ACCENT MUSICAL
144. Nous avons vu que les diverses syllabes d'un groupe de sons se différencient à la fois par leur durée (quantité) et par leur accent. Dans le groupe [sedro:!], la première voyelle est brève et atone, la seconde longue et accentuée. Mais les syllabes sont aussi différenciées par la modulation de la voix. U est rare que la voix se maintienne sur la même note musicale au cours de la conversation; elle passe sans cesse d'une note plus élevée à une note plus basse, et vice versa. Il en est ainsi plus ou moins dans toutes les langues. Toute parole est en fait une espèce de chant. Quand nous entendons une personne parler avec une intonation inusitée ou trop marquée, nous disons qu'elle «chante». Lorsque nous voulons parodier un débit étranger ou dialectal, nous nous mettons aussi à «chanter*. Mais la force de l'habitude nous empêche de remarquer chez nous-mêmes le chant propre à notre langue ou à notre dialecte maternels. Pourtant nous nous moquons du débit uniforme, psalmodiant, que croient devoir prendre les gens du peuple lorsqu'ils lisent tout haut une lettre ou un article de journal: nous disons qu'ils débitent sur un ton d'enterrement, et nous reconnaissons ainsi implicitement que notre diction naturelle est plus variée et d'une mélodie plus riche. — La hauteur du son dépend de la rapidité [des vibrations: plus elles sont rapides et courtes, plus le !ton est élevé; plus elles sont lentes et amples, plus le [ton est bas. La voix de la femme est en général plus haute que celle de l'homme, parce que son larynx est plus petit et ses cordes vocales plus courtes.
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145. En réalité, il n'y a pas entre le chant et la parole une différence de nature, mais simplement une différence de degré. Le chant, comme le remarque M. Morell Mackenzie, est à la parole ce que la danse est à la marche; c'est la poésie de la voix. Mais en quoi consiste cette différence de degré, et qu'est-ce qui distingue au juste la parole du chantP La différence est double: elle se manifeste en partie dans la forme du mouvement mélodique, dans ses traits extérieurs, en partie dans son contenu, dans ses caractères internes. Nous résumons ce que dit à ce sujet M. J. Storm {Norvegia, I, 52):
1" Le trait caractéristique du langage parlé, c'est le glissement perpétuel d'un ton à un autre, ce qui fait que les tons ne se fixent pas dans l'oreille comme s'ils étaient vraiment musicaux, et produisent une impression trouble, mal définie, non musicale. La voix qui chante s'arrête en général un certain temps sur chaque note; elle attribue d'ordinaire une note à chaque syllabe, tandis que la voix qui parle glisse souvent sur toute une série de notes pour prononcer une seule syllabe: en musique, c'est là un phénomène exceptionnel qu'on désigne par le terme gtissando. Plus la voix insiste sur une partie isolée de ce glissement, plus elle devient chantante: c'est le cas par exemple dans les langues Scandinaves. Mais si la voix fait en quelque sorte des sauts à travers des intervalles différents, nous avons alors une modulation plus riche qui se rapproche davantage de la musique: c'est ce qui a lieu par exemple en italien et partiellement aussi en français. D'ailleurs toutes les langues participent plus ou moins de ces deux caractères.
2° La différence dépend aussi du mouvement luimême, en ce sens que dans le langage il n'a pas le ca-
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ractère d'un motif musical déterminé, indépendant, autrement dit d'une mélodie; c'est un simple accompagnement des phonèmes de la parole, une vague cantilène qui constitue l'élément secondaire, tandis que les mots sont l'élément principal.
Remarque. Sur la question des rapports entre la parole et le chant, on pourra se reporter i l'essai très suggestif d'Herbert Spencer sur l'origine et les effets de la musique. Spencer commence par établir que toute émotion se traduit par des mouvements musculaires, puis il montre comment ces mouvements se propagent aussi jusqu'aux muscles producteurs de la voii; la voix est influencée par l'émotion en vertu d'une nécessité naturelle. Du débit fortement ému naît le récitatif, lequel, amené i une forme plus nette et plus systématique, devient le chant. On peut caractériser d'une façon générale la musique comme «une idéalisation du langage naturel des émotions fortesi.