‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 70 sur 360 · POLITIQUE BELLIQUEUSE DU COMITÉ DE L’AN III · texte numérisé non relu

POLITIQUE BELLIQUEUSE DU COMITÉ DE L’AN III

La réaction thermidorienne pouvait faire croire que, plus modérée au dedans, la Révolution le serait aussi au dehors.

11 n’en fut rien : le Comité de Salut public, qui réorganisa au mois d’août 1794 les affaires étrangères, en y rappelant des serviteurs de l’ancien régime, Otto, Perreau, Reinhard, prétendit dès le premier jour restaurer à l’aide des armées républicaines, achever l’œuvre glorieuse de la monarchie. (( Depuis Henri IVjusqu’en 1756, disait-il sans hésiter devant cet éloge des souverains français, les Bourbons n’ont pas commis une seule faute majeure. Nos tyrans, forts de l’industrie nationale, parvinrent à donner à la France le degré d’étendue qui en a fait la puissance la plus terrible au dehors . )>

Le Comité de Salut public se composait alors de Terroristes que l’opinion, les circonstances avaient obligés à sacrifier la Terreur. Mais leur pouvoir incertain, illégal et toujours discuté, les réduisait à demeurer terribles avec l’étranger. Dès le premier jour, pour vivre, ils durent vaincre et conquérir. Leur diplomatie ne pouvait donc être que l’auxiliaire de leurs entreprises ambitieuses. Tallien, le 17 octobre 1794, la définissait ainsi : « On a dit, je le sais, une république puissante ne traite avec l’ennemi qu’à coups de canon. Mais une république peut avoir une autre diplomatie que celle-là, et dans des mains pures, cette dernière peut tirer de grands secours de l’autre. » Et Merlin de Thionville, en deux mots, formulait le programme de cette politique : (( Il faut que la République dicte des lois à l’Europe. » (24 novembre 1794.)

Ce n’était pas un programme pacifique. Le principe essentiel du Comité de l’an III en matière d’affaires étrangères fut la poursuite de la guerre. A la tribune de la Convention, Merlin de Douai la déclarait nécessaire, inévitable contre l’Angleterre, cette « odieuse puissance )>, contre « l’astucieuse Autriche ». Duhem lui répondait sur un ton aussi agressif : a Poussons la guerre à fond. L’Anglais est le seul ennemi. » Et deux mois après (janvier 1795), au Comité de Salut public, Dubois-Crancé proposait « des combinaisons diplomatiques qui lui permissent de poursuivre son objet

NÉGOCIATIONS AVEC LA PRUSSE ET L’ESPAGNE. 127 immuable : guerre à mort à l’Angleterre et à l’Autriche. » Mais, aux yeux de ces politiques, tout imprégnés des traditions de l’ancien régime, la paix, des traités, des alliances pouvaient trouver leur place dans ce plan offensif et même aider à le réaliser plus vite» plus complètement. « Tandis que nous concentrerons la guerre continentale contre l’Autriche, écrivait le 19 janvier 1795 le Comité à un de ses agents, nous tâcherons disoler d'un autre côté notre ennemie maritime, l’Angleterre. »

Ce fut dans cet esprit que les Thermidoriens commencèrent de négocier avec le roi de Prusse à partir du 5 décembre 1794. Ils espéraient le détacher de l’Autriche et du même coup se l’attacher. Le 15 janvier 1795 ces espérances figuraient comme un ordre dans les instructions envoyées à notre ambassadeur chargé à Bâle de la négociation. « Il est temps que l’Allemagne soit délivrée de l’oppression de l’Autriche, et que cette maison, dont l’ambition depuis trois siècles a été le fléau de l’Europe, cesse d’en troubler le repos. — En méditant bien l’état de l’Europe, tu auras sûrement reconnu que la Prusse et la France doivent se réunir contre l’ennemi commun. Ceü le but principal de la négociation^ celui auquel tu dois tendre, »

Et de même, si le Comité écoutait les propositions de l’Espagne, c’était avec l’espoir de l’engager à une alliance contre l’Angleterre, a II n’est pas loin, s’écriait Merlin de Douai le 4 décembre 1794, le temps où plusieurs de ces gouvernements, ameutés contre nous par l’Angleterre, ne pourront fixer sans effroi l’abîme dans lequel cette odieuse puissance a pensé les précipiter, où l’Espagne ouvrira les yeux sur les projets ourdis par le cabinet de Saint-James, où, calculant enfin ses vrais intérêts, elle reconnaîtra que l’Angleterre est sa seule et véritable ennemie. )) Quand l’Espagne en parut convaincue, le 7 mars 1795, le Comité chargea Bourgoing de lui offrir avec la paix une alliance offensive et défensive, la conquête même du Portugal, cette sorte de colonie anglaise, et Gibraltar : « notre grand objet étant d'affaiblir V Angleterre, »

Page 1