinet autrichien, au moment où Valmy décourageait la Prusse.

La situation des puissances allemandes, par un retour des choses qu’elles n’avaient pas prévu, fut aussi compliquée, aussi douteuse que celle de la France devenait simple et rassurante. Pour elles, le règlement des affaires germaniques était lié aux affaires d’Orient. C’était pour se disputer l’Allemagne que les successeurs de Frédéric II et de Joseph II s’associaient aux projets de conquête des Russes. Désormais les affaires d’Orient ne pouvaient plus se régler sans la volonté de l’Angleterre qui avait pu sacrifier la Pologne, mais, avec Pitt, veillait sur Constantinople. Pendant tout le dix-huitième siècle, fAllemagne s’était divisée, par la rivalité de l’Autriche et la Prusse ; cette constitution d’ailleurs de deux grandes souverainetés la rapprochait plus de l’unité, lui préparait un meilleur avenir que le morcellement consacré par les traités de Westphalie. Subitement le programme s'arrêtait, en se heurtant à des intérêts trop nombreux. L’Allemagne demeurait divisée, mais impuissante. Son avenir était subordonné à un bouleversement total de l’Europe. — De même, le rêve de la Russie, qui depuis Pierre le Grand se réalisait par des progrès successifs, se trouvait brusquement limité par l’obstacle que l’Angleterre dressait sur la route des Balkhans. — L’Angleterre, enfin, après l’ivresse des conquêtes, avait subi en Amérique une défaite qui la rendait plus attentive à son empire oriental. Le grand mérite du second Pitt fut de comprendre que son pays, en 1792, ne pouvait plus se contenter de la politique très simple qui lui avait permis de dépouiller ses rivaux en les occupant sur le continent. De nouveaux bouleversements européens lui en susciteraient d’autres, plus dangereux peut-être. La question d’Orient en un mot était posée : elle domine le siècle qui s’achève. Elle intéresse toute l’Europe et l’embarrasse déjà presque autant qu’elle n’a cessé de l’inquiéter en ce siècle.

Sur ce terrain, les convoitises des puissances qui par

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