BONAPARTE IMPOSE LA PAIX
disait-il le 26 septembre à Cobenzl, le plénipotentiaire de l’empereur, qu’on ne voie la république de Vienne. )> En vain celui-ci essaya, par des chicanes et des subtilités, de marchander. « On me fait perdre mon temps, disait Bonaparte, je suis l’égal de tous les rois. )) A d’autres moments, il r^^ppelait avec éloge les souvenirs de Joseph II qui s’entendait si bien aux échanges avantageux. Serviteur auprès de Catherine II de la politique de Joseph, Cobenzl ne répugnait pas au partage que Bonaparte lui proposait. Mais, si la cour de Vienne était décidée à démembrer l’Italie, elle hésitait à livrer l’Allemagne à la France. Elle craignait l’indignation des Allemands et les agrandissements de la Prusse autorisée par son exemple.
Le octobre 1797, Cobenzl avait trouvé le moyen de sauver les apparences. La paix était faite en principe, quoiqu’elle ne fût signée que le 17 octobre à Campo-Formio. Rien dans le traité public ne devait apprendre aux Allemands que l’Autriche consentait à la cession de la rive gauche du Rhin : c’était une querelle spéciale à l’Empire et à la France qui devait se régler dans un congrès dont le lieu seul, Rastadt, était désigné. Mais dans les articles secrets, l’Empereur offrirait ses bons offices à la République pour lui faire obtenir le pays rhénan limité au nord par le cours de la Nèthe. Il évacuerait Mayence pour donner le signal de cette cession, et, si l’Empire résistait, retirerait ses troupes. En échange, et toujours secrètement, il obtenait le pays de Salzbourg et la Bavière jusqu’à l’Inn.
L’Autriche avait donc enfin consenti à un partage de l’Allemagne avec la France, formel, quoique secret : dans le traité définitif on ajouta en effet, comme au partage de la Pologne, que si la France recevait de nouveaux territoires en Allemagne, l’Autriche recevrait des équivalents. Ce n’était pas un fait particulier, mais un principe, une règle applicable à tous les CHS. Pour mettre fin à la guerre de la République Ht de l’Autriche, et par là se faire en sûreté sa part en Italie, Bonaparte offrait à toutes deux ce moyen de pacification dans le présent et pour l’avenir. Il réussit ainsi à
i64 BONAPARTE ET LA PAIX DE CAMPO-FORMIO. constituer définitivement dans l’Italie du Nord, depuis les Alpes jusqu’à Mantoue, coriime un Etat à sa discrétion, a J’y suis plus maître et souverain, disait-il àMiot le 16 novembre, que général d’armée. » Et déjà il rêvait de l’agrandir du côté de l’Adriatique : lorsqu’au cours des négociations l’Autriche voulut réclamer les îles Ioniennes, Bonaparte résista jusqu’à menacer de rompre. Le succès encourageait ses audaces.
Pour apprécier l’étendue de ce succès, les clauses du traité de Campo-Formio ne suffisent pas. Il faut voir la situation acquise par Bonaparte du mois de mai au mois d’octobre 1797. Au Montebello, il a organisé sa cour que Joséphine préside entourée des dames de l’aristocratie milanaise. Généraux, diplomates, députations y viennent de toutes les parties de l’Italie et de l’Europe. Gomme un souverain, le vainqueur traite avec les ministres de l’Autriche, de Rome, de Sardaigne, de Venise, des cantons suisses et des princes allemands. Chaque jour, il dicte ses ordres aux Italiens dont il est u le libérateur et le maître î). Ils lui obéissent, ils lui font cortège. A Passeriano, quelques mois après, par de nouvelles victoires, son prestige et son autorité se sont encore accrus : il se prépare à augmenter la République italienne qu’il a fondée des cantons italiens de la Suisse. A Gênes, ses agents Faypoult et Morando, puis Lavalette intriguent contre le Sénat et le Doge, et constituent le 6 juin la république ligurienne. Des Alpes à la mer ou à l’Apennin, toute l’Italie du Nord est à sa discrétion. Par droit de conquête, il est l’égal des rois. Par ses ambitions, il les dépasse.
C’est à Passeriano, en effet, que se développe, en vue de l’Adriatique, le rêve qu’il a formé de fonder un Etat à sa mesure. « Ce n’est qu’en Orient qu’il y a de grands empires, » dit-il à son confident Bourienne. Quand au mois de février 1797 il a pris Ancône au pape, il a vu au delà delà mer intérieure que ce port commande Constantinople à sa portée, la Macédoine à vingt-quatre heures de distance. La conquête de Venise entraînait la possession de ses éta-