CONCLUSION DE LA PAIX AVEC LA PRUSSE (5 AV
On s’étonne que, dans ces conditions, la France ait réussi à dissoudre la coalition. Posé ainsi, le problème de la paix, même d’une paix partielle, paraissait insoluble, au grand regret de quelques hommes alors qui l’eussent voulu résoudre vite, pour le bien de la France et l’afTermissement de la République. Dès le 16 juillet 1794, Carnot qui avait organisé la victoire avertissait les Français de n’en point abuser. « Nous pourrions planter, écrivait-il, l’arbre de la liberté sur les bords du Rhin, réunir à la France tout l’ancien territoire des Gaules. Mais il est peut-être sage de renoncer à ce système qui préparerait à la France une guerre interminable. » Et le négociateur de la paix de Bàle, Barthélemy, fidèle à la politique de Vergennes, s’efforçait de prouver que cette paix serait bonne, même sans conquête, et surtout sans alliance en vue d’une guerre nouvelle.
Ce ne furent pas leurs conseils d’ailleurs qui décidèrent la Prusse et le Comité de Salut public à se faire les concessions indispensables, mais la nécessité. Le roi de Prusse, pressé d’être libre pour intervenir en Pologne où les événements se précipitaient, prit les devants. Il écouta son ministre, Haugwitz, qui lui conseillait d’être plus prussien qu'allemand : il chargea Hardenberg d’offrir secrètement à la République pour terminer, sinon la rive gauche du Rhin, du moins les territoires prussiens de cette région et la promesse d’examiner favorablement la situation du reste, à la paix générale. En échange, il exigea une convention de neutralité pour la Prusse et le Nord de l’Allemagne, qui ne laissât point à la France l’espoir de les entraîner à sa suite contre l’Autriche. Le Comité de l’an III refusa d’abord énergiquement : la paix de Bâle en cette forme perdait le caractère qu’il avait surtout souhaité lui donner. C’était un traité simplement, et non plus le germe d’une coalition.
Mais, le 31 mars 1793, dans la crainte d’une émeute qui éclatait le avril, très violente, contre la Convention, le Comité, pour ne pas tout perdre, se décidait à signer
130 LA PAIX AVEC L’ESPAGNE (22 JUILLET 1793). cette paix, quoique incomplète. Elle manquait, à ses yeux, de l’avantage essentiel, fondamental. iMais elle lui permettait encore de se montrer victorieux et patriote aux Français à demi assurés de la rive gauche du Rhin. Pour la même raison elle plaisait aux Prussiens, qui pourraient se présenter aux Allemands comme les protecteurs et les garants de leur repos : l’Autriche avait perdu la patrie; la Prusse accourait et prenait sa défense.
Pendant que le Comité et la Prusse se faisaient ces concessions décisives et signaient le traité de Bâle (5 avril 1795), la paix entre l’Espagne et la France avait paru s’éloigner. Le 10 mai 1795, puis le 18 juin, le Comité adressait à l’Espagne des menaces de guerre. Mais un mois après, la nécessité l’obligeait à changer de ton. L’insurrection, au début de juillet, devenait redoutable en Ven- > dée, par l’appui des Anglais. Pour combattre Pitt, il parut bon d’avoir l’Espagne, et de ne la plus traiter en ' vaincue, si l’on voulait son alliance. « Comme l’état de < guerre de la République avec l’Espagne est en quelque i manière contre nature, et attendu que la paix avec cette I puissance fournira des moyens de presser plus vivement . les ennemis sur d’autres points, » le citoyen Servan est | chargé de se relâcher de toutes demandes de cession de * territoire (11 juillet 1795). Il obtint pourtant Saint- ; Domingue, que Godoy, effrayé des victoires de Moncey aux ’ Pyrénées, offrit de son côté pour avoir la paix. En se mon- ; trant clément, le Comité escomptait l’alliance espagnole. ! (( Nous avons un ennemi de moins et un allié de plus. » '| C’est ainsi que Treilhard annonçait le traité du 22 juillet | à la Convention. |
Dans l’esprit des négociateurs français, les traités de 1 Bâle n’étaient donc que des arrangements tout provisoires, préfaces de traités offensifs que la nécessité seule les obligeait à reculer de quelques mois. En signant la paix, aux mois d’avril et de juillet 1795, ils entendaient se procurer un moyen décisif de pousser la guerre, et de réaliser des conquêtes glorieuses. En cela, ils ressemblaient à la plu-