IV. Voyelles nasales
106. Toutes les voyelles orales sont, en théorie, susceptibles d'être nasalisées; mais comme l'élévation de la langue gêne quelque peu l'abaissement de la luette, on trouve rarement tes voyelles «hautes» comme nasales. Ainsi qu'il a été dit (§§ 95, 98, 100, 102, 105), il n'y a en français normal que quatre voyelles nasales, [?, œ, 5, Ô],
lesquelles ont pour caractère commun la position basse de la langue; il semble du reste qu'on observe en certaines régions une tendance à réduire ces quatre nasales à deux, [ê] se confondant parfois avec [œ], et [à] passant parfois à [ô]. — La dénasalisation se produit d'une façon régulière dans les liaisons (cf. plus loin Chap. IX); elle peut se produire aussi devant deux dentales en contact: vingt-deux > [venddø], trente-trois > [tjanttj^a) ; mais cette dénasalisation n'est jamais complète, et tel est aussi le cas pour les nasales méridionales: un individu de Marseille ou de Toulouse prononçant le mot jambe, fera entendre un a incomplètement nasalisé, suivi d'une m.
Remarque. Les nasales françaises proviennent de la rencontre d'une voyelle orale et d'une consonne nasale suivante. Par un phénomène d'assimilation régressive, le voile du palais commence à s'abaisser déjà dans l'émission de la voyelle, laquelle se trouve nasalisée; puis la consonne finit par disparaître: processus qu'on peut représenter ainsi: [on] > [an] > [à]; comp, Gr. hist, I, § 210.