DUMOURIEZ EN HOLLANDE
râble à ses intrigues que les plaines de Flandre, occupées désormais par les Jacobins, un terrain de résistance d’où il pût avec son armée engager contre eux une lutte décisive : (( Je voulais pénétrer en Hollande. J’en avais les moyens immanquables. Il me fallait sacrifier du monde, mais les Bataves me désiraient. Maître de la Hollande, où j’aurais peut-être permis le pillage, je prenais les troupes de la République et je les incorporais dans les troupes de ligne. Avec une armée aussi formidable j’entrais dans la Belgique, je la délivrais de ses nouveaux tyrans, j’attaquais les Autrichiens pour pouvoir ensuite entrer en France et y rétablir un roi et une loi. »
Peu lui importait de risquer l’armée française à cent lieues de la frontière, pourvu qu’elle l’aidât à fonder son autorité sur la ruine des Jacobins et de la Convention.
Sa témérité était encore plus dangereuse pour la République que les hésitations des Girondins. Les querelles des partis n’étaient rien auprès de ce conflit sur la frontière et dans les armées, entre l’autorité militaire et la Convention. La France, au début de cette lutte redoutable avec l’Europe, fut exposée, si Dumouriez réussissait, à une dictature militaire, s’il échouait, à l’invasion, au démembrement peut-être.
Au mmis de mars, le danger se précisa. L’entreprise ne pouvait pas réussir. Hâtivement conçue, elle fut exécutée sans prudence. L’armée française négligeait toutes les places fortes pour occuper rapidement la Hollande. « Ce n’est pas le temps de la prudence, » disait Dumouriez. Il le prouvait, en chargeant Miranda d’enlever Maëstricht par un coup de main et Valence de défendre seul la Belgique, d’assurer sa ligne de retraite contre un retour offensif de l’ennemi. Miranda ne put s’emparer de Maëstricht : il -apprit que les Autrichiens se massaient sur la Roër. Effrayé
mars), il recula précipitamment par Vanloo sur Liège.
Ce retour inexpliqué, sans défaite qui le motivât, troubla l’armée française que des menaces de révolte en Belgique achevèrent de démoraliser. 11 rendit courage à l’ennemi
RETRAITE, DÉFAITE ET TRAHISON DE DUMOURIEZ. 90 qui se prépara à reprendre le terrain perdu. Et Dumouriez, h son tour, se vit contraint à une retraite précipitée qui lui lit perdre la confiance de ses soldats. Sa colère s’abattit sur les Jacobins. Le 10 mars, il fit arrêter leurs agents Ghaussard, Ghépy; irrité de son écliec, il se décida à suppléer au plan qu’il avait formé par un coup de tête. « Je prendrai la dictature en Belgique. » Au lieu de chercher à réparer ses fautes, il les rejeta sur la Convention, et lui adressa dans sa lettre du 12 mars une véritable déclaration de guerre qu’il fit imprimer. L’ennemi n’avait pas eu besoin de combattre pour arrêter la conquête française : pour conquérir la France, il n’avait plus qu’à laisser éclater le conflit de Dumouriez et des Jacobins.
Cobourg et Clerfayt, les généraux autrichiens, furent obligés pourtant de livrer balaille. Il fallait à Dumouriez le prestige d’une nouvelle victoire a pour sa grande aventure )). Vainqueur à Tirlemont le 16 mars, il fut en partie défait à Nerwinden (18 mars) et obligé de se retirer sur la frontière pour n’être point tourné. Au lieu de la défendre, comme il le pouvait encore, il allait la découvrir par une trahison plus coupable encore que ses projets de dictature, mais nécessaire à son point de vue depuis qu’il s’était démasqué. Le 23 mars, il envoyait son adjudant général à l’armée autrichienne. Cobourg lui adressait Mack, le 25, pour concerter avec lui un coniplot contre la Convention. Sans doute les Autrichiens promirent à Dumouriez de ne pas envahir la France : en leur tournant le dos pour marcher sur Paris, il la leur livrait cependant.
Le 31 mars, Dumouriez annonce à la Convention son retour à la tête de ses troupes; le l®"" avril il fait arrêter Beurnonville et les Conventionnels, venus pour l’arrêter lui-même, les remet aux Autrichiens, fait appel à ses soldats; le 2 avril au camp de Bruitle, le 3 au camp de Maulde, il les exhorte à le suivre à Paris. Les volontaires, au cri de « la Bépublique ou la mort », lui tournent le dos pour faire front à l’ennemi, rangés autour des Conventionnels qui les appellent à Lille. Abandonné le 5 avril, Dumouriez passe la