SES PREMIÈRES HÉSITATIONS
une étape. A ses protecteurs, qui lui permirent en attendant mieux de rester auprès d’eux à Paris (20 août 1795), à Barras, Fréron, Doulcet, Debry il n’hésitait pas à désigner rOrient comme le centre et le théâtre des entreprises décisives, mécontent si on l’empêchait alors d’aller en Turquie.
Il s’en est fallu de peu qu’il ne s’embarquât pour Constantinople. Le Grand Seigneur demandait en juillet 1795 à la République des officiers d’artillerie. Bonaparte établit un projet de réorganisation des armées turques On le chargea une première fois en juillet, une seconde fois en septembre 1795 de l’appliquer. Il emmenait avec lui sa famille, son frère, et le beau-frère de Joseph, comme pour un établissement durable, lorsque l’amitié de Barras (13 vendémiaire) et ses services contre les royalistes parisiens le rattachèrent à la Révolution et le désignèrent au Directoire. Peut-être avait-il entrevu en Orient, là ou seulement se fondent de grands empires, des destinées plus conformes à l’étendue de son génie. Quand il trouvait un an plus tard l’Europe « une taupinière », que devait-il alors penser de la France?
Cependant, l’une et l’autre s’armaient pour un combat qui semblait annoncer de grands bouleversements. L’heure était propice aux larges entreprises. Bonaparte se déclara satisfait d’avoir obtenu, par l’amitié de Barras et peut-être grâce à son mariage avec Joséphine, un commandement, un premier rôle. Il était désigné pour diriger l’armée d’Italie (février 1796), seul responsable, seul maître de déployer son génie et d’atteindre la fortune, déjà conscient de sa supériorité : « Mon épée est à mon côté, et avec elle, j’irai loin. »
En quelques jours, Bonaparte a triomphé de la coalition des Piémontais et des Autrichiens. Le 26 mars, à la tête de son armée, il a battu successivement ses adversaires et imposé en un mois la paix à la Sardaigne (avril 1796). Jamais peut-être le Directoire ne sera ni mieux, ni plus vite servi : « Toute l’Italie est à vous,» lui écrit le général victorieux. Et il le prouve, en imposant au duc de Parme,