‹ Manuel phonétique du français parléChapitre 14 sur 81 · Les consonnes vélaJres sont les unes fermées · texte numérisé non relu

Les consonnes vélaJres sont les unes fermées

les autres vibrantes,

55. Les vélaires fermées sont: le [g] sonore et le [kl sourd. Ces deux consonnes peuvent se former plus ou moins en arrière dans la bouche: cela dépend de la nature de la voyelle suivante; dans les groupes [ge], [gil, |kel, [ki], le |g] et le [k] ont leur point d'articulation plus en avant que dans les groupes [go], [guj, [ko], [kuj. Mais au point de vue acoustique il n'y a pas de différence appréciable entre ces nuances de g et de k. (Pour plus de détails, voir Chap, Vlll).

Exemples de [g|: [gi] {gui), [ge] {gué, gai), [gu] {goût). Igø] {gueux), [gut] {goutte, goûte), [gag] {gage), [gom] {gomme). [%à] {gant), [ga:r] (gare), [gazôj {gazon), [gato] {gâteau), [gri] (gris), [ega:r] {égard), [egDrje] {égorger), [rag?] {regain), [s3gô:d] {secondé), [va:g] {vagué), [ba:g] {bague), [be:g] {bègue), [gà:g] {gong).

Exemples parallèles de [k]; [ki] {qui), [V.ç]{qaai), |ku] {cou), [kø] {queue, qu'eux), [kut] {coûte), [kaj] {cage), [kom] {comme), [kâ] {quand), [ka:r] {car), [kasâ] {cassons), [kado] {cadeau), [kri] {cri, crie), [eka:r] {écart), [ekarje] {écorcher).

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[rski] (requin), [s3kô:t] (ce conte, se comptent], [vak] (vaqué), |bak] (bac), [bekj (bec), [k5:k] (connue).

Remarque i. Dans le groupe [k + ^ + consonne], il n'est pas rare que le parler négligé et populaire amuïsse le k, et on peut entendre les prononciations: esprimer, tspression, nptieatioa, escase, eitrème, tsctare, espris, prendre l'esptess, etc. M, Dupont-Vernon dit que cette manière de prononcer est 'd'une vulgarité répugnante >. De fait, elle n'est pas â recommander, et elle témoigne actuellement d'un manque d'énergie ou d'un manque d'éducalion; mais on la constate bien souvent, et )a (irammaire historique nous apprend qu'elle est traditionnelle; c'est ainsi qu'on explique le passage d'extraneum i estrange, étrange, de dextra â destrt, d'exclusa i esituse, éclait, etc.; le latin vulgaire avait déjà réduit i sf, se les groupes xt, xc (Cf. Gr. hist., I, § 406). D'ailleurs on peut dire que d'une façon générale la plupart des groupes [ks] représentés par x sont d'origine savante; les Français prononçaient d'instinct eissit avant qu'on eût refait exit d'après le modèle latin. — Parfois aussi, en présence de

recours au stratagème qui consiste å intercaler un [9] irrationnel et dît exeprèi pour expré$ (comp. les prononciations populaires St. Péterseboarg, Wurtzebourg, etc.). Feu le président Félix Faute n'était connu dans le petit peuple que sous le nom de [felik33f3:r] ; et la même chose a lieu toutes les Cois que le prénom Félix est suivi d'une consonne, — à moins qu'on ne préfère les prononciations Félisijue ou Félisse (II),

Remarque 2. On peut signaler l'amuissement du [k] final de la prép. atec devant un mot commençant par une consonne; avec toi devient alors [avitwa]. Mais il faui bien remarquer que cette prononciation est surtout provinciale (on l'observe particulièrement en Suisse); elle n'est pas â imiter.

56. Les vibrantes vélaires sont le [r] sonore et le [R] sourd correspondant. Comme on l'a vu, ce phonème est dû à la vibration rapide de la luette: c'est pourquoi on l'appelle r uvulaire, par opposition au [r] linguo-dental ou apical (cf. plus haut § 46). On sait que le premier a triomphé du second dans le français de Paris et des villes de la France septentrionale. Il vibre plus nettement que dans le danois fare, ræd. Nous trouvons en danois un [R] sourd dans des mots comme pris, fragt.

