‹ Manuel phonétique du français parléChapitre 35 sur 81 · L'accent musical, ou accent de hauteur · texte numérisé non relu

L'accent musical, ou accent de hauteur

joue un grand rôle dans le langage parlé, dont il est un des instruments les plus délicats; c'est le commentaire ajouté par la sensibilité à l'expression de la pensée. Le mot en lui-même n'est que le symbole abstrait et neutre de la pensée humaine; mais le ton sur lequel il est dit, la modulation qui l'accompagne, nous révèlent l'âme de celui qui parle et communiquent à la parole l'intérêt et la vie. C'est pourquoi le ton domine le mot et peut en modifier ou même en transformer complètement la signification; et si, — comme c'est le cas dans l'ironie, — il y a conflit entre les mots et la mélodie naturelle, c'est toujours à celle-ci que l'on recourt instinctivement pour avoir une juste compréhension de la chose dite. Par un changement de ton insignifiant (souvent joint à une mimique appropriée), on peut donner à des phrases comme •ça va bien», «fiez-vous à moi-, »c'est un malin>, etc., un sens ironique, diamétralement opposé au sens littéral. C'est une entreprise bien difficile que de s'assimiler

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l'accent musical d'une langue étrangère, surtout quand cet accent est aussi délicat et aussi varié qu'en français. On peut apprendre à articuler correctement les phonèmes ou les mots isolés, mais un très petit nombre d'étrangers arrivent à se rendre maîtres de l'intonation; si l'intonation n'est pas bonne, le débit est aussi désagréable pour une oreille exercée qu'une mélodie chantée faux. On ne peut acquérir l'accent musical du français qu'en l'étudiant en France même. Donner des règles en cette matière est chose à peu près impossible, à cause du caractère extrêmement mobile et fuyant de l'accent musical français; les remarques qui vont suivre n'ont d'autre prétention que de donner quelques indications générales provisoires.

147. Dans la prononciation ordinaire des mots isolés, la syllabe finale reçoit souvent un accent musical un peu plus élevé que les autres syllabes: maman/, éternité/, bonjour/, éloquemment/ , inconsidéraiion/ .

Remarque. Si l'accent d'intensité se déplace sur une autre syl- 1aE)e, celle-ci reçoit d'ordinaire au»i l'accent musical; par ex, on peut entendre: jaimais, gen/til, ai/mer, miliérable, etc.

148. Pour ce qui est des groupes de mots, on peut faire les remarques suivantes:

1° Le ton montant indique que la pensée est inachevée, indéterminée, que la curiosité reste en suspens; on l'emploie dans les interrogations, dans les exclamations d'étonnement ou de doute, dans les objections, dans les phrases interrompues, etc. Ex.: Tiens, c'est toi/? — Cest pour ça qu'il est parti d'ici/? — Viendra-t-H/ ? — Quoi! Il est à Paris/! — Ton frère est ici/! — Eh bien/! — Mais c'est embêtant/! — // n'est pas tard du tout/! — Si vous saviez/ ... — Je devrais/ . ■ .?.

2" Le ton descendant indique que la pensée est achevée, bien définie; on le trouve dans les phrases qui

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confirment ou qui commandent; mais il peut aussi exprimer l'indifférence et le doute. Ex.: Fais ça vite\. — Sortez-moi donc ces hottest — (Oh, je comprends) c'est pour ça/ qu'il est parti d'ici\. — Oui, il est à Paris\. — Pierre est ici\. — \fais non\ (= fichez-moi la paix; ou: vous déraisonnez). — Ma résolution est prise\- — Malheur à toi\! — Mesdames/ et Messieurs\. — Quelle idée\! ~ Qu'est-ce <fie vous voulez que ça me /asse\? — fsais pas\.

Remarque. Comme on peut le voir par quelques-uns des exemples précédents, le même groupe peut prendre des significations tout å fait différentes suivant l'accent mélodique qu'on lui attribue. Un mot comme oai peut admettre 7 ou 8 intonations différentes. Par exemple le ton descendant ordinaire Coui\) marquera l'affirmation pure et simple (c'est mon avis, c'est bien cela); une descente plus forte (pui\\) indique le doute, l'indifférence ou l'ironie, et en ce cas la voyelle finale i dégénère souvent en un son voisin d'[e] ou d'[e], (ouais), — phénomène qu'on observe aussi chez les chanteurs â voix de basse: dans les notes profondes, il leur arrive de donner des i au lieu d'i. — La montée liimple (ouif) correspond à l'Interrogation ordinaire; une surprise plus forte se marquera par une montée plus forte (oui/l ^ pas possiblel).

149. Dans les groupes d'une certaine longueur, la hauteur du ton varie perpétuellement: d'ordinaire la mélodie monte aux petites pauses et descend aux pauses importantes. La mélodie montante s'observe souvent là où dans l'orthographe on met une virgule et la mélodie descendante là où l'on met un point ou un point et virgule. Ex.: Je l'ai bien entendu/, mais je ne l'ai pas vu\. — Si vous le permettez/, je vous ramènerai chez vous\. — Si vous voulez/, je viendrai vous voir// chez vous\. — La même chose peut se produire dans les phrases interrogatives, et spécialement quand elles sont introduites par une expression interrogative; ex.: Pourquoi donc/ est-ce qu'il a dit ça\? — Cf. aussi: Enfin/, que voulez-vous\? — Le fort abaissement de la voix à la fin des phrases amène 8«

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souvent une perte de sonorité pour la dernière voyelle; ex.: Eh bien!, n'y pensons p'«i\\.' C'est surtout le cas pour les voyelles «hautes» [i. y, u); nous avons déjà signalé ce phénomène au § 66.

Remarque. Pour montrer quelles formes peut prendre la mélodie de la phrase, nous citons ici la notation musicale que M. Paul Pierson a donnée d'une phrase de Cil Bias {Métrique naturelle du langage, p. 169J:

l'hôte en-tra,

rrhommequiravaitar- rê - té dans la rue.

ISO. Ce ne sont pas seulement les syllabes isolées qui sont mises en relief par des changements de ton; on peut aussi prononcer tout un groupe de syllabes, toute une phrase, sur un ton élevé, ou sur un ton moyen, ou sur un ton bas.

1° Le ton élevé (ou aigu, ou haut) s'emploie quand il s'agit d'exprimer l'étonnement, l'interrogation. Ex--. ^Tiens, te voilà'*.' — ''Allons donc^! — ^Quelle idée^! — ^Venez-vous'*? — ^E^-tu W? — ^Auguste'^!

2° Le ton moyen apparaît surtout dans les affirmations ordinaires. Ex-: Vous 'venez. — Tu es là. — Ctst mon frère.

î" Le ton bas (ou grave) sert souvent à rendre l'ironie, le doute, l'indifférence, le blâme, le mépris. Ex.: lAllons doncjf — ^Tu n'as pas oublié ma commission. j'espèrcy — ^Eh bien! Est-ce clair maintenant^? — i.Qiiel idiotj ! — i Qu.'est ce que tu veux, c'est comme fdj.

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Remarque. Les mots ou membres de phrase placés entre parenthèses se prononcent en général sur un ton bas et monotone. Citons i ce propos le commentaire que M. Dupont-Vemon donne (p. ^o) des vers suivants de Corneille:

Sire, vous ayez iu lija'en ce danger pressant Qui jeta dans la ville un effroi si paissantj, Une foale d'amis ychez mon père assemblée^ Sollicita mon âme encor toute troublée.

«La phrase principale est celle-ci: Sire, vous avez su qu'une foule d'amis sollicita mon âme; tout le reste est incident. Adoptez une tonalité quelconque pour cette phrase principale, vous devez la modifier chaque fois que cette phrase sera interrompue, et la reprendre chaque fois qu'elle sera reprise; cela vous fera donc, rien que pour quatre vers, quatre changements de ton, puisque la phrase principale est interrompue deui fois.» On pourrait multiplier les exemples de ce genre. Citons entre autres ce passage célèbre de La Fontaine (Fables, X, 2):

A ces mots l'animal pervers/

(iCest le serpent que je eux dire Et non l'Homme; on pourrait aisément s'y tromperai), A cet mots le serpent, etc.

Autre exemple: tParU, aa moins concurremment avec le patois, par la plupart des illettrés, le français est essentiellement le dialecte — inoas verrons tout à l'heure ce qu'il faut entendre par ce mot \ — de Paris et de l'Ile-de-France, t

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