‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 8 sur 360 · L’ANGLETERRE ET LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

L’ANGLETERRE ET LA RÉVOLUTION

son autorité contre les entreprises et les desseins de Catherine IL Elle avait réussi à rallier contre les Russes la Prusse et la Hollande, à détacher d’eux l’Autriche, à réveiller la Pologne et la Suède. Etait-ce le moment de ranimer la France affaiblie et désarmée? Pitt était persuadé du contraire, autant et parce qu’il était convaincu de la nécessité de fermer aux Russes les Balkans. « Laissez, disait-il (15 avril 1791), les Russes garder toutes leurs conquêtes, pousser jusqu’au bout et chasser les Turcs d’Europe. Avec ceux qui posent en principe que cela n’a point d’intérêt pour nous, je refuse de discuter. » Il trouvait, en effet, dans l’Assemblée constituante plus d’appui que dans le parlement anglais, et celle-ci, en retour, dans sa volonté de ne pas l’attaquer, la plus solide garantie de succès.

Les adversaires de Pitt, par esprit d’opposition, par désir de venger les défaites de la guerre d’Amérique, pour agrandir encore le domaine de l’Angleterre, envisageaient les troubles de France à un autre point de vue. L’occasion leur paraissait bonne d’attaquer leurs voisins au milieu d’une pareille crise, de leur enlever le peu que la guerre de Sept ans leur eût encore laissé dans le monde. Et plus d’un politique pensait, comme eux en Europe, qu’il fallait en profiter. « C’est le moment, écrivait le ministre du roi de Prusse, Hertzberg (juillet 1789), à son maître. Voilà une situation dont les gouvernements doivent tirer parti. ))

En Allemagne, en effet, la Prusse ne partageait pas plus les vues pacifiques de Léopold II que certains Anglais n’approuvaient la neutralité de Pitt. Elle s’était alliée à l’Angleterre, non pour prévenir une crise orientale, mais pour la régler à son avantage. Convoitant Thorn et Dantzig, elle avait soulevé, soutenu les Polonais à ce prix, et mobilisé son armée en Silésie pour forcer l’Autriche à un nouveau démembrement de la Pologne. La prudence de Léopold avait déjoué ses calculs et fait avorter brutalement cette entreprise. Les événements de France pouvaient aider les Prussiens à la reprendre. Une guerre sur le Rhin laissait

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