‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 46 sur 360 · LES PROJETS D’ANSELME · texte numérisé non relu

LES PROJETS D’ANSELME

siens d’ailleurs se chargèrent de mettre fin au rêve. Au milieu de novembre 1792, Brunswick ramenait ses troupes dans les provinces rhénanes. Le 28, Custine craignant d’être coupé, recula, découvrit Francfort que les Hessois réoccupèrent, et se trouva dans Mayence réduit à la défensive. Il perdait la partie laissant à la France, un instant séduite, la charge d’acquitter les frais.

Sur un théâtre différent, avec des ressources plus restreintes encore, Anselme à Nice s’essayait au même rôle. Appelé par les habitants du Comté, le 28 septembre 1792, il prétendit d’abord apporter l’ordre et la liberté. La liberté, ce fut l’annexion, déguisée par une motion du club de Nice qui demanda, le 21 octobre, le retour du pays à sa patrie primitive, la République française. L’ordre fut établi par la troupe, au profit de la populace : « pillage, viols, concussions arbitraires, voilà les fléaux de cette région que vous avez rendue à la liberté, » écrivait, le 18 novembre, un commissaire du Conseil exécutif. Anselme n’en était pas moins fier de son œuvre, au point de réclamer le bâton de maréchal, et, jetant les yeux au delà des Alpes sur l’Italie, il étudiait avec un député en mission, Arena, un vaste plan de conquête : il se voyait chassant le pape de Rome, occupant le Milanais et ruinant le Piémont, seule puissance militaire de la péninsule. C’était par Gênes et parla mer qu’il conduirait ses armées victorieuses, nourries aux dépens des petits souverains et du clergé italien. Et déjà, il offrait à Paris les riches dépouilles de la terre italienne, intrigant, ambitieux, première ébauche très imparfaite d’un Bonaparte conseillé par Salicetti.

De tous les points de l’Italie, ses intrigues attiraient les ambitions. Le 21 novembre 1792, notre agent à Gênes, Naillac, l’appelait à Turin et Milan. « C’est en Italie qu’il faut vaincre les Allemands, écrivait notre chargé d’affaires à Venise. Les peuples, sachant qu’on ne veut pas les conquérir, se prêteraient à l’invasion » : croisade et conquête comme sur le Rhin. Nul n’était plus ardent à les réclamer toutes deux que Mackau, créature à Naples de Dumouriez

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