POSITFON DE I, HOMME E\ CK ?.!ONDE
l,e bien, vous le voyez, s'offre partout de lui-même, sans que nous ayons besoin de faire aucun effort pouren jouir. Et chaque jour notre intelligence en augmente la somme. Cessons donc, mes amis, d'être injustes envers Dieu, et ne disons plus que le mal l'emporte sur le bien. C'est le contraire qui a lieu, et encore, sauf l'obligation du travail, qui en elle-même n'est pas un mal, car une vie sans travail serait d'un ennui mortel, nos maux sont le plus souvent le résuLtat de nos fautes, et, pour y échapper, il ne faut que des soins et de la prudence. —
M. Jarland, qui voulait toujours rejeter ses malheuis sur les autres, ne put s'empêcher de dire : — Comment, M. Dupré, vous prétendez que les mau.v qui nous frappent arrivent par notre faute! Est-ce ma faute, à moi, si le feu a brûlé la moitié de ma maison? Est-ce ma faute si la maladie a fait périr mes bœufs? si ma voiture s'est cassée et a tué mon cheval en tombant? Est-ce ma faute si le mur de ma grange s'est écroulé et a écrasé ma vache? N'est-ce pas une fatalKé ?
— Mon cher M. Jarland. je n'aurais pris pour exemple ni vous ni personne; mais puisque vous vous êtes cité vous-même, je vais vous l'épondre. Sans doute, ce n'est pas directement votre faute, si le feu a brûlé la moitié de votre maison; mais votre enfant ne l'y aurait pas n.'is s'il avait été à l'école, et si on n'avait pas laissé des allumettes à sa portée. Vous auriez en outie évité l'énorme perte que cet incendie vous a causée , si vous aviez eu la prudence de faire assuier votre maison, comme on vous l'avait conseillé. Ce n'est pas vous, j'en conviens, qui avez fait périr vos bœufs, ni renversé votre giange et écrasé votre vache; mais pourquoi vous êtes -vous obstiné, malgré les représentations de M. le maire, à laisser à côté de volie grange cette mare infecte qui entrelenail l'humidité et a donné la maladie à vos bœufs, et qui, pai' ses infiltrations, a miné le sol, dégradé le miu', que vous n'avez pas eu le soin de faire réparer, et amené la chute qui a écrasé votre vache? Ce n'est pas vous non plus qui avez cassé votie voiture et tué votre cheval; mais pourquoi avez-vous laissé on aussi mauvais état l'enlrée tie votre cour, et pourquoi, lorsqu elle était dans cet étal, chargiez-vous autant votre voiture ? Pouvez-vousdire, maintenant, que c'est une fatalité et qu'il n'y
a pas eu de votre faute dans les accidents qui vous sont arrivés ou dans les conséquences qu'ils ont eues pourvous?—
M. JarJand, confondu, n'osa pas répondre. M. Vioulln le tira d'embarras en détournant l'alfention. —Cependant, M Dupré, dit-il, NOUS ne pou\ez pas nier qu'il n'y ail dos accidents imprévus et où nous ne sommes pour rien. Ainsi la catastrophe qui a amené la mort de Louis Morand , loin d'être une faute , était au contraire un acte de dévoùment.
— Je ne nie rien de re qui est, M. Vieulin ; mais s'il y a des accidents imprévus, il y en a bien peu dont la piévoyance ne puisse amoindrir les cour-équences. Ainsi, les suites de la mort de Louis Morand auraient pu être considérablement diminuées pour sa famille s'il ne l'axait pas mise dans la gêne par son imprudence. Les circonstaii<:es mêmes oii iu)us nous trouvons sont encore une preuve de ce que j'avance. Cav, si la disette qui se fait sentir est un de ces maux que notre prudence ne pouvait pas empêcher, il dépend de nous d'en atténuer ou d'en aggraver les effets. C'est ce que nous examineronsen détail une autre fois.
il est sans doute bien des maux qui viennent frapper l'homme, malgi'é les efforts qu'il ferait pour les éviter. Les uns, tels que les orag»s, les inonda'ions, les disettes, les épidémies . sont les plus redoutables parce qu'ils sévissent sur des populations entières. Les autres, comme les blessures, les maladies accidenlelles, les incendies, et toutes les catasti'ophes qui frappent les individus dans leur [lersonnc ou dans leurs biens, sont des cas fortuits que rien ne fait prévoir et que souvent rien ne pourrait empêcher. Vous voyez que je ne cherche pas à diminuer le nombre des maux qui peuvent nous fi'appcr sans (pie nous y ayons contribué.
— Vous n'avez pourlant pas jtarlé de la vieillesse et des inlirmilésqui raccompagnent, dit le père Fra|»in. C'est cependant un grand mal, car on n'en guérit pas.
