‹ Manuel historique et bibliographique de l'amateur de reliuresChapitre 2 sur 173 · FORMAT DES LIVRES · texte numérisé non relu

FORMAT DES LIVRES

vant d’arriver à la dénomination des différents formats, qui ont été et sont encore le plus généralement employés, je passerai très rapidement en revue tout ce qui, en remontant à la plus haute antiquité, a constitué le Livre, ou pour mieux dire, cette transcription de la pensée sur une matière quelconque.

Les Anciens ont d’abord eu, après la pierre et l’airain, les tablettes de cire (tabellœ cercitœ), qui étaient généralement de petite dimension et ne pouvaient recevoir que peu de choses; ce qui obligeait à prendre plusieurs tablettes dès qu’il s’agissait d’une oeuvre un peu considérable. Dans ce cas, on les réunissait et on les attachait par un des angles, qui, aujourd’hui, représenterait chez nous le haut du dos du livre.

Ensuite, sont venus les papyrus, qui n’étaient autre chose que des écorces d arbre ou des feuilles de roseaux (Codices), et qui, préparés d’une certaine façon,

recevaient les caractères, gravés à l’aide d’une sorte de canif appelé Tobpaov ou rÀ'j'çavov chez les Grecs, Scalpuni et Stylus chez les Romains. Le format de ces

papyrus était, comme on peut le penser, des plus irréguliers, puisqu’il était subordonné à la grandeur de l’écorce ou du roseau. Pour leur donner plus de solidité et les préserver surtout d’être détériorés par les insectes, on les enduisait d’huile de cèdre. Malgré cette précaution, on ne pouvait espérer les conserver indéfiniment, car leur constitution toute végétale n’offrait pas assez de résistance aux injures du temps. C’est alors qu’on reconnut le besoin de les remplacer par quelque chose de plus solide et que l’on commença à employer le parchemin. Ce fut aussitôt après le régne de Constantin, que les tablettes de cire et les papyrus furent complètement abandonnés.

Le parchemin était une peau de bête, tannée, amincie et blanchie : il était originaire de Pergame ( Pergamena charla), d’ou son nom a été tiré; Attale, roi de Pergame, lut le premier qui en envoya aux Romains.

La souplesse excessive de ce parchemin permettait, tout en présentant une surface beaucoup plus grande que les papyrus, de le rouler en très petit format, sans risquer de le casser.

Le ou les rouleaux, suivant qu’il en fallait un ou plusieurs pour contenir un ouvrage, étaient rangés dans des Scrinia (*) lorsque cet ouvrage en valait la peine, ou simplement posés sur des tablettes, comme le représente la figure ci -jointe. Chaque

i. Voir: Scrinium.

rouleau portait alors à l’extrémité antérieure soit une étiquette indiquant un titre, soit un signe distinctif quelconque.

C’est de ce genre de papyrus conservés en rouleaux qu’est venu le mot Volume ( volumen (]), de volvere, rouler). Le premier format un peu régulier commence avec les livres pliants. J’emprunte à une dissertation latine de G. Schwarz (2) la description suivante : « On entend par livres pliants ceux qui « se composent d’un papier ou d’un parchemin oblong, divisé en plusieurs pages « semblables à des tableaux d’égales dimensions. Il n’est pas coupé, mais seule- « ment plié en angles rentrants et saillants qui alternent, de telle sorte que si « l’un de ces replis est ouvert, deux pages du recto, c’est-à-dire de la partie « antérieure de la charte, s’offrent toujours aux regards de l’écrivain ou du lec- « teur, tandis que les pages de derrière ou du verso ne pourraient se présenter « qu’en tournant le livre entier. » En un mot, bn livre pliant a l’aspect de nos paravents.

Les Grecs appelaient cette sorte de livre (3i6Ai'ov tc tu y.Tov. On verra, par un passage cité plus bas, qu’avant l’emploi du parchemin, on s’était déjà servi d’écorce d’arbre pour faire des livres pliants; mais il est évident que l’usure devait se produire vite à l’endroit des plis: et cela, sans nul doute, a contribué à faire trouver une substance plus résistante, telle que le parchemin.

Hérodien (Hist., liv. I, chap. 17) décrit très clairement un livre de cette forme, dans son Histoire de /’ Empereur Commode. Voici la traduction de ses paroles : « Prenant en « main un de ces livres que l’on fabrique en feuilles minces d’écorces de tilleul « et qui se replient des deux côtés, il se mit à écrire »

Page 1