‹ Manuel Opératoire de l'Urano-StaphylorraphieChapitre 25 sur 45 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Hôpital de la Charité. Service de M. le professeur Trélat.

Le nommé Emmanuel Gaillet âgé de 21 ans, entre le 17 octobre 1877 à l'hôpital pour une division congénitale de la voûte et du voile.

Antécédents. — Ce malade porte à gauche les traces d’un bec-delièvre opéré à 4 mois par Notta (de Lisieux). Cette opération a donné un assez bon résultat, il ne reste plus sur la lèvre supérieure qu'une petite encoche peu profonde.

ÆEtat actuel. — L'arcade dentaire qui a évidemment dû se réunir sous l'influence de l'opération hâtive du bec-de-lièvre, ne présente plus qu’une simple fissure permettant à peine le passage d’un stylet de trousse ; en arrière, cette fissure se continue avec la fente palatine jusqu’à la luette sur une longueur de 7 centim. et une largeur de 4 centim. dans son plus grand diamètre.

Les deux parlies de luette sont longues, pendent dans l'arrière bouche et arrivent au contact sous l'influence des mouvements de déglutition.

La fissure alvéolaire est située entre la canine gauche et la troisième incisive, les deux dents intermédiaires n'ayant jamais poussé,

La muqueuse palatine est en bon état, le malade ne présente pas de pharyngite granuleuse, l'aile gauche du nez est aplatie et élargie, le lobule est un peu dévié à droite et la cloison des fosses nasales est déjetée à gauche; il a de l’otite du même côté, sa prononciation est relativement bonne, peu de mouvements des ailes du nez en parlant; il prononce bien les voyelles sauf l'i qui est un peu nasillé,

EP es OR

presque toutes les consonnes dentales ou labiales sont sifflées, il dit tatophonie pour cacophonie, le b et le d sont sifflés ainsi que le p et le q.

Opération, 25 octobre. — Une heure et demie avant d'être amené à l’amphithéâtre on lui fait des injections sous-cutanées de 1 centig. d'extrait de morphine ; le malade est couché sur le dos, la tête dépassant le bord de la table, on lui applique le bâillon de MM. Trélat et

Colline, on lui fait respirer du chloroforme.

Les bords de la fente sont avivés dans toute leur étendue jusqu’à la luette inclusivement, les incisions libératrices sont pratiquées presque sur le bord alvéolaire en rasant les dents afin de donner aux lambeaux la plus grande largeur possible et l’incision elle-même est faite de façon à mesurer la plus grande étendue antéro-postérieure possible depuis les piliers antérieurs jusqu'aux incisives. Ces diffé rentes manœuvres ne donnent qu’une hémorrhagie peu intense facilement arrêtée au moyen de l’eau glacée et de la compression digitale.

Les points de suture au nombre de 9 sont passés : les 5 premiers avec l’aiguille à crochet, les 4 derniers avec l'aiguille courbe à chas mobile. L'opération a duré une heure et demie.

25 au soir. Le malade est un peu faible et vomit à plusieurs reprises le sang avalé pendant l’opération.

Le 26. Pas de fièvre, pas de gonflement, il se gargarise avec (glycérine, alcool eteau).

Le 30. On enlève les fils : 1, 2, 4, 6, d'avant en arrière.

Le 31. Ablauion des autres fils, le lambeau droit est un peu gonflé, il n’est pas appliqué sur la voûte et tend à s’abaisser vers la langue.

Le 2 novembre. Le lambeau s'applique sur la voûte et le malade qui n’a pris jusqu’à ce jour que des aliments liquides est autorisé à en prendre de plus consistants.

Le 5. Le malade quitte l'hôpital.

Le 22. Le malade revient absolument guéri et M. Trélat lui fait une petite opération ayant pour but de faire disparaître la petite encoche de la lèvre.

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