CRISE INTÉRIEURE ET EXTÉRIEURE (AVRIL
frontière et se livre aux Autrichiens après leur avoir livré la France.
De la Hollande entrevue, de la Belgique perdue, il ne restait plus aux Français partis pour la conquête de l’Europe que l’humiliation d’une déroute, aussi dangereuse pour leur propre sûreté que les paniques de 1792. La guerre civile éclatait de toutes parts au milieu d’eux, plus violente que jamais; dans les provinces, les paysans du Midi, de la Vendée s’insurgeaient contre la Convention. A Paris, le 9 mars, la Commune, pour d’autres motifs, menaça l’assemblée d’un coup de main. Enfin, dans la Convention elle-même, la dispute du pouvoir entre les factions rivales s’aigrit par les reproches que Girondins et Jacobins se firent les uns aux autres d’avoir provoqué cette déplorable aventure. Dumouriez par la fuite s’était soustrait au règlement de comptes qu’on pouvait lui demander. Dans l’assemblée, les partis demeurés en présence se le réclamaient mutuellement. Depuis le 10 mars Robespierre menaçait la Gironde. A partir du 30 mars, la Gironde harcèle Danton et s’eiforce de rejeter sur lui la responsabilité des désastres et des trahisons.
Seul, au milieu de cette confusion, Danton prévoit les dangers de l’anarchie et s’efforce d’y porter remède. 11 réclame dès le 10 mars 1793 la fin des querelles entre les partis et la création d’un gouvernement. Il la réclame alors au profit de la conquête qu’il croit encore possible à force d’audace. (( Point de débats, point de querelles. Vos discussions sont misérables. Je ne connais que l’ennemi. )> — « Nous ne pouvons nous le dissimuler, il nous faut des ministres dont le contact nécessaire et habituel avec vous assure l’ensemble et l’exécution des mesures que vous avez combinées pour le salut public. » Sourds à cet appel, les Girondins refusent de réorganiser le ministère, pour empêcheur qu’il ne lui appartienne. Plus dévoué au bien public, Danton retourne en Belgique, s’efforce de conjurer la trahison de Dumouriez et la retraite précipitée de son armée. Quand il revient à la fin de mars, la patrie est menacée comme au mois d’août 1792.
DANTON ET LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC- iOl
Les premières paroles de Danton sont encore un appel à rimion auquel les Girondins répondent par une déclaration de guerre. Ils raccusent d’avoir connu et favorisé le crime de Dumouriez, et, pour l’atteindre, suspendent eux-mêmes l’inviolabilité des membres de la Convention. Enfin, en pleine crise, ils cherchent à prendre le pouvoir qu’ils lui refusent. (( Saisissons d’une main hardie, ferme et pure, les rênes du gouvernement. Il faut sauver la patrie, )) s'écrie Isnard le 4 avril, et le 6, le Comité de défense générale devient le Comité de Salut public.
La France avait au moins un gouvernement. Mais ce gouvernement appartint à Danton et à ses amis dès les premières élections. C’était, en effet, de nouveau et définitivement la mise à l’ordre du jour de la Terreur. Le 6 avril, le tribunal révolutionnaire avait repris sa fonction, menaçant cette fois les Conventionnels eux-mêmes que l’inviolabilité ne. couvrait plus, par suite des lois nouvelles du 28 mars, du 1®"* et du 5 avril contre les suspects. Léo avril, sous le nom d’armée de l’intérieur, s’organisait la garde prétorienne des sans-culottes, au service de ce régime dictatorial. Les Girondins n’étaient point faits pour gouverner de la sorte. Ces pouvoirs extraordinaires et sanglants devaient appartenir aux hommes qui les avaient imaginés six mois auparavant. La Convention fut logique en les leur confiant. Leur excuse fut de les avoir employés encore au service de la patrie en danger, avec la pensée de la sauver de l’anarchie et de l’invasion. Leur mérite, qui revient presque tout entier à Danton, est d’avoir eu et formulé un programme de politique intérieure et extérieure, au temps où la France en avait plus que jamais besoin.