‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 7 sur 360 · LÉOPOLD II ET LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

LÉOPOLD II ET LA RÉVOLUTION

la famille des Bourbons, et de très près, pouvait être amené, soit par les sollicitations de ses parents, soit par le désir de les servir, à tenir une conduite différente. Mais de tous ces princes il se trouvait justement le plus intéressé à ne pas chercher querelle aux Français. Nul ne pouvait davantage se réjouir de voir affaiblis cette monarchie et ce peuple toujours hostiles et funestes à sa maison. L’Etat autrichien avait été très ébranlé par les réformes de Joseph II, à un moment où sur toutes ses frontières les plus grands dangers le menaçaient. Une guerre dans les Balkans, malheureuse contre les Turcs soutenus par l’Angleterre, une invasion prochaine des Prussiens que Pitt avait également armés, et peut-être une insurrection en Pologne, des révoltes en Hongrie et en Belgique, tel était le compte redoutable que Joseph II avait laissé à régler à son frère. Léopold II le régla de son mieux, en sacrifiant aux Anglais les espérances de l’Autriche dans les Balkans; avec leur concours, il apaisa la Prusse à Reiclienbach (26 juin 1790), résista et pardonna à ses sujets rebelles (juin 1790). Il était trop heureux que la France le laissât procéder à cette liquidation onéreuse; trop attentif aussi aux progrès des Russes restés maîtres du terrain en Orient, après sa retraite, pour se créer volontairement des embarras sur le Rhin. La neutralité des Français lui était précieuse, et il disait : « Il n’est aucun souverain en Europe qui ait le droit de demander compte à une nation de sa constitution. Si elle est bonne, tant mieux pour elle; si elle est mauvaise, les voisins en profiteront. »

C’était également l’avis en Angleterre du ministre principal, de Pitt. Il n’éprouvait ni l’admiration de Fox pour la Révolution, ni les haines de Burke. Il la jugeait comme une circonstance plutôt favorable à l’Angleterre, d’abord en ce qu’elle |)araissait annuler sa rivale : a un roi constitutionnel étant faible d’autorité serait moins dangereux qu’un roi à la Louis XIV. » Si la France ne devait plus compter en Europe, l’Angleterre n’y serait que mieux écoutée, et justement l’état des affaires d’Orient l’obligeait à employer toute

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