‹ Manuel phonétique du français parléChapitre 21 sur 81 · II. Voyelles mi-fermées · texte numérisé non relu

II. Voyelles mi-fermées

82. Comme voyelles mi-fermées, nous avons en français les voyelles d'avant [e], [0], [a], et la voyelle d'arrière [o]: toutes sont orales.

83. La voyelle [e], qu'on appelle aussi «é fermé», s'articule sans arrondissement des lèvres; la partie anté-

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rieure de la langue est bombée, mais elle est moins rapprochée que pour 1'/: c'est ce dont on peut se rendre compte en prononçant successivement un [i] puis un [e]; de même, la pointe de la langue s'appuie plus légèrement contre les dents d'en bas. La voyelle [e] est donc une voyelle d'avant mi-fermée, non arrondie (angl. mid-front). Elle se présente presque toujours en syllabe ouverte (comp. Chap. IV): [ete] [été), [préfère] {préféré). [dejenerel {dégénéré), [pei] {pays). Lorsque la syllabe se ferme par suite d'un changement dans la forme du mot, [e] devient [e]: préférer [pjefere] — je préfère [gaprefeir], je sais (gase] — tjue sais-je? [ksss-.^]. fat [3e] — ai-je? [crjj. On peut pourtant citer des cas d'[e] en syllabe fermée: [elve] {élevé), [emrod] [émeraude).

Lti voyelle [e] est en général brève; mais elle peut s'allonger en syllabe non accentuée, par ex. dans déjà (prononcé avec expression), gaieté, guéri-

84. La voyelle [0] s'articule à peu près comme l'fe], mais avec arrondissement des lèvres- C'est donc une voyelle d'avant mi-fermée arrondie (angl. mid-frontround); il y a entre [0] et [e] le même rapport qu'entre [yj et [i]: [0] est un [e] arrondi comme [y] est un [i] arrondi. Une voyelle analogue à \'\ø] français se trouve en danois, où elle s'écrit ou y [sød. søbe, møde. lyst) et en suédois, où elle s'écrit {dô, fôda, môta, Ôdmjuk); l'Ô allemand est souvent un peu plus ouvert {hôhe, schôn). L'[øj français peut être bref ou long.

Exemples d'[ø] bref: [fø] {feu), [vø] {vœa), [malørø] {malheureux), [dezø] [des œufs).

Exemples d'(ø] long: [krø:z] (creuse). {mø:z] {Meuse), lørø:z] {heureuse), [nø:t{] {neutre). Mais il est à remarquer que quand la voyelle [0] devient longue, elle devient aussi plus ouverte et tend à se rapprocher d'[œl; par ex.

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beaucoup de Français hésiteront, dans la prononciation du mot meule, entre (mø:lj et [mœ:l].

86. La voyelle [a] s'articule presque comme (ø], mais avec la bouche un peu plus ouverte. Elle est toujours brève. Elle est ordinairement atone, mais peut dans certains cas recevoir l'accent (ex.: le gredin!).

Exemples d'[3]: [kjsvet] (crevette), [brstel] {bretelle). (granje) [grenier), [granurj] [grenouille), [fpdane) [fredonner), \ip\à] (frelon), [brabi] (brebis). [d33:r] (dehors), [raose] (rehausser), [âtptçi:r] (entretenir), [àtj3pri:z] (entreprise), [pDrtsp^m] (porte-plume), [edrads] (édredon). [pale] (peler), [pszej (peser).

On a appelé le féminin la «voyelie neutre» française. C'est celle qui paraît aux Français la plus naturelle, ta plus facile à prononcer. Elle est le stade par lequel passent les diverses voyelles avant de s'amuïr définitivement; ainsi dans le parler rapide on entend des formes telles que mesiear (< monsieur), secoupe (< soucoupe), [p3te:t] (< peut-être).

Remarque i. A l'intérieur des mots, les [a] ont souvent une tendance i se transformer en [e]. Il n'est pas rare d'entendre dans le peuple: dehors, registre, pései-moi ça, premier, etc. On imprime toujours Rémi, mais on prononce en général Rémi.