— l'est avec intention que je n'en ai pas parlé, père Frapin. La vieillesse n'est pas un mal accidentel; c'est la consé(]uencede la durée de la vie de l'hounne. Mais c'est si peu un mal que nous serions bien lâchés de n'y pas airiver.
— Oh ! cela, c'est vrai, dirent prcsipie tous les assistants.
— J'avais donc raison de ne pas compter la vieillesse parmi les
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maux, et à ce sujet permettez-moi une remarque. La crainte de la mort qu'éprouvent même les plus malheureux, n'est-elle pas une preuve que la vie, malgré les maux dont nous nous plaignons, est à elle seule le plus grand des biens?
La vieillesse, il est vrai, est accompagnée d'infirmités qui mettent l'homme dans l'incapacité de travailler; mais elle n'est pas le temps du travail, c'est celui du repos , et nous avons dû nous y préparer. Si nous avons été prévoyants, laborieux et économes dans la jeunesse, nous devons nous être acquis des moyens d'existence pour cette époque. Si des malheurs nous en empêchent, la société nous offre aujourd'hui des ressources dans les caisses de retraites , les assurances et une foule d'autres institutions que je vous ferai connaître.
Ce n'est pas seulement pour les pauvres que la vieillesse est le plus grand souci ; elle est pour tous les hommes la grande pensée de leur vie. La perspective de cette époque est, avec le désir de pourvoir à l'entretien et à l'établissement de sa famille, le grand stimulant de la vie de l'homme. Assiu-er un sort à ses enfants , et se procurer du lepos dans sa vieillesse , voilà ce qui l'excite surtout au travail. Vous voyez que Dieu , en lui faisant une loi du travail, a mis en lui une force pour l'aider j celte force, c'est la pensée de l'avenir.
L'homme, eu efl'et, n'est pas, comme la brute, absorbé dans la satisfaction des besoins du moment. Il a une intelligence qui le met en étal de satisfaire ses besoins dans le présent, et d'y pourvoir d'avance pour l'avenir. Mais il oublie souvent de cultiver son intelligence, souvent aussi il en fait un mauvais usage. En cela, il est seul coupable ; il a un trésor en lui, p<»urquoi ne s'en sert-il pas'!* El cependant Dieu l'y invite sans cesse. Nos maux sont une invitation perpétuelle de sa bonté à l'emploi des plus belles facultés de notie âme. Les maladies qui menacent notre corps sont ini rappel à la prudence et à la sobriété La vieillesse est elle-même la chose la plus propre à nous exi itéra la prévoyance. Il en est de même des accidents et des calamités qui désolent quelquefois des contrées entières. Ces maux, sans compensation si nous ne considérons que le corps de l'homme, ont leur utilité du moment que nous voyons en lui un être moral.
— Comment, dit .M. Duroure, la disette actuelle aurait de l'u-
tilit(^, comme les inondations, le choléra, comme lu maladie des pommes de lei re et celle de la vigne ! Il est bien difficile de comprendre quello utilité peuvent avoir ces fléaux.
— Parce que vous ne voyez que le mal dont vous souffrez, sans faire attention au bien qui peut en résulter. Oublieux fort souvent de ce que nous dit la religion, nous croyons que la terre doit être un lieu de délices, et, fiei> des découvertes du génie qui transforme ce monde, nous ne nous souvenons plus de Dieu et nous nous endormons dans une trompeuse sécurité. Alors, au sein de la plus giande prospérité, Dieu nous envoie des fléaux poumons rappeler au sentiment de notre dépendance.
Mais, mes amis, ces fléaux, qui afdigent le monde , développent chez l'homme l'instinct de la sociabilité. Vous savez tous les nobles sentiments qu'ont excités dans notre belle France les catastrophes dont vous avez souvenir. Que de quêtes ! que de souscriptions I que de dons, de secours de toute sorte ! Quel empressement de toutes les provinces à venir au secours les unes des autres ! En voyant cetle émulation pour se secourir mutuellement, on se sent doucement ému et on oublie pour ainsi dire les maux qui donnent lieu à ces prodiges de bienfaisance.
— A cet égard, vous avez raison, reprit M. Duroure. Mais, malgré tout, je ne vois pas comment la disette peut être utile aux hommes.
— Ni plus ni moins que les autres maux, M. Din-oure. S'il n'y avait sur la terre que des accidents fort rares, tous ceux qui arriveraient nous frapperaient comme un mal inattendu, et il n'en résulterait aucune leçon pour nous. .Mais, en voyant les mêmes accidents se i eproduire dans les nièmes circonstances, nous prenons des précautions pour les éviter. Mettant à profit les leçons de l'expérience, nous éloignons le retour de maux qui étaient autiefois plus fréquents. Par des soins intelligents donnés à l'enfance, par un meilleur régime, on prévient une loi. le de maladies (jui décimaient autