‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 96 sur 360 · REMANIEMENT GÉNÉRAL DE L’EUROPE · texte numérisé non relu

REMANIEMENT GÉNÉRAL DE L’EUROPE

supériorité sur ses prédécesseurs, du moins aux yeux des hommes qui alors recouraient à lui, furent les moyens qu’il offrait d’acquérir cette alliance et de la fixer enfin. Il proposait un remaniement général de l’Europe orientale, si favorable à la Prusse qu’il ne doutait pas, en partant pour Berlin, de la conquérir à ses vues dès le premier jour. La Pologne, « reconstituée en corps de nation » sous la protection des Hohenzollern, devenait le centre de leur royaume, transféré au nord et à l’est de l’Allemagne; en compensation des agrandissements delà France au delà du Rhin, la Prusse s’étendait sur la Yistule, se transformait en puissance orientale, limitait la Russie, en lui arrachant sa victime : un beau rôle, semblait-il, et un grand profit. Il ne tenait qu’à l’Autriche d’en trouver de semblables en Orient, si elle laissait l’Allemagne aux Français, et se réservait la Turquie.

Alors, allié de l’Espagne, de la Hollande, de la Suisse, de l’Italie, des principaux membres du corps germanique, la France disposerait de toute l’Europe, depuis l’Elbe jusqu’au fond de la Méditerranée, et réduirait l’Angleterre à merci, tandis que la Russie serait rejetée dans les plaines de l’Asie par la Prusse et l’Autriche chargées de la garde du vieux monde. Toutes les questions qui depuis deux siècles occupaient les hommes d’Etat, du même coup, seraient résolues : la lutte des puissances maritimes, le règlement des affaires d’Allemagne, et les affaires d’Orient, de la Baltique à la mer Rouge. Des trois puissances qui s’étaient singulièrement agrandies aux dépens de la France, l’ime, l’Angleterre serait rejetée à la mer; les autres, la Prusse et la Russie refoulées dans les. plaines de l’Est. Et la France, replacée au premier rang par les efforts de la diplomatie républicaine, à fabri de toute coalition possible, ferait une Europe nouvelle à son image et à son profit : « Dictons la paix dans le cabinet, comme sur le champ de bataille, écrivait Talleyrand le 23 mars. Faisons plus et mieux. » Sieyès allait à Berlin, avec l’espoir de dicter des lois à l’Europe, après avoir donné tant de constitutions aux Français.

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