‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 63 sur 360 · LES AMBITIONS DE L^AN GLETERRE · texte numérisé non relu

LES AMBITIONS DE L^AN GLETERRE

elle n’avait pas, comme l’Angleterre, les yeux uniquement fixés sur les dépouilles de la France. Elle convoitait en même temps celles de la Pologne. Le démembrement de la République française lui paraissait plus malaisé, plus incertain que celui de la République polonaise. R y fallait des ménagements, a Quel est le but de la guerre contre la France, disait Thugut le 14 avril ; la restauration de la monarchie. Non, il ne faut pas reconnaître ni le Dauphin, ni Monsieur, ni exciter le peuple de France au point de le réunir contre les conquêtes qu’on médite à ses dépens. » Le cabinet autrichien comptait avec le sentiment national en France, et il avait laison. Il n’avait pas tort non plus de penser qu’un profit plus aisé l’attendait en Pologne, si l’Autriche s’imposait à la Prusse, à la Russie prêtes à opérer un deuxième partage. François II réclamait à Catherine sa part, et arrêtait ses troupes aux Pays-Ras pour forcer les Prussiens par intimidation à la lui concéder.

Le gouvernement prussien, depuis Valmy, faisait mieux encore la différence des conquêtes sur le Rhin ou sur la Vistule, et renonçait volontiers aux unes pour s’assurer des autres. « Que faut-il faire? se disaient les généraux de Frédéric en face des quartiers de Gustine : rien. Nous avons en tout cas un morceau de Pologne. )>

Seule l’Angleterre était déterminée à une lutte opiniâtre, acharnée, exclusive contre la France, par sentiment, par ambition, par intérêt aussi. Si, malgré ses refus qu’elle renouvela jusqu’au 14 juillet et au 31 août, de laisser partager la Pologne, ou sacrifier la Ravière, les puissances continentales s’agrandissaient, il lui fallait des compensations, prélevées sur la France. Elle s’approchait de Dunkerque, se saisissait de Toulon, négociait en Vendée, occupait Tahago, reprenait en un mot son duel avec la France au point où la paix de Paris l’avait interrompu.

Tandis qu’ils croyaient poursuivre l’Autriche surtout, l’ennemie traditionnelle, les Conventionnels en 1793 déchaînaient sur la France, une fois encore, l’orage qui avait brisé au dix-huitième siècle son empire colonial, et qui

ÉCHECS ET RETRAITE DE DANTON (JUIN, JUILLET 1793). 107 menaçait maintenant son existence nationale. Danton s’en aperçut le 18 mai aux réponses qu’il reçut de Londres. Le gouvernement anglais exigeait de la France qu’elle rendît même Avignon, après la Savoie, sous prétexte d’avoir la preuve qu’elle renoncerait à toute conquête, en réalité pour l'atteindre dans les principes essentiels de sa vie nationale. « Il faut, disait Pitt alors, que les forces de la France soient assez affaiblies et celles de l’Angleterre assez augmentées. » Trop tard, Danton entrevit avec Lebrun la vérité : c’était à l’Autriche qu’il eût fallu s’adresser. Peu pressée de courir des risques en France, jalouse en Pologne de la Prusse et de la Russie, elle aurait consenti à traiter, si ou lui eût permis l’échange de la Bavière contre les Pays-Bas. La paix, la ruine de la coalition, sur ce fondement, étaient probables. Car la Prusse, qui refusait au Comité de combattre l’Autriche, l’eût suivie immédiatement dans la retraite. Et l’Angleterre restait seule, en face de la France, résolue et sans doute de force à se défendre. Excellente dans son principe, opportune, la diplomatie de Danton fut sans effet par l’emploi des moyens usés, des traditions surannées que lui fournissaient ses collaborateurs.

Certes, il eut vite fait de s’orienter autrement, quand il reconnut son erreur. Dès le 15 juin, son confident Hérault de Séchelles fut chargé de s’aboucher sur le Rhin avec les agents autrichiens ; le 7 juillet, Chauvelin reçut l’ordre d’aller en Toscane préparer une négociation sérieuse avec l’Autriche. Mais cette conversion tardive se faisait au moment où Danton ne disposait plus du Comité de Salut public, ni par conséquent du pouvoir. Pendant les trois mois qu’il l’avait occupé presque souverainement, il n’avait pas réussi, comme il le souhaitait, à limiter la guerre de la Révolution, ni même le nombre de ses ennemis.

Sa politique étrangère échouait comme sa politique intérieure. Il espérait. Je 13 avril, mettre fin à l’anarchie, à l’émeute : les nécessités de sa lutte avec les Girondins l’obligeaient, le 2 juin, à atteindre, pour les frapper, le seul pouvoir capable de restaurer un régime légal, la Gonven-

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