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CHAPITRE IX

159. Lorsqu'un mot se terminant par une consonne se trouve suivi d'un mot commençant par une voyelle, il

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arrive souvent que la consonne finale, muette en tout autre cas, se fasse entendre et devienne initiale du second mot: c'est ce qu'on appelle la liaison. Ainsi, dans la forme verbale est, la consonne /, muette dans // est ainsi que dans il est grand, reparait dans il est immense, où elle devient initiale de la syllabe im-. La liaison est souvent un phénomène de réaction: c'est la conservation ou la résurrection, dans un cas spécial, d'une lettre qu'on a cessé de prononcer partout ailleurs, d'une lettre morte. Ceci nous explique déjà pourquoi la liaison est surtout fréquente dans la déclamation, dans la prononciation conservatrice, et pourquoi le peuple a une tendance à s'en passer de plus en plus.

160. En vieux français, beaucoup de mots se prononçaient non seulement de deux manières, mais même de trois, suivant qu'ils étaient placés devant une pause, devant une voyelle, ou devant une consonne (cf. Gr. hist, I, § }i5). Nous avons des survivances de la triple prononciation dans certains mots comme dix, six, neuf, plus, tous, dont la dernière consonne peut être sourde, sonore ou muette, selon les cas:

1" sourde: 2" sonore (en liaison): î" muette: Il y en a six. Six enfants. Six francs.

Nous étions dix. Dix heures. Dix maisons.

Otez sept de neuf. Neuf heures. Neuf kilos.

Mettez deux en plus. Plus aimable. Plus haut.

La prière pour tous. A tous égards. Tous les amis.

Mais en général le français moderne ne connaît que deux formes: avec liaison ou sans liaison. Les exemples que nous venons de citer ne sont que des survivances, et il semble bien que la tendance moderne soit de les restreindre autant que possible. Cette tendance à la

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simplification s'observe notamment dans le cas de neuf. Si on dit encore [nœvœir], on prononce avec sourde neuf amis, neuf étoiles, etc. ; et on observe souvent dans la prononciation populaire [nœfom] {= neuf hommes).

Remarque. La liaison peut se faire non seulement devant les voyelles, mais aussi devant les consonnes ou semi-voyelles [w, q, j): Un petit oiseau, des huîtres, les ftax.

161. Voici les règles' principales pour la prononciation des consonnes en liaison:

I" Le d se prononce comme [t): Grand homme >• Igrâtam], pied-à-terre ;> [pfetate:r], (// n'a pas) froid aux yeux > [f^atozjø], quand on voudra > [kàlSvudra], etc. (pour l'explication de ce phénomène, voir Gr. hist., \, § Î95. 2). — Exceptions: Nord-est > [n^rdest] ou [norest], nord-ouest >■ [nsrdwest) ou [norwest).

2" Le g en liaison passe à [k] dans l'adjectif long: Ex.: Un long espoir > [œl5kesp^a:r], an long hiver >• [œlàliive:r] ; il en est de même, du moins théoriquement, pour les substantif sang et rang; mais la liaison avec ces deux derniers mots est devenue très rare et parait affectée. Cependant, on chante encore dans la » Marseillaise*: (Qu'un sanc impur abreuve nos sillons!*, et on fait la liaison dans l'expression consacrée suer sang et eau [sôkeoj {comp. Gr. hist.. I, § 4}6, 2}.

î" L'/ passe parfois à [v) dans le nom de nombre neuf; mais nous ne donnons comme certains que les exemples neuf heures et neuf hommes (comp. ci-dessus § 160, et Gr. hist., \, § 450, 2); dans les autres cas on entend soit un [f], soit aussi une sorte de v demi-sonore, intermédiaire entre / et v.

4° Les consonnes écrites s, z tx. x se réduisent à [z) : Vous avez > [vuzave], des chevaux arabes > [de/vozarab], chez elle > [/ezel], un gros homme :> [œgrozom], le tiers-

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état > [latjerzeta]. - Ainsi donc, les aunes se prononcera comme les zones.

5" Dans la liaison des voyelles nasales, on fait entendre un [n] pur: Mon enfant > [mônâfâ], en avant > [ânavâ|, aucun autre :> [okænotj]. Ainsi donc, en agent se prononcera comme en nageant — Il peut se faire qu'en cas de liaison la voyelle perde son timbre nasal et passe à la voyelle orale correspondante. Ce phénomène de dénasalisation est surtout fréquent dans le midi de la France; mais on peut entendre un peu partout [manami], {mon ami), [bDnami] {bon ami).

