LE PROJET DE SIEYÈS EN L’AN VI
du Directoire n’étaient que des ébauches timides. Lorsqu’il parût le 10 mai 1798, pour Berlin, comme envoyé extraordinaire de la République, il reçut du gouvernement des pouvoirs tels qu’il était déjà le ministre des affaires étrangères et presque le premier ministre de la République. Talleyrand, désolé de voir la guerre s’étendre, impuissant à corriger des dispositions belliqueuses qu’il blâmait, abdiquait entre ses mains et lui parlait sur un ton où jamais ministre ne parla à ses agents : a Je vous serai reconnaissant de me communiquer vos propres idées. Je n’ai pas besoin de vous dire de quel poids sera votre opinion. Vous savez à quel point repose sur vous la confiance du Directoire et de la nation entière. — J’ai la certitude que je remplirai ses intentions en proposant de vous confier ce qui sera le plus difficile et du plus grand intérêt pour la République. — Vos principes sont les miens. )>
Ces principes de Sieyès, c’était de hâter et de poursuivre le remaniement de l’Allemagne par un bouleversement total de l’Europe. Il prenait pour levier l’ambition et la cupidité de la Prusse. Par son concours <( il espérait activer et conclure la négociation de Rastadt. » (Instructions de Sieyès, 20 juillet 1798.) Il voulait surtout que son alliance, (( une association complète de moyens et de forces » procurât à la France la domination de l’Europe centrale. Unie à la première monarchie militaire de l’Europe, la République conquérante au cœur de l’Allemagne une
fédération de princes assez robustes pour devenir des auxiliaires utiles, assez faibles pour être ses protégés nécessaires. C’était réaliser le rêve des Directeurs « et des maximes d’État invariables », servir la gloire de la France et ses traditions.
Mais l’invention propre de Sieyès ne consistait pas dans cette première partie de son programme. Là, il ne faisait que reprendre les plans des négociateurs de Bâle, de Campo-Formio et de Rastadt. L’alliance prussienne, depuis Valmy, avait été recherchée par tous les diplomates de la Révolution, et sans succès. Le mérite de Sieyès, sa