Consonnes palatales
50. Les consonnes palatales (ou plus exactement médiopalatales) se forment entre le dos de la langue et le palais dur. Le français a des palatales spirantes et des palatales nasales.
51. Les palatales spirantes sont le [j] sonore et le [j] sourd correspondant; cette seconde forme n'apparaît qu'en combinaison avec une consonne sourde. Le phonème [j] n'a en français ni nom ni signe distincts. On lui donne généralement le nom de jod, emprunté au germanique.
Exemples de (jj sonore: (jerDglif) (hiéroglyphe), \p\] (yole), Ijatagà] (yatagan), [Ijø] (lieu), |ajœll (aïeul), [brije] (briller), (swajø! (joyeux), [bJ£:rl (bière), [mjø] (mieux), [b\ë]
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(bien), [mjê] (mien), [Edj2] (indien), [fi:jl (fille), [pa:\] {paille), [medarj] (médaille).
Exemples de [î) non sonore: (pî«:r] (pierre), [pîe] (pied), [tîï] (tiens). iSie] (chien), [pfø] (pieu), [føjte] (feailleter). [abittwa] (habille-toi).
Au commencement de certains mots, la prononciation française hésite entre la consonne [j] et la voyelle [i], et il en résulte une indécision sur le nombre des syllabes. C'est le cas par ex. pour: yeuse, hiatus, hyène. Les dictionnaires recommandent en général de faire hiatus de trois syllabes: mais il n'en a le plus souvent que deux. Quand on dit: la hyène, on fait entendre un [j|; mais si Vh est considérée comme «muette», il peut arriver que la consonne se vocalise, et alors le mot comptera pour trois syllabes:
Ils ont vu Bonaparte A Paris, ils vont voir En Afrique F hyène.
(V. Hugo. Lis Cliâânuias. l, 6.)
léna se prononce en général avec [j] initial; mais on peut le trouver avec trois syllabes en poésie:
La pantomime d'Iéna.
{ib., Vli, 1.)
Chose plus curieuse, les Français hésitent sur la prononciation de l'initiale dans un mot aussi commun que hier. Le même individu dira, à quelques secondes d'intervalle: hier soir [jerswar] et: la soirée d'hi-er [laswaredi£;r). — A l'intérieur des mots nous pourrions constater des hésitations analogues; ce qu'il y a surtout de frappant, c'est le désaccord qui existe entre la prononciation réelle et la métrique, entre les poètes qui s'obstinent à compter par ex. lion, ambition, comme des mots de 2 et 4 syllabes, et le public qui prononce [Ijô] avec une syllabe et [âbisj5] avec trois (cf. plus loin Chap. IV).
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Remarque. Au lieu d'un |jj final nettement consonantique, on entend souvent, surtout apris les voyelles basses (cf. § 74). quelque chose comme un [i] bref et rapide: [s^le^j] (^soleil) devient presque |s3l«:l|. Il existe une différence, — assez légère il est vrai, — entre la finale de filk, pille, et celle de paille, maille; dans ces derniers mots nous avons il peu pris une diphtonf^e. Mais dans tous les cas ce phonème s'entend clairement, et les étrangers, qui ont souvent une tendance à l'amuïr, doivent porter leur attention sur ce point Par ex., lorsqu'un Scandinave prononce négligemment le mot soleil, un Français n'entend pas autre chose que [s3l<:], avec un e final prolongé et plus ouvert.
52. Plusieurs des exemples cités plus haut nous montrent que le [j] a pris la place d'une «/ mouillée« primitive [X], laquelle ressemblait au gl italien dans egli. au II espagnol dans calle. Cette </ mouillée* a complètement disparue du français normal, mais on la retrouve encore dans les dialectes, et en particulier dans le parler suisse, dans la prononciation "marseillaise*, etc. (cf. Gr. hist. 1, §§ î5i, 352). Littré, qui est très conservateur en matière de phonétique comme sur tant d'autres points, combat la nouvelle prononciation affaiblie de !'/ mouillée, et il proteste avec énergie que «// double, quand elle est précédée d'un /, se prononce mouillée, comme dans puiV/f, bouteille, -fille, etc.; il faut se garder de confondre cette prononciation, comme font plusieurs, avec celle de \'y grec, et de Airt pa-ye, bouté-ye, fi-ye, etc.» Naturellement ces avertissements n'ont pas entravé le développement phonétique, mais l'orthographe persiste à ne pas tenir compte du fait accompli, et il se passera bien du temps avant qu'on ose écrire y ou / au lieu de U [K].
Remarque. Ne pas confondre des mots tels que: railler et rallier, piller et pilier, souiller et soulier, rouiller et roalier, fusiller et fusilier, sommai ler et sommelier, etc.
53. Les palatales nasales sont te (p] sonore et la forme sourde correspondante [jfil, laquelle est d'ailleurs
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assez rare. Le lp|, qu'on appelle aussi 11 mouillée>, et qui est si abondamment représenté en italien (gn), en espagnol (h) et en portugais (nh), ne doit pas être confondu avec le phonème composé [n + j]: ce dernier est celui que produisent le plus souvent les étrangers qui ne se piquent pas d'une phonétique impeccable; ils prononcent saignait comme c'est niais. Sans doute, le résultat est à peu près le même dans la pratique; mais ce n'est qu'un à peu près, et une oreille exercée distingue le phonème double, plus long et plus traînant, du phonème simple. Dans la prononciation du [ji), c'est le dos seul de la langue qui agit, et la partie antérieure pend inerte contre les dents du bas, tandis que le groupe [nj] débute au contraire par une dentale due à la pointe de la langue se relevant contre les dents supérieures. Littré dit très bien à propos du [p]: «Bien qu'il soit figuré par deux caractères, c'est pourtant une articulation simple et qui pourrait être représentée par un seul caractère» ce qui est le cas en espagnol.
Exemples de [ji]: [ajiol {agneau), [apô] (oignon), [repe] {régner). Vip] (vigne), ijàpap! {champagne). — Le [^| sourd apparaît dans des combinaisons telles que [àseptyj (enseignes-tu?).
La consonne [p] ne se présente jamais au commencement des mots dans le français normal; mais on en trouverait des exemples dans la langue familière et dans l'argot. Ex.; [paf] (gnaf = savetier), [pâpà] {gnangnan = mou, déhanché), [p^p^t] (de la gnognotte = une chose sans valeur), |p5] {gnon = coup de poing, taloche), [pol] (gnolle = bête), etc.
Remarque i. Le gn se produit aussi parfois avec ouverture de Il bouche. Voici ce que dit M. P. Passy au sujet de ce relâchement (Les sons du frantais, % iSi)* 'A la place de gn, quelques personnes,
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ne fermant pas complètement le passage de l'air dans la bouche, tout en laissant ouvert le passage du nez, prononcent un [t] nasalisé qu'on peut représenter par [j|: [rsje] (régner), [sije] (signer). A la station de Balipolles, près Paris, on entend souvent crier: [batijæl]».
Remarque i. Certains individus prononcent parfois, comme les étrangers, |n + j] au lieu de gn et articulent de la même façon les syllabes finales de régner et de panier. Dans les noms propres Régnier et Renier, nous avons un exemple d'alternance des deux phonèmes. Parfois aussi, c'est la consonne simple qui se substitue au groupe |njj, ainsi dans la prononciation populaire de (/ n'y a (=^ gnu): Cf. le refrain de Béranger: • Cn'a plus d'argent dans c'gueux de Paris, • (Pour plus de détails, voir Cr. hist., I, § ))4.j