Remarque. H y a aussi des gens qui ne font pas de différence entre an ami et une amie, et qui prononcent ane hamme, tout comme si les hommes partaient des [upons. Cependant la tendance moderne est, semble-t-il, de dénasaliser le moins possible, — sans doute par suite de l'influence croissante de la langue écrite, et aussi pour éviter des confusions perpétuelles entre le masculin et le féminin. La prononciation une homme est considérée comme provinciale et affectée.

162. La fréquence de la liaison est très variable suivant le milieu, la condition sociale, le rythme, le ton, le style, etc. La liaison est le plus souvent, comme Ve féminin, un phénomène de réaction apparaissant surtout dans la prononciation conservatrice, dans la lecture à haute voix, dans la diction théâtrale, dans la conversation soutenue; elle fleurit naturellement dans la déclamation des vers, puisqu'elle prévient en partie les hiatus proscrits par Malherbe. En d'autres termes, plus le ton s'éloigne de celui de la conversation familière, plus les liaisons sont nombreuses. Citons à ce sujet, d'après M. Legouvé (p. 76), la petite anecdote suivante: «Un jour, dans une pièce de M™ de Girardin, La joie fait peur, la jeune actrice chargée du rôle de l'ingénue dit, en parlant de fleurs qu'elle avait plantées avec son frère: Nous les avions

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plantées-ensemble, en faisant sentir Ys. M™* de Girardin bondit sur sa chaise: Pas d's\ Pas d'sl s'écria-t-elle. Planté ensemble. Vous n'avez pas le droit de faire de pareilles liaisons à votre åge! Je me moque de la grammaire! [I n'y a qu'une règle pour les ingénues, c'est d'être ingénuesl Cette affreuse s vous vieillirait de dix ans! Elle ferait de vous une Armande au lieu d'une Henriette; oh! l'affreuse î!»

163. Est-ce à dire qu'il ne faille pas faire de liaisons dans la conversation courante? C'était l'opinion de François Caboussat, le héros dune pièce bien connue de Labiche; il avait adopté le parti prudent de ne jamais lier et de dire par exemple: "Je sui(s) allé!> {la Grammaire, se. 5). Caboussat avait tort, et on doit dire: IsasEjizale]. S'il est bon, quand on parle, d'être sobre de liaisons, il ne faut pas non plus en être trop avare: il existe un minimum nécessaire.

En général, la liaison se restreint, dans la conversation, aux groupes de mots étroitement unis par le sens ou par l'accent. Ainsi on dira: // est parti à franc étrier; mais: il est franc \ autant que bon. Un longjiiver, mais: le temps est long \ à qui attend. Un profond esprit; mais: cet ouvrage est profond | et juste- Le premier homme; mais: te premier \ est arrivé à neuf heures. Bien aimable; mais: c'est bien \ un autre homme. D'un commun accord; mais: rien de commun \ entre nous. Je n'en ai pas; mais: donnez-m'en I un peu.

164. On comprend, d'après tout ce qui précède, qu'il soit impossible de donner des règles infaillibles pour reconnaître quand il faut faire la liaison et quand il ne faut pas la faire: c'est avant tout une question de tact et d'habitude. Aussi nous bornerons-nous à énumérer

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les principaux articUs du minimum nécessaire. — La liaison se produit le plus souvent:

1" Entre les articles, les noms de nombre, les pronoms d'une part, et d'autre part le substantif ou l'adiec tif qu'ils précèdent; Les amis, des enfants, aux kommes. les autres gens, un étudiant, deux heures, trois étoiles, cent ans, quatre-vingts ans, vingt étrangers, ces arbres, mon ami, mes yeux, leurs âmes, aucun intérêt, (quelques années, tout individu.

Remarque. Une preuve que la liaison avec l'article pluriel esi considérée comme indispensable, c'est que dans le peuple on la fait souvent avec des mots commençant par une h aspirée (voir plus haut, g 64, Rem.).

2" Entre l'épithète et le substantif qu'elle précède. Ce genre de liaison est surtout fréquent pour marquer le pluriel et le distinguer du singulier: Le petit oiseau, deux jeunes époux, mes bons amis, d'autres objets, aux fines herbes, un long hiver, le premier homme, le dernier être, en mauvais état, un brillant orateur, le tiers-ordre, le tiers-état. un faux-ébénier, un faux air, etc.

