LE PARTAGE DE L’EUROPE EN
paru appelée à réaliser. En vain, le Directoire essayait-il d’excuser ce débordement de violence et de conquête par les prétendues nécessités de la défense nationale, les sollicitations des patriotes étrangers, les droits historiques de la France et les précédentes usurpations des autres puissances. Toutes ces raisons valaient celles que Frédéric II avait fait valoir pour dépouiller Marie-Thérèse de la Silésie ou la Pologne de sa liberté.
Il était naturel qu’ayant besoin de la guerre et de la conquête, pour se maintenir au pouvoir, les républicains de l’an VI en vinssent à pratiquer la méthode, à parler le langage qui avaient servi les grandes injustices du dix-huitième siècle. Formée à l’école de Frédéric, l’Europe se reconnut en eux et ne s’étonna point de leur œuvre, identique à toutes celles qu’elle avait pris l’habitude de sanctionner. •La Prusse négociait volontiers avec la France à Bâle et à Rastadt le partage de l’Allemagne, l’Autriche celui de l’Italie; et l’Angleterre lui eût abandonné définitivement les Pays-Bas en échange des ;colonies hollandaises. L’espoir de s’agrandir à peu de frais disposait les puissances fortes à laisser les Français s’agrandir. Victimes ou témoins, les faibles, sans défense et sans recours, se résignaient. En somme, les annexions du Directoire, en pleine paix, s’expliquaient par une sorte d’entente tacite avec les grands Etats, fondée, comme les alliances de l’Allemagne et de la Russie au dix-huitième siècle, sur la communauté des convoitises.
' Les Allemands faillirent alors à leurs dépens apprendre ce que valait cette entente avec les conquérants, cette méthode de s’associer à leurs conquêtes, au lieu de la limiter. Complices et complaisants, ils risquèrent fort d’être dupes.
Dès le mois de janvier 1798, le plénipotentiaire de la France à Rastadt, Treilhard, avait eu une idée ingénieuse et sage qu’il proposa de nouveau au Directoire à la fin de mars. Il voulait que la France, nantie de la part d’Empire qu’elle avait souhaitée, laissât la Prusse, l’Autriche et les princes régler entre eux le démembrement et la séculari-