ÉPILOGUE
Les derniers jours de l'année 1847 furent employés à prendre les arrangements annoncés.
Le règlement pour la nouvelle organisation du travail dans la manufacture et dans les forges était terminé ; il avait été lu et adopté dans une réunion générale des ouvriers. On l'avait fait imprimer; un exemplaire revêtu de la signature des propriétaires avait été remis à chaque ouvrier, et tous avaient signé sur un registre leur adoption des conventions stipulées : les mêmes formalités devaient être remplies à l'avenir pour chaque nouvel ouvrier admis à travailler dans l'établissement.
Le projet de société de secours mutuels de la commune de Mirebcau, qui avait été préparé entre M. Dupré et le maire, fut adopté par le conseil municipal; les statuts en avaient été soumis d'avance à l'approbation de l'autorité supérieure. On en donna connaissance aux ouvriers, qui, fiappés des avantages que leur offrait cette société, s'empressèrent de s'y faire admettre. Avant la finde l'année, ils s'étaient tous fait inscrire parmi les membres, au nombre desquels figiuaient, à titre de membres honoraires ou donateurs, toutes les personnes aisées de la commune. M. Dupré fut désigné à l'unanimité pour en être le président. Les journaliers de Mirebeau ne montrèrent pas tout à fait le même empressement à entrer dans la société; ils étaient en général moins instruits et moins éclairés que les ouvriers des fabriques, el, n'étant pas dans la même position, ils n'éprouvaient pas autant le besoin d'une société semblable. Cependant nous devons dire que peu à peu ils finirent par en comprendre l'utilité, et ils y sollicitèronl leur admission.
Ceci n'était toutefois qu'une partie de ce que M. Dupré a\ait projeté pour compléter l'œuvre de régénération de la commune. 11 sentait le besoin d'étendre l'instruction des habitants et de fournir à la population et surtout à la jeunesse des délassements qui la détournassent des distractions bruyantes et des plaiirs
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grossiers du cabaret. La transformation de la classe d'adultes lui parut propre à atteindre ce but.
Des classes d'adultes où l'on apprenait seulement à lire, à ëcrire, à coiripter et à mettre un peu d'ortlTO},Taphe, pouvaient suftire autrefois (juaud tant de personnes âgées n'avaient jamais mis le pied dans les écoles. Mais ce n'était plus assez pour y attirer la jeunesse déjà instruite, même en y ajoutant le dessin et le chant. 11 devenait d'ailleurs nécessaire de donner d'autres connaissances à lapopulatiou industrielledeMirebeau,afin d'assurer la prospérité des fabiiques et de leur permettre de soutenir avantageusement la concurrence. D'un autre côté, pour favoriser les progrès de l'agriculture, il fallait procurer aux cultivateurs des connaissances qui leur peiniissont d'adopter volontiers et avec succès les perfectionnemenls qu'on découvre chaque jour. On entrevoyait d'ailleurs dans un avenir rapproché l'introduction des machines dans l'industrie agricole; il fallait y préparer les esprits.
Le docteur Dupré avait donc compris la nécessité de donner h la population des connaissarices appropriées à ses besoins. Il désirait qu'elle eût des notions précises de physique, de chimie, de mécanique, d'histoire naturelle, d'hygiène , d'économie domestique, enfin de tout ce qui peut être utile dans l'industrie agricole et manufacturière, ou qui peut apprendre àtircrmeilleur parti des choses dans l'intérieur d'un ménage. Mais, pour donner un enseignement de ce genre avec intérêt et avec fruit, il fallait des instruments et des collections dont on ne pouvait pas proposer l'acquisition à la commune après les dépenses que la disette lui avait occasionnées pour le soulagement des pauvres. La bienfaisance du docteur y poinx ut. Il avait une assez jolie collection d'instruments dont il fit don généreusement à l'école; il se réserva seulement son bel herbier jusqu'à la fiji de sa vie, encore le mit-il à la disposition de M. Raymond.
Mais un pareil enseignement le soir était ime tâche trop pénible pour un instituteur déjà fatigué par la classe du jour. La commune le sentit, et elle répondit à la générosité du docteur en donnant un aide à M. Raymond. Celui-ci, désormais moins fatigué par la classe du jour , pinnrait , sans s'é|)uiser . consacrer plus de temps à celle du soir. De leur côté, MM. Lenoir et