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pragt, tragt, træ- — Quand on se gargarise, on produit sans le savoir une série d> uvulaires fortement articulées; et il arrive à ceux qui ronflent d'articuler tout aussi innocemment des [r] encore plus énergiques, souvent avec vibration de tout le voile du palais, mis en branle par le courant inspiratoire ou expiratoire.

Exemples de [r] sonore: [fia) [rat), [Ryj {me), [vre] [vrai), [bRffi] {bran), [aRc] [arrêt], (aRCRaig) {arrérages), [RaRefje] [raréfier], [giRaRd«] [Girardin), [mcRkRadi] [mercredi], [scRyRRi] [serrurerie], [aRaRa(t)] [Ararat], [a:R\ {art), [aRk] [arc), [aRtist] {artiste.) L'assourdissement du [r] se produit dans tes mêmes conditions que celui de Vn, de IVdel'/n.

Le [r] final a, comme le [1] final (cf § 47), une tendance à devenir sourd, quelle que soit la consonne qui précède, et il disparait aussi dans le parier populaire ou négligé. Les Français cultivés disent dartre, mais le peuple prononce darte. Cet amuïssement du [r] final a lieu devant une pause ou devant un mot à consonne initiale. Ex: ils sont quatre > [isôkat]; dix huîtres se prononçant comme dix-huit; autre chose > |otj"o:z]; notre maître > [n3tm£:t); le pauvre garçon! > [lapo:vgaRs5] ; arbre fruitier

> [aRbfRqitje] ; rendre service > [RôtseRvisl; maître d'hôtel

> [metdDtcl]; après m' être rasé > [apRcmetRaze] ; on parle pour être compris > {5paRlpuR£tk5pRi|, etc. Naturellement le [rJ reparaît devant une voyelle: une autre affaire > [ynotRafe:R] ; mon pauvre ami! [môpo:vRami], etc. Il reparait aussi dès que le ton s'élève: pauvre France > [po:VRafR5:s], quand on cite des proverbes: autres temps, autres mœurs [otR3tâ otRamœRs], etc. La disparition de \'r de parce que (prononcé [paska]) est très fréquente, mais surtout dans le parier vulgaire et peu soigné. Le même phénomène nous paraît beaucoup plus répandu en ce qui concerne la préposition sur, si fréquemment employée:

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sur le dos devient [syldo], sur le boulevard > [sylbulva:R], etc. On prononce toujours \'r dans sur-le-champ, parce que c'est une expression adverbiale vieillie, littéraire, qui a été supplantée par tout de suite; mais on pourra entendre: "Je vais me promener su'l champ», parce qu'alors le mot champ reprend sa valeur ordinaire. — Un mauvais plaisant demande: «Quelle différence y a-t-il entre le pacha d'Egypte et un tanneur? — Réponse: «Il n'y en a pas, car quand le tanneur travaille, il est sur le tan (= [syltâ]).

Remarque. Les étrangers, et tout particulièrement les Anglais et les Scandinaves, feront bien de se garder d'un genre d les Français ne font jamais, savoir celui de i'r devant i l'intérieur d'un mot. Prononcer parler comme palais, an sortez comme iautez, etc., c'est là une des fautes les plus commettent les étrangers, une de celles dont ils se débarrassent le plus difficilement; elle est grave, car elle peut produire beaucoup de confusions. Le seul conseil â donner, c'est de commencer par détacher fortement les syllabes de façon å rendre r finale: par-ler, puis de prononcer de plus en plus rapidement, en maintenant l'r bien vibrante et énergique. — Que ce soit là un cas difficile, c'est ce qui apparaît clairement pour peu qu'on observe l'acquisition progre^ive du langage par les enfants français: la suppression de l'r devant une consonne est un des traits les plus carac- ( térisliques de la langue enfantine. Ex. : P'tit Pierre est pédu (= perdu), — Ak! te voilà pati (== parti), etc.

57. Le [rj uvulaire nous apparaît comme un substitut assez récent du [r] apical ou cacuminal. Mais il est difficile de dire au juste à quelle époque il a commencé à se répandre. Encore au temps de Molière, le vieux [r] français semble général dans la prononciation parisienne (cf. § 46). On a prétendu que la nouvelle forme d'r avait été mise à la mode par la société précieuse; mais cette affirmation a pour unique appui le passage suivant du Voyage de MM. Chapelle et Bachaumont; nous croyons utile de le donner in extenso, car c'est le meilleur moyen de mettre fin à une légende:

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«Dans cette même chambre, nous trouvâmes grand nombre de dames, qu'on nous dit être les plus polies, les plus qualifiées et les plus spirituelles de la ville, quoique pourtant elles ne fussent ni trop belles ni trop bien mises. A leurs petites mignardises, leur parler gras, et leurs discours extraordinaires, nous crijmes bientôt que c'étoit une assemblée des précieuses de Montpellier; mais bien qu'elles fissent de nouveaux efforts à cause de nous, elles ne paroissoient que des précieuses de campagne et n'imitoient que faiblement les nôtres de Paris» (Voyage de Messieurs Chapelle et Bachaumont. La Haye. 1742.

Tel est le texte que M. Trautmann a pris pour point de départ de toute une théorie sur l'introduction du [rj uvulaire par les précieuses. On voit tout de suite combien ses conclusions sont chimériques; la citation de Chapelle ne prouve rien, sinon que les Cathos et les Madelons rencontrées par lui 'parlaient gras», — et cela ne nous avance pas beaucoup, et surtout cela ne nous dit pas que les précieuses prononçaient IV avec ta luette. En revanche, on pourrait tirer d'un texte beaucoup plus précis des conclusions toutes contraires à celles de M. Trautmann. Dans la comédie satirique & " Élomire hypocondre» (Paris, 1670), dirigée contre Molière, Le Boulanger de Chalussay met en scène une précieuse, Alphée, dont l'affectation consiste à prononcer les r comme des /; l'auteur lui fait dire des vers comme celui-ci:

Ce/tes, je suis à bout pa/ un tel p/océdé.

(Acie 111. se. !.)

Sans exagérer la portée de ce document, il nous montre du moins qu'en effet les précieuses, — ou plutôt certaines ■précieuses, — prononçaient les r d'une façon quelque peu excentrique: mais qui ne voit que la particularité de pro-

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nonciation prêtée à Alphée n'a rien à démêler avec le [r] uvulaire? Tout au contraire, ïa substitution de 17 à IV provient d'une articulation nonchalante du (r] apical, qui cesse de vibrer ou ne vibre que mollement. On sait d'ailleurs que ce [r] est souvent interprété comme un |!] par les gens qui n'y sont pas habitués. M. Paul Meyer remarque: «Il est certain que pour les personnes accoutumées à l'r lingual, / ressemble plus à cette sorte d'r que notre r guttural. Je sais quelqu'un qui n'a réussi à faire comprendre en Angleterre ces simples mots: brown bread que le jour où il s'est décidé à prononcer à peu près blown blead* (Romania, IV, 470).

Remarque, Il «t très possible que l'r moderne soit due il des tentatives infructueuses faîtes pour articuler ce phonème avec vibration de la langue. M, Vianna a observé qu'i Lisbonne tous les enfants commencent par prononcer [r], bien que leurs parents prononcent [r]; ils se corrigent plus tard, sauf un très petit nombre chez lesquels la faute persiste (voir P. Passy, Étude sur tes changements phonétiques, p. 158). Ainsi le [R] uvulaire serait à l'origine une prononciation paresseuse du [r] primitif, lequel exige en effet plus d'énergie musculaire. D'ailleurs c'est en général dans les villes que se développent les prononciations affaiblies, et l'on sait que IV moderne est essentiellement celle des citadins. Lorsque les loumaux comiques suédois veulent rendre la prononciation enfantine du [r|, ils le représentent le plus souvent par / (spiranle palatale), ce qui parait indiquer que le défaut ordinaire des enfants consisterait i déplacer vers l'arrière du palais le point d'articulation, qui doit èire au bout de la langue.

68. On entend souvent parler d'«r grasseyée», de «grasseyement», etc., et ces termes apparaissent non seulement dans la conversation et dans la littérature, mais aussi dans de savants traités de phonétique. Nous avons cru plus sage de nous en abstenir, et une petite revue des définitions qu'on en a données convaincra le lecteur que nous avons bien fait. Cette enquête sur les sens divers de »grasseyer» ne manque pas d'un certain piquant.

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En présence des définitions variées et contradictoires de la prononciation «grasseyante», M. Passy a fait une petite tentative de classement historique: d'après lui, l'expression T grasseyée» aurait commencé par signifier: r prononcée avec la gorge, mais actuellement elle s'appliquerait à une certaine variété parisienne de l'r qu'il note [a] (fricative vélaire). Cette théorie est précise, mais elle t'est beaucoup trop: pour ce qui est d'aujourd'hui, nous voyons les Français appliquer à tort et à travers les mots «grasseyer» et «grasseyement» à toutes les formes possibles de l'r, — jusques et y compris le [r] lingual; et pour ce qui est d'autrefois, nous soupçonnons fort M. Passy d'avoir toujours en tête les précieuses, Chapelle et M. Trautmann. Furetière, qui publiait son dictionnaire en 169D, définit très vaguement grasseyer: «parler gras, ne pouvoir pas bien prononcer certaines lettres et entre autres l'r»; et cette définition prudente se retrouve de nos jours dans le Dictionnaire de l'Académie ainsi que dans les petits dictionnaires Larousse et Bescherelle. Mais le plus souvent les lexicographes modernes veulent donner des définitions précises; ils affirment, et alors ils nous offrent l'amusant spectacle de leurs contradictions. Cependant la définition dominante, celle qui apparaît le plus souvent, c'est que le grasseyement consiste à prononcer les r avec la gorge (Napoléon Landais, Legouvé, Dict. Gén.). Mais d'après Lesaint (Traité de pron. fr. î» éd. Halle, 1890), le grasseyement de l'r serait «un défaut très commun aux Parisiens», consistant à «supprimer plus ou moins cette lettre dont la prononciation devient insupportable dans le chant». Il y a aussi le parti des éclectiques, représenté par le dictionnaire français-allemand de Sachs, lequel accumule trois interprétations différentes du mot «grasseyer»: « 1" das R schnarren

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beim sprechen {= parler gras); auch / statt r sprechen. 2" das R nicht aussprechen [paok statt parole). t Comme on le voit, il y en a pour tous les goûts, et le même terme désigne tour a tour le [r] uvulaire moderne {schnarren), 17 de la précieuse Alphée, et enfin la suppression totale de IV par les «incoyables» du Directoire (voir Gr. hist., i, § î 57). Les trois définitions se retrouvent d'ailleurs dans Littré, auquel Sachs les a vraisemblablement empruntées. Mais l'éclectisme de Littré a ceci d'original qu'il opère une sorte de division du travail et attribue deux de ces trois sens au substantif «grasseyement« tandis qu'il réserve le troisième au verbe «grasseyer'^. D'après Littré, »ceux qui grasseyent ont de la peine à prononcer la lettre r, et ils lui substituent souvent la lettre /». (Les exemples cités ne prouvent d'ailleurs absolument rien ni pour ni contre cette définition). Quant au «véritable grasseyement», il consiste, — toujours d'après Littré, — à »faire entendre une sorte de roulement guttural. Le grasseyement affecté consiste à ne prononcer nullement la lettre r.» Nous croyons inutile de poursuivre notre enquête, et le lecteur est suffisamment édifié sur la valeur scientifique du terme grasseyer. Si nous avions à choisir une définition, nous donnerions la préférence à celles de Furetière et de l'Académie, qui évitent de se compromettre; nous pourrions aussi en proposer une autre: «Grasseyer: Terme, généralement méprisant, qu'on applique à la prononciation d'autrui; les gens qui articulent l'r d'une certaine façon se servent de ce mot pour caractériser toute manière différente d'articuler la dite consonne.»

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m. LABIOLINGUALES.

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