‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 62 sur 360 · LES DESSEINS DES COALISÉS (8 AVRIL · texte numérisé non relu

LES DESSEINS DES COALISÉS (8 AVRIL

Comité de Salut public la paierait, s’il le fallait, un bon prix : il consentirait à procurer aux Hohenzollern Dantzig, un stathoudérat dans les Pays-Bas, s’ils voulaient ouvrir les yeux à la raison et se lier avec la République contre l’Autriche. Coquetteries, tentations, il n’épargne rien pour séduire et convaincre la Prusse : l’envoi de Semonville en Toscane (23 mai 1793) a pour objet d’alarmer, par une apparence de négociation autrichienne, le cabinet de Berlin, de le ramener, de désunir la ligue.

Si Danton, Lebrun et le Comité avaient connu les véritables dispositions des puissances, et réglé sur l’intérêt présent de l’Europe et de la France leur action diplomatique, ils l’auraient engagée dans des voies absolument opposées. Au moment où le Comité s’organisait sous la main de Danton, le 8 avril 1793 un conseil de guerre se tenait à Anvers auquel assistaient tous les généraux, tous les diplomates de la coalition, le duc d’York et lord Auckland pour l’Angleterre, le comte Relier et le général Knobelsdorf pour la Prusse, Stahremberg et Metternich pour l’Autriche et l’Empire. De tous les assistants, les plus modérés à l’égard de la France étaient les généraux de l’Empereur, Cobourg etMack : ils proposèrent aux alliés de respecter la promesse faite par eux à Dumouriez, de restaurer les Bourbons sans rien prendre à la France. « Leur langage souleva un tocsin général d’indignation. » Et de toutes les réponses, les plus violentes, les plus haineuses furent celles des Anglais : lord Auckland déclara qu’il fallait réduire la France à un véritable néant politique, réaliser des conquêtes à Dunkerque, dans les colonies, et les garder.

L’ivresse de la victoire déliait les langues : les ennemis de la République s’expliquaient franchement, en avril, sur les motifs réels de leur prise d’armes. « J’avais cru », disait Cobourg à François II, « que le vœu des puissances était de rétablir en France la monarchie, l’ordre et la paix en Europe. Je trouvai que je m’étais trompé. Je vis que chacun ne pensait qu’à soi. »

Sans doute l’Autriche y pensait comme les autres. Mais

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