SIEYÈS ET LA CONSTITUTION DE L’AN III
des politiques, l’ont pris comme maître et loué de sa pénétration et de son sens pratique, a Ceux qui n’ont considéré Sieyès que sous le rapport d’un métaphysicien, a dit Mallet du Pan, un bon juge, ne le connaissaient que de profil. Fertile en découvertes d’exécution, sachant se taire et attendre, ne concevant pas de plans chimériques, il alliait la dextérité à la constance. ))
Ambitieux au fond, et amoureux dn pouvoir, mais se défiant des hommes, calculateur qui ne voulait jouer qu’à coup sûr et sans se démasquer, il intrigue dans la Révolution en homme d’église, se heurte aux hommes d’action, leur est indispensable aux heures où il faut penser, combiner, et inutile quand il faut agir. « Sieyès, disait Bonaparte, calcule volontiers ses intérêts. » Ses constitutions ont été ses principaux calculs; jamais elles ne furent ni des chimères, ni les conceptions d’un esprit désintéressé du présent et du réel.
En l’an III, il parut s’imposer à la Convention par l’autorité de son parti. Les Girondins revenus d’exil dans l’assemblée tenaient une grande place et le mettaient parmi eux au premier rang. Les présidences de la Convention, la majorité à la Commission des onze, la presse, et jusqu’aux imprimeurs, la Jeunesse active qui avait mis fin à la Terreur, tout appartenait, et l’opinion publique ellemême, aux Brissotins, comme on les appelait encore en 1795. Une république girondine paraissait certaine, pourvu qu’elle sût à la fois contenir les montagnards et les royalistes. Si les idées du temps s’étaient accommodées d’une présidence, Sieyès eût été désigné. 11 voulut du moins être la pensée unique de ce gouvernement et chercha les moyens de s’installer avec ses amis au pouvoir. Et il forma le plan de la Constitution de l’an III.
Tout en laissant sa place à l’assemblée populaire, au Corps législatif, et en gardant sous un nom différent l’ancien Comité de Salut public, le législateur girondin constituait dans la République un pouvoir nouveau, un Sénat, les Anciens^ auxquels discrètement il attribuait