Remarque 2. Il ne faudrait pas confondre ['e féminin avec la détente vocalique des consonnes fermées. M. P. Passy fait observer à ce sujet: «Quand nous prononçons dogae, guide, bague, nous faisons vocalique l'arrivée de la consonne initiale «t la détente de la consonne finale. C'est pour cela que beaucoup de personnes croient entendre sonner 1'; muet. L'une des fautes les plus communes des Allemands, des Danois, des Norvégiens, même des Anglais et des Suédois, consiste à prononcer soufflées cette arrivée et cette détente ... Ce détail suffit pour fausser leur prononciation: nous croyons entendre [tsk] ou [d:)k].i

86. En français parlé, la voyelle [a] a disparu dans beaucoup de cas où la langue écrite et la poésie persistent

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'5 à le conserver (comp. Gr. hist., I, § 253, 294). Ainsi on prononce (/odinàl {chaudement), [bDnmà[ [bonnement), [d^nre] (donnerai), [brasic] (bracelet), [amlet] {omelette), [foste] {fausseté), [byltë] (bulletin), [3art^e:r] (jarretière), [syrte] [sûreté), [pehl] (pèlerin), [lap^ULZ] (la pelouse), [arvwarr] (au revoir), [vatkuje) (va te coucher), [esvk] (estce vrai?), [sulbra) {sous le bras), [sclsu] (sans le sou), [tulm5:d) (tout le monde). [tusksgvø] (tout ce que je veux). [vumperm«te] (vous me permettez), [madmwazel} (mademoiselle), [rydiapc] {rue de la Paix), [fo:z| (chose), [don] (donne), [fer] (faire), [ami) (amie). etc. Il n'y a aucune différence de prononciation appréciable entre admis et à demi, sommeil et sommeille, bal et balle, tel et telle,- vis (subst.) et vice, donné et donnée, ami et amie, etc. (comp. § iiî).

Remarque. Quand le pronom le [la] est accentué, il se prononce [le] ou [lœ); ainsi: je le dis > [jaldi]; mais: disk > [dile] {Gr hist.. 1, g 281, j, Rem.). Cependant la voyelle du pronom le accentué pouvait s'élider en poésie devant une autre voyelle; citons enlre mille exemples ce vers connu du Misanthrope:

Mais, mon petit monsieur, prenez-le un peu moins haut. Les exemples modernes sont plus rares; mais ils ne manquent pas: Coupe'le en quatre et mets les morceaux dans la nappe.

Chassons-le! — Arrière tous, il faut que j'

Cet homme. |V, Hugo.)

87. D'un autre côté il faut remarquer que le français parlé introduit la voyelle [s] dans plusieurs cas où la langue écrite ne le note pas; elle apparaît comme une sorte de «svarabhakti» (cf. Gr. hist, I, § 494, 2} à l'intérieur de groupes consonantiques ou après des consonnes finales. Exemples: le turc pur > [latyrk3py:r], le nerf de l'intrigue > [lanerfadlSt^ig], un ours blanc > [œnursablâ], l'Est de la France > [kstadlafrâis], grog > [groga], buse (écrit autrefois bustfue) > [byska). Cf. aussi les exemples

N,rop:Ph0D«iqii., 5

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cités § 55, Rem. i. Mais il faut bien observer que ces [a) irrationnels appartiennent surtout au parler populaire et que les Français cultivés les évitent le plus possible comme une marque de nonchalance (comp. pourtant §91, Rem- 2). Un homme instruit prononcera: [Iarkd9tji5:i] [l'arc de triomphe), comme cela s'écrit, mais un homme du peuple dira de son côté [larkadtjiàrf], se conformant instinctivement à la règle des trois consonnes, dont nous parierons plus loin l§ 91). Ce trait de prononciation populaire est souvent imité par les chansonniers, auxquels il peut fournir à propos une syllabe de plus.