Remarque 1. Parfois aussi la liaison se fait entre le substantif et l'adjeclif qui suit: Les États-Unis, les Champs-Elysées, les gens agis, tes langues étrangires. Ajoutons que, comme dans le cas précédent, on fait la liaison quand il y a intérêt à distinguer le pluriel du singulier.

Remarque 1. La liaison peut devenir dans certains cas un moyen de discerner l'adjectif du substantif; c'est ce qui arrive lorsque nous avons affaire å deux adjectif qui se suivent et dont l'un est substantivé. Si nous prononçons sans liaison: un savan(t) étranger, nous indiquons par li que savant joue le rôle d'un substantif (un savant qui est étranger); mais si nous faisons la liaison, c'est l'inverse: étranger est l'adjectif substantivé auquel nous accolons l'épithète de savant (un étranger qui est savant).

1» Entre le pronom et le verbe (ou entre le verbe et le pronom): Nous avons; vous aimez; ils attaquent:

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on a crié; où peat-on se cacher? Vient-il? Le croiront-ils? Y pensait-il? Il vous a regardé; il faut les aimer; ce qu'il nous avait jiccordé; fen ai peur; vous^ pensez; prends-en, vas-y.

Remarque. La langue populaire néglige assez souvent les liaisons avec les pronoms. M. G. Paris (Romania, XXII, p. i;;] déclare qu'il a entendu dire noa(s) avon(s) ea. Mais ce n'est pas å imiter.

4" En général la liaison se produit après le verbe être, après les auxiliaires et plusieurs autres verbes d'emploi journalier. Ainsi c'est la liaison qui distingue phonétiquement la forme verbale est de la conjonction et. Exemples: // est occupé; il l'avait aimé; ils étaient entrés; il s'est fait aimer; ça peut être vrai; soyons hommes; il y avait une fois; il faut' être bête pour . . .; // faut y aller; etc.

Remarque. Les liaisons de ce genre manquent souvent dans le parler très familier; on peut entendre, avec l'hiatus: on est \ heureux. Nous n'avons pas la prétention d'examiner ici les cas où ces omissions sont le plus ordinaires, — M. Martin-CazaI remarque: iLe tutoiement, qui dénote presque toujours la familiarité, s'allie très mal avec le ton mesuré de la haute conversation*, et par suite avec la fréquence des liaisons; ainsi on dira: tu as \ eu; tu aimes \ à rire, etc. li faut faire une exception pour l'expression ta es, après laquelle la liaison est fréquente ou du moins n'a aucun caractère de pédantisme. Dans le peuple, on peut entendre des «liaisons dangereuses» (§ 167) comme: t'es fane bête, et ces fautes mêmes prouvent qu'on sent vaguement le besoin d'une liaison après la seconde personne du verbe être (ou qu'on confond la ;' pers. avec la 2*).

î" Entre la préposition et le mot qu'elle régit: Dans une heure, dans un fauteuil, sans appui, sans ouvrir les yeux, en abondance, en été. en écoutant, chez eux, sous une lampe, devant eux.

Remarque. On prononce généralement avant-hier; mais la prononciation avan{t)-kier s'entend aussi. [I est curieux d'observer dans la Nyrop: Phonitique, 9

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langue moderne une hésitation sur la qualité de l'A initiale du mot hier: beaucoup de Français ne savent pas au juste si elle est aspirée ou muette.

6° Entre l'adverbe et l'adjectif ou le verbe: Très occupé, bien aimable, moins agréable, fort aimable, trop idiot, plus honnête.

Remarque. Il y a dans le parler familier une tendance à restreindre le nombre des liaisons avec trop; mais on peut encore les faire sans paraître pidant

7" Dans les locutions toutes faites et mots composés, comme: De temps en temps; corps et âme; de plus en plus; vis-à-vis; de mieux en mieux; pas à pas; mot à mot; nuit et Jour; mort aux rats; pot-au-feu; pot au lait; pot aux roses; pot à eau; pied-à-terre; tout-àcoup; tout à f heure; guet-apens; croc-en-jambe; franc-archer; [suer) sang et eau.

165. Inversement, voici quelques-uns des cas où la liaison ne se fait pas:

1° Après la conjonction et: Jeune et \ aimable.

1° En général après une consonne muette qui suit un [r); ex.: Vers \ un but; des vers] à soie; cela ne sert\ à rien; il perd \ un temps précieux; il sort \ à l'instant; il court I encore.

