‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 82 sur 360 · LA CAMPAGNE DE 1796 EN ITALIE · texte numérisé non relu

LA CAMPAGNE DE 1796 EN ITALIE

en échange d'une trêve, tous les frais de la campagne, en dépouillant du nord au sud Milan, Bologne, Livourne, de leurs richesses, de leurs tableaux. Peuples affranchis comme les Lombards, princes menacés ou épargnés comme le duc de Modène, versent également leurs millions dans les caisses du Directoire. L’éclat de cette conquête si lestement enlevée, de ces victoires dont chacune fait écho à l’autre, du jeune général déjà populaire, rejaillit sur les hommes qui l’ont choisi. N’ont-ils pas le droit de faire la guerre, et raison de l’étendre? L’Allemagne, la Belgique, la Hollande furent à demi oubliées : l’Italie, aussitôt prise qu’entrevue, parut pour les Directeurs un don de joyeux avènement.

Et déjà pourtant, elle leur appartenait à peine. Eu mai Bonaparte entrait à Milan, et son langage se modifiait : (( L’Italie est à nous^ » disait-il ce jour-là à Marmont. i Ivresse du triomphe peut-être, mais conscience des res- 'I sources aussi dont il dispose. Le secret de ses succès, ' c’est la sûreté de ses plans. C’est aussi la façon supé- J rieure dont il a façonné l’âme de ses soldats. Il les sait < mal nourris. Il leur montre les plaines de Lombardie. ^ (( Le gouvernement ne peut rien vous donner. Je vais vous \ conduire dans les plus fertiles plaines du monde. Vous y ï trouverez gloire, honneur et richesse» (27 mars). Il insiste i après leurs premières victoires le 26 avril : «Vous faites ’ des marches forcées, sans souliers, sans pain. » Bonaparte i pourrait à l’armée répéter le langage de Sieyès au Tiers- • Etat. Le Directoire l’a réduite à rien. Et par lui, elle est | tout. Il la tient par la gratitude, l’amour-propre et le profit I acquis. Ensemble, ils oublient la République et son gou- j vernement, et se sentent presque hors de France, sur cette | terre devenue française par leurs seuls efforts. >

Bonaparte, en un mot, a réalisé en Lombardie ce que | Dumouriez avait tenté en Flandre. Les soldats ne l’aban- f donneraient pas aussi aisément, sur un ordre ou une accu- | sation venus de Paris. Et d’ailleurs, il ne travaille pas t pour d’autres que pour lui. Avec le levier qu’il s’est forgé, |

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