88. On voit déjà par ce qui précède que la prononciation de r«f féminin» est souvent facultative et sujette à de nombreuses variations. Tantôt le peuple supprime cette voyelle là oîi elle est imprimée, tantôt il la fait apparaître là où elle n'existe pas dans l'orthographe; les mêmes gens qui prononcent un ourse blanc, diront fte parF pas. Les classes instruites ont en général une tendance à respecter davantage l'orthographe: mais même dans ce milieu social on peut observer un nombre infini de variations non seulement d'individu à individu, mais chez le même individu. La prononciation de \'e féminin, comme celle de la liaison, dépend des circonstances, du degré d'émotion, de la rapidité plus ou moins grande du débit, etc. 11 y a entre ces deux phénomènes une analogie intime, qui provient de ce que tous les deux sont en grande partie des survivances, maintenues, contre les tendances naturelles, par les écoles, les conservatoires, la prosodie, etc. Dans le cas de \'e féminin comme dans celui de la liaison, le Français se trouve perpétuellement tiraillé entre deux tendances opposées; il ne lit pas les vers comme il lit la prose; il ne parle pas comme il lit,

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et quand il parle, sa prononciation varie dans les mots ou groupes les plus usuels.

89. On peut dire qu'en général plus la prononciation est lente et emphatique, plus le nombre des [a] augmente. M. Legouvé (L'art de la lecture, p, i8o), cite l'exemple suivant: *Dans les vers du Misanthrope: Allez, je vous refuse! supprimez \'e intermédiaire, et dites comme les trois quarts des comédiens: Allez, je vous r'/use! L'effet est sec et dur! Mais appuyez fortement sur cet e prétendu muet, et le refus d'Alceste prend une grandeur presque tragique: Allez, je vous refusé.'* En ce cas, on dira le plus souvent, dans le parler ordinaire et rapide: 'Allez, j'vous r'fuse!* Nous entendons à chaque instant des doublets comme cependant et c'pendant, parce que et pars'que (ou même pasque), onze sous et onz'sous, etc. On prononce [barbsbiø] le nom du personnage légendaire, mais on dira très bien: Cet individu a la barb' blonde, en substituant à 1' [a] un [b] long. Nous verrons plus loin (§ 126 ss.) que la grande abondance des consonnes longues en français tient aux suppressions d'«e féminins». Le prêtre, faisant la leçon du catéchisme, parlera des cornmand'ments de Dieu; mais son élève, moins respectueux, dira les command' ments d'Dieu. On dit un triste sire; mais il est Irisf ce soir, en faisant sentir un léger arrêt, au lieu d'un [a]. On dit un artiste-peintre, mais c'est un artist' fameux.

90. Il est donc à peu près impossible de donner des règles précises pour la prononciation de l'e féminin. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans le détail de cette question compliquée, ni de nous demander quelles peuvent être pour la langue française les conséquences de la disparition des e féminins et de l'augmentation du nombre des syllabes fermées. Il nous paraît que les Français sont

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en train d'acquérir peu à peu une plus grande aptitude à prononcer des groupes de consonnes qui étaient autrefois réservés aux gosiers germaniques. Les gens qui, à l'heure actuelle, prononcent tout naïvement une estatue, une estation, excitent la risée des Français qui ont passé par l'école; et pourtant ces braves gens ne font que continuer une vieille tradition française et romane (cf. Gr. hist., 1, § 461) Mais les modernes peuvent dire sans broncher, non seulement: un[e) statue, mais: un{e] grand{e) statue, tourn{e]-toi, rest(e)-là, un(e) solid(e) structure, etc.

