‹ Manuel musical à l'usage des colléges, des institutions, des écoles et des cours de chantChapitre 6 sur 151 · PREFACE. VII · texte numérisé non relu

PREFACE. VII

sa place. C'était sa maxime. Sa méthode en est l'application constante. Point de lacunes; nul entassement; nul désordre. L'idée la plus facile à saisir, !a plus vultiaire , dirions-nous, si l'on pouvait dédaigner le plus humble élément d'une science , est toujours présentée à part. Chaque détail est à son tour l'objet d'une attention pleine, exclusive. Et la place même où chaque détail se trouve enchaîne nécessairement l'idée à l'ensemble; rien ne demeure isolé; rien ne s'oublie. Quelle discipline pour de jeunes esprits ! Quelle précieuse habitude ! ^lais le 3Ianuel tout entier est un cours d'éducation intellectuelle.

Un coup d'oeil sur le plan de l'ouvrage en fait reconnaître d'abord uu autre mérite. C'est une heureuse symétrie, qui fait paraître jusqu'à trois fois les notions déjà présentées , et qui les reproduit toujours avec des développtjnents plus difficiles et plus attrayants. Avec un plan si bien ordonné , avec le guide et le questionnaire, il est impossible à un instituteur de s'égarer.

Mais quel sera le point de départ ? Jusqu'où seront portées ces études élémentaires? Dans quel rapport seront-elles avec les études savantes auxquelles un certain noml)re d'élèves peuvent être ensuite appelés? Sur tous ces points, les solutions données par WiLHEM attestent sa rare sagacité , sa profonde connaissance du peuple, son tact, et l'on ose le dire, son humanité.

La 3Iéthode, devant convenir au premier âge, sera dégagée de tous préliminaires , obscurs par leur généralité même. C'est aux physiciens, aux philosophes qu'il appartient de méditer sur la nature du son, les phénomènes des accords, les rapports mystérieux qui existent entre nos organes et les corps sonores. WiLHEM entre en matière sans vain préambule ; l'enfant ne se doute pas même de diflicultés qu'il ne saurait comprendre , et qui ne sont pas faites pour lui.

La méthode doit être populaire ; elle s'adresse à des élèves qui demanderont à la musique un soulagement, une consolation après des travaux nécessaires. Il ne faut pas que l'accessoire, si précieux qu'il puisse être, fasse oubher le principal ; la musique doit rendre aimables des devoirs naturellement austères; elle ne doit pas en détourner. On écartera donc comme un luxe dangereux tout ce qui dépassera les connaissances élémentaires. INlais ici, comme pour toutes les sciences , la hmite est difficile à trouver. On aurait même pu croire que Wilhem avait trop bien auguré des forces

VIII PAEFACE.

de ses élèves, qu'il leur avait fait trop large mesure; mais l'expérience est pour lui. Les connaissances élémentaires des orphéonistes sont déjà supérieures à celles de savants amateurs d'autrefois ; et l'on prévoit que plus l'enseignement musical sera répandu, plus la partie que l'on peut appeler populaire prendra d'extension. WiLHEM n'a point voulu réglementer l'avenir; et sa méthode est d'ailleurs écrite et conçue de telle sorte qu'elle permet de lui donner, comme suite immédiate , les plus amples développements.

C'est le moment de signaler enfin le caractère vraiment scientifique du Manuel. Ce n'est pas en éludant les obstacles que le maître est parvenu à rendre sa méthode populaire; c'est en fournissant toujours le moyen de les surmonter. L'art musical n'est pas abaissé devant les disciples ; ce sont les disciples qu'on élève jusqu'à lui. En un mot, la méthode Wilhem est rigoureusement didactique. L'élève qu'une vocation marquée et des circonstances particulières appelleront à poursuivre au delà des éléments ses études musicales, ne regrettera jamais le temps qu'il aura passé à l'École de AVilhem. Plus d'un artiste célèbre a déjà suivi cette route. Enfin l'élève apprend ici ce qu'il doit savoir étant maître.

Nous ne craignons pas de soumettre ce jugement aux lecteurs non prévenus. On peut , même sans avoir fait une étude approfondie de la musique, reconnaître l'excellence du Manuel. Pour nous, aidés d'une assez longue pratique de l'enseignement, nous croyons avoir trouvé dans ce livre un modèle. Il nous paraît que tout ami de l'enfance, tout homme qui s'intéresse au progrès des générations nouvelles sera captivé par la lecture de cet ouvrage. Telle est la liaison des parties, la fermeté des déductions, la précision des énoncés , qu'il rappelle les bons traités de mathématiques.

Et quelqu'un fera-t-il encore maintenant cette objection , en apparence glorieuse pour Wilhem, mais réellement injuste, et propre à discréditer son œuvre , que les succès obtenus par le fondateur du chant populaire étaient dus à lui-même et non à son livre? C'est quelquefois une ressource de l'envie et de la malignité d'exalter l'auteur afin de rabaisser l'ouvrage. Mais si les résultats n'étaient dûs qu'à l'action personnelle de Wilhem, pourquoi le succès dure-t-il encore et va-t-il croissant chaque année? Il paraît du moins que le maître aurait eu le don de trans-

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mettre sou magique secret. Mais ses uombreux disciples, et M. Hubert à leur t«'te , repoussent une si fausse explication des faits. Ils sont eux-mêmes, disent-ils, les premiers produits de la Méthode. Ils propagent la lumière à leur tour; ils ne veulent pas qu'on leur fasse de ses rayons une auréole pour dérober la gloire à celui qui Ta si bien méritée.

On croit déprécier la Méthode , on l'accrédite au contraire auprès des bons esprits, en assurant que l'on ne saurait distinguer son action de celles des maîtres qui l'emploient. Que désire avant tout l'inventeur d'un nouveau procédé dans les arts? Qu'il soit d'une application facile ; que chacun se le puisse approprier et l'utiliser comme l'inventeur lui-même.

Tel est le caractère de la ÎMéthode Wilhem , si rationnelle , si conforme à la nature. Elle dut être pour l'auteur lui-même comme un trait de lumière; une fois les principes posés, il marcha d'un pas sûr, jusqu'au bout de la carrière qu'il s'était ouverte ; il s'éclaira le premier du flambeau que ses mains allumaient.

Défions-nous, surtout eu matière d'éducation , de ces procédés mécaniques par lesquels on voudrait remplacer l'activité humaine. Point de médecine sans médecin; point d'enseignement sans maîtres. Nous avons dit que Wilhem exige , qu'il obtient beaucoup des élèves; il attend plus encore des instituteurs. Il s'est bien gardé de négliger les forces vives qu'il était sur de trouver plus facilement que partout ailleurs chez une nation essentiellement sympathique et communicative. Il a compté sur des interprètes pleins d'ardeur et d'intelligence. Nous voyons qu'il ne s'est pas trompé. Et l'on ne manquera pas de reconnaître que sa Méthode est parfaitement appropriée aux besoins du peuple pour lequel elle fut écrite. On y trouve cette marche raisonnée et rapide; ferme sans dureté, hardie avec mesure, qui caractérise l'esprit français.

On verra dans le Guide de la Méthode, dans plusieurs journaux, et sans doute un grand nombre de personnes retrouveront dans leurs propres souvenirs , des détails pleins d'intérêt sur les résultats obtenus jusqu'à ce jour, et constatés par les plus illustres témoignages. Nous n'insisterons pas sur ces faits bien connus; on sait que les élèves, et principalement les orphéonistes , savent lire la musique à première vue, et répondre exactement aux questions de théorie. Parmi les causes les plus efficaces d'un si

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