Remarque. On fait la liaison après ptasitun, tears, et après les formes verbales dans l'interrogatiiHi: Lears amis; plusieurs kommes; à ijaoi ça sert-il^ De même l'adverbe d'intensité fort, se lie généralement: Fort aimable.

i" Entre ie sujet et le verbe être: Le temps j est beau (mais dans le style soutenu on ferait la liaison).

Remarque. Il faut excepter certaines expressions, notamment avec toat; ex.: Tout est bien; tout est fini.

4° Après les infinitifs en -er: Je voudrais parler | à

votre frère {mais la liaison se fait en ce cas dans la déclamation).

5° Dans des combinaisons où la liaison donnerait lieu à des cacophonies, à des sons bizarres ou difficiles: Un attentat \ affreux, des espaces \ immenses, etc.

166. La liaison est une source abondante de calembours et de plaisanteries, qui dérivent de ce fait général exposé par nous au début du présent chapitre: la consonne de liaison quitte le premier mot pour devenir initiale du mot suivant. C'est là un principe dont les étrangers font bien de se pénétrer: ils l'appliquent en général instinctivement quand ils parlent; mais ils l'oublient très souvent dès qu'ils lisent un texte: voyant imprimé ou écrit le groupe des hommes, ils ont une tendance à prononcer [dez-:)m) au lieu de (de-zom], en intercalant une légère pause après le [z|. C'est là une des nombreuses fautes causées par le désaccord inévitable entre la langue pariée et la langue écrite: cette dernière donne une image fausse du langage en représentant les mots comme des unités indépendantes les unes des autres {cf. § 107, Rem.). Bon nombre des difficultés qu'éprouvent les débutants à comprendre un texte français qu'on leur lit ont leur origine dans le principe général dont nous parlons et qui a pour conséquence de changer la physionomie des mots telle qu'on se la figure d'après la langue écrite; la consonne de liaison, en venant se placer à la tête d'un mot, crée ainsi pour l'auditeur mal exercé un mot nouveau, inconnu, dont l'aspect le déroute- Combien de fois le cas ne s'est-il pas présenté dans nos leçons devant un auditoire d'étrangers! Par exemple, nous lisons un texte où se trouve cette phrase très simple: c'est à qui travaillera le mieux. Nous nous apercevons avec étonnement qu'on n'a pas compris; nous relisons,

sans résultat; enfin un élève nous demande ce que c'est que le mot iaqui, inconnu de lui, et pour cause. Des cas du même genre s'observent en grand nombre dans l'acquisition de la langue maternelle par les enfants français. Un petit enfant observé par nous dit un toiseau pour un oiseau, parce que ce mot s'est présenté le plus souvent à lui dans le groupe un pelil oiseau- II dit aussi c'est paigre pour c'est aigre, parce que l'expérience qu'il a de l'adjectif aigre provient surtout de groupes oii cet adjectif était précédé de l'adverbe trop. Citons, pour finir, quelques répliques d'un des derniers romans dialogues de Gyp [Jacquette et Zouzou. Paris 1901. P. 6j — 64); elles nous montrent une pareille formation enfantine prise sur le vif:

Jacquette. — Faut s'arrêter! . , . làl . . . c'est l'endroit où on a joué avec les p'tits garçons. . . .

Maman. — Alors, restons ici! . . .

Jacquette. — Vont p't'être pas v'nir? ... (Un i™[«) On s'est pas trompé d'place, pas? . . . (a um c'est bien z'ici? . . .

Zouzou. — Oh! . . . z'ici , - . (" >«) ici, qu'on dit! . . . pas «zici»! . . .

Jacquette (i«e »<xmrm. ~ M'man dit z'ici. . . .

Zouzou. — M'man? . . . ben, elle est raide celle-là! . . .

Jacquette wtud. — A l'instant, qu'elle vient de l'dire! . ■ . pas, m'man? . . .

Maman. — Quoi? . . .

Jacquette. — Qu't'as dit: «Restons z'ici? . . .»

Maman. — Oui. ... je crois . . . pourquoi? . . ,

Jacquette [WomphMK), — Là!