91. Pourtant il faut tenir compte d'une loi générale qu'il nous est impossible de passer sous silence: la loi dite des trois consonnes. On peut la résumer ainsi; Ve féminin se prononce ou apparaît dans la plupart des cas, lorsqu'il y a au moins trois consonnes en présence, et alors il s'intercale en général après les deux premières consonnes. Ainsi on dit simplement et non simpl'ment, justement et non jusl'ment, et de même: exactement, tristement, porte-croix, Charles douze, si le temps reste beau. La règle apparaîtra avec plus d'évidence si nous prenons un mot commençant par une consonne suivie de [a]; nous voyons cet (a] disparaître ou reparaître selon que la finale du mot précédent est vocalique ou consonantique. Prenons par exemple la préposition de:

On dit an valet d'chambre; mais une femme de chambre.

— un chien d'chasse; — une chienne de chasse.

— la cité d'Paris; — la ville de Paris.

— un bracelet d'diamants; — une rivière de diamants.

— le mari d' Madame; — le domestique de Madame

— un tapis d'sahn; — un meuble de salon.

— des os d' poulet; — un os de poulet-

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Comme les Français hésitent sur la prononciation du / final dans but, on pourra entendre, tantôt: le bu{f) d'mes efforts, tantôt: le but de mes efforts. — Comparez encore la f{e)nêtre, et cette fenêtre; la p{e)tite, et chère petite; mad{e)moiselle, et une demoiselle; tu r{e)fuses, et Joseph refuse, etc.

Remarque i. Parmi les nombreuses applications de cette loi, signalons celles qu'on peut en faire aux mots: presque, quelque, puisque, jusque. Nous avons eu occasion d'observer que sur ces mots très usuels les étrangers font perpétuellement des fautes qui tiennent à l'ignorance de la loi des trois consonnes; ils disent; puisq' tu veux, qaelq'fois, etc. Pourtant la règle de phonétique syntaxique à laquelle sont soumis ces mots, est très simple: toutes les fois qu'ils précèdent un mot débutant par une consonne, on prononce \'e féminin: [prcskatus] {presque tous), [p^iskstyvej (puisque tu veux), etc. On pourra hésiter entre la prononciation familière; [kekfwal {quelque/ois), [kïkJo,;z| (quelque chose), avec suppression de IV, et la prononciation soignée [kelkafwa], [kîlkaj'o:!]; mais jamais on ne dira, en maintenant 1'/: [kslktwa], [kBlk|o:z].

Remarque 2. M. J. Storm ayant trouvé indiquée dans un texte phonétique la prononciation 1/ exist' souvent, s'adressa i M. Gaston Paris pour lui demander s'il ne valait pas mieux dire il existe souvent. L'illustre académicien lui fit la réponse suivante; iCette prononciation (// exist' souvent) s'eniend, mais celîe que vous indiquez est certainement plus fréquente. Il est sûr qu'un ivoyoui de Paris dira: j'vou pari' pd à vou, tandis qu'un homme bien élevé dira: je n'vou parle pas; mais ce même homme dira souvent: 1 pari' de <^qu'i n'sait pas, i pari' biin, tu pari' trô, etc. La prononciation postequam, postetonique, est très répandue, je l'ai entendue vendredi à l'Académie, Les gens qui s'appellent Ernest Blanc, par exemple, sont très ordinairement appelés: Ecneste Blanc. Toutefois, c'est une mauvaise prononciation; pour ma part je ne l'admets pas; mais elle n'est pas restreinte aux classes vulgaires. A côté de cela, on entendra très bien: la post' s'est trompée, tu es trist' ce soir, c'est jast' qu'i' meur', elc.i

92. Comme on doit bien s'y attendre, cette règle générale est sujette à beaucoup d'exceptions. D'abord, nous avons vu qu'en général les Français qui savent l'orthographe intercalent le moins pnssible d'[3] irration-

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nels et font effort pour prononcer arc de cercle, Arc de triomphe, express, excase, Ernest Renan, etc. Mais, même lorsque 1'*« féminin» existe théoriquement, il y a bien des cas où il reste muet, bien que le nombre des consonnes en présence soit supérieur à deux; il y a des groupes plus ou moins difficiles. Sans entrer dans le détail, signalons quelques cas principaux:

i" En général, les groupes où deux consonnes fermées se trouvent en conflit sont plus difficiles à prononcer que ceux oi!i dominent les spirantes; ainsi on dit: an artiste-peintre, mais: un artisf lyrique; de même: divers(es) méthodes, je rest{e)rai, j'observ[e)rai, une fûrc{e} terrible, lourn{e)-toi, etc.

