L’AUTRICHE ET LA LIGUE DES ROIS
La Prusse s’y serait associée, si, résignée à ne pas s’agrandir en Orient, l’Autriche l’eût appelée et admise au partage de la France. Enfin, Catherine II excitait l’Angleterre et les Habsbourg à venger Louis XVI, pour qu’acharnés contre les Français, ils la laissassent en paix détruire la Pologne et peut-être la Turquie. C’était en dernière analyse l’espoir commun d’une curée inespérée qui armait les souverains européens, au moment où ils s’unissaient pour la défense des Bourbons de France et du droit monarchique. (( Les princes, écrivait Malouet, ne voient en Pologne et en France que des pièces à prendre, des hommes à asservir, des provinces à partager. Il n’y a rien de noble, rien de généreux dans leur ressentiment. Je ne vois d’autre trace de ce prétendu système fédératif que de vaines paroles et des formules vides de sens. » La coalition des souverains contre les Jacobins en 1793 n’était pas autre chose qu’un retour, d’une part à la grande alliance de 1701 contre la France, aux alliances de 1770 contre la Pologne, de l’autre. Elle résumait toute la politique du siècle qui s’achevait.
Cependant c’est alors un fait important que les politiques de l’Europe aient été amenés à colorer leurs actes égoïstes d’une apparence de justice, à donner aux partages qu’ils méditaient la forme d’une croisade monarchique. Ce fait fournit la preuve que l’opinion publique autour d’eux se constituait et les obligeait à des explications, autrefois inutiles. Les peuples se sont émus de la mort de Louis XVI. A Londres, les théâtres se sont fermés, des citoyens ont pris le deuil au lendemain du 21 janvier. En Espagne, les paysans se sont armés, excités par les prêtres, des volontaires sont venus s’inscrire pour la guerre contre les Français. A Vienne, on offre des dons patriotiques pour la même entreprise. Cette explosion de haines, ce désir sincère de vengeance s’expliquent par le caractère même que les montagnards ont donné au jugement de Louis XVI. En accusant un roi que la loi même faisait inviolable, ils avaient le dessein de consacrer par l’acte le plus décisif