Remarque. Illustrons encore par quelques calembours et anecdotes ce principe de phonétique syntaxique: Quel est U premier homme du mondeP Réponse: Le rhum de la Jamaïque. ^ De quelle couleur

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est toujours un coffre-fort quand on le videP 11 est tout *ert (est ouvert). On disait à un joueur qui gagnait toujours: Vous n'irez pas la nuit dans un cimetière, vous êtes trop peureux {trop heareax). — Un homme trouvant son ami encore au lit à onze heures, le blâmait de se lever si tard. Je ne m'attendais pas â des reproches, répondit-il, pour avoir été trop au lit {trop poli). — Pendant la Révolution, en iT)o, un plaisant dénonça le couvent de la place Maubert, de l'ordre du Carmel, comme détenant cinj canons et vingt-cin^ armes. Une perquisition fut décrétée, et on y trouva cin^ ânom et vingt-cinq carmes. — Le comédien Mole était connu pour sa fatuité. M. de Biévre, en apprenant un jour qu'il était retenu au lit par une indisposition, s'écrie: 'Quelle fatalité h {Quel fat alitéf).

Naturellement, â moins qu'on ne veuille plaisanter, on évite ces liaisons prêtant aux calembours; par exemple on s'abstiendra de faire entendre le p de trop dans une phrase comme celle-ci: (Vous ne ferez jamais un bon marin: vous êtes trop homme de terre (et non: trop pomme de lerrel).

167. Comme la prononciation correcte des liaisons suppose nécessairement la connaissance de la langue écrite, il arrive souvent que les gens peu instruits commettent des fautes de liaison, insérant un [z] là où il faudrait un /, et vice versa Ce genre de lapsus a reçu le nom de pataquès ou pat-à-qu est-ce. Quant à l'origine de cette expression, Domergue cite dans son Manuel (Paris, 1805) l'anecdote suivante: *Une faute que fesoient autrefois les seuls ouvriers, et que font maintenant des personnes qui ne sont pas plus instruites pour être magnifiquement vêtues, c'est de changer à la fin des mots le / en i et le î en /. On appelle cela faire des pat-à-qu'est-ce: mot nouveau, dont voici l'origine. Un beau diseur étoit au spectacle dans une loge, à côté de deux femmes, dont l'une étoit l'épouse d'un agioteur ci-devant laquais: l'autre d'un fournisseur, ci-devant savetier. . . . Tout à coup le jeune homme trouve sous sa main un éventail. Madame, dit-i! à la première, cet éventail est-il à vous? — Il n'est poin-z-à moi. — Est-il à vous, en le présentant à l'autre.? — !l

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n'est pa-t-à moi. — Le beau diseur, en riant: Il n'est poin-z-à vous, il n'est pat-à-vous, je ne sais pa-t-à-qu'estce. Cette plaisanterie a couru dans les cercles, et le mot est resté.» Quelle que soit l'authenticité de cette anecdote, le terme existe et désigne une de ces liaisons qui révèlent une éducation incomplète et qu'on a plaisamment appelées des «liaisons dangereuses». Elles ponent aussi le nom de cuirs (et celui qui en fait trop reçoit pari^ois le surnom de cuirassier); on emploie aussi le terme de velours, lequel s'applique plus spécialement aux liaisons fautives avec s [z] (ex.: fai eu prononcé comme Jésus); comp. Gr. kïst., I, § 289.

Les «fautes» de ce genre étaient autrefois très fréquentes, non seulement dans la langue de tous les jours mais même dans la langue littéraire; aujourd'hui quelques «cuirs» seulement reçoivent droit de cité dans le français normal; citons surtout le [t] dans les formes interrogatives comme aime-t-il, donne-t-il, a-t-U, etc. (autrefois: mme il, donne il, a il, etc.), créées par analogie avec aimait-il, donnait-il, dort-il, voit-il, etc.; comparez encore: ne voilà-t-il pas. Rappelons aussi la locution entre quatre yeux, dont l'Académie autorise la prononciation [âtrskatrszjo] (plus couramment [atkatzjø]), tout en refusant l'orthographe entre quatre-2-yeux, et le terme technique un va-et-vient que les marins prononcent souvent [vatevj?]. Mais c'est dans la prononciation et dans la poésie populaires que fleurissent les liaisons dangereuses: // était-z-à la campagne; J'étais-t-à la maison; Sai-z-été; Je n'ai-z-aucun amant; Moi-z-aussi; Avantz-kier; Le Bal des Qaat'-z-Arts; La complainte des quai'-zétudiants; X. tond les chiens, coupe les chats et va-t-en ville; Malbrough s'en va-t-en guerre. — On lit dans le roman de M. Léon Bloy, la Femme pauvre (p. 20): *Elle devint alors la Bourgeoise, pour le temps et l'éternité. Son

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langage, par bonheur, conserva la succulence faubourienne. Elle disait fort bien: Donnez-moi-z-en, et: Allez-leur-z-y dire» (cf. encore plus haut § 109: vous dir vot' nom-z-en face).

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