2° Lorsque, deux mots étant en présence, le premier se termine par une consonne fermée + liquide (/, r) + [a], et que le second commence par une consonne, le liquide disparait d'ordinaire, du moins dans la langue courante; ex.: quat{re) femmes, un mait(re) d'école, un meub(lé) d'occasion, etc.; qu'on se reporte à ce que nous avons dit aux §§ 47 et 56.

î" Il faut tenir compte aussi de l'analogie, c'est-àdire de l'influence exercée par les groupes à deux consonnes sur les groupes à trois consonnes. Ainsi, régulièrement on devrait dire: un' petit' fille; mais en fait on dit très souvent un' p'tif fille, par analogie avec la p'til' fille et avec le ou un p'iit garçon; sans doute le groupe [npt] est difficile; mais l'analogie l'emporte, et on se tire d'afl'aire en escamotant plus ou moins le p\ il n'est pas rare d'entendre dans le peuple: un' lit' fille.

4° Enfin, pour traiter à fond cette question de Ve féminin, il faudrait se lancer dans des considérations de phonétique syntaxique, distinguer entre les mots isolés et les mots en groupes, examiner ces derniers et étudier l'in-

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fluence exercée sur la prononciation par le rôle grammatical des mots et leur place dans la phrase. Ainsi le mot chemin isolé, lu dans un dictionnaire, se prononce [J9mê]; précédé de l'article il se prononce [/mèj. On fait sentir 17 et l'e féminin dans l'expression toute faite: table d'hôte; mais on dira: une tab' d'acajou. On dit: un porte-bonheur; mais on dira, au mépris de la règle des trois consonnes: cela port' bonheur. On prononce: presque pas, presque mort, etc.; mais supposez un -cas analogue à celui que nous trouvons plus haut (p. 28) dans notre texte: «Le [v^\ sourd . . . disparait presque dans le parler de tous les jours>; alors nous nous contenterons, au lieu d'un e féminin, d'une légère pause entre le [kj final de presque et le [d] de dans: (prrsk da\. Dans les premiers cas, l'adverbe presque est fortement lié à ce qui suit; dans le second cas, il est fortement lié à ce qui précède. Rappelons encore un exemple déjà cité: un triste sire; mais: je sais trist' ce soir.

93. Lorsque, dans un mot ou un groupe de mots, plusieurs [a] se suivent dans des syllabes consécutives, on prononce en général le 1" (le 5*, le 5*) e, tout en supprimant le 2' (le 4", le 6'), ou l'inverse a lieu. Comparez les deux phrases: je ne te le demande pas [gantai damàdpa], et: ce que je demande [sk33d3mà:d]. Pour plus de détails, voir Cr. hïst., 1, § 294.

94. La voyelle [oj, dite «o fermé», s'articule avec la bouche plus ouverte et les lèvres moins arrondies que pour [u], et en outre la langue est un peu plus éloignée du palais: c'est donc une voyelle d'arrière moyenne arrondie [mid-back-round), autrement dit une voyelle bilabio-vélaire. Nous retrouvons un o analogue dans l'ital. amore, dolore, voce, doloroso, dans l'ail, kosen, Sohn, dans le dan. rose, bonde, ost, etc.

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Exemples d'[o] bref: [po] {pol, peau, Pô), [so] {sot, saut, sceau, seau), [bo] {beau, baux), [tablo] {tableau), [bravo] {bravo).

Exemples d'[o) long: [Xo:zj {chose), [^o:z] {cause), [ko:t) {côte), 'irwaio:m) {royaume), lianoitf] {le nôtre).

Le français ne connaît pas de son non arrondi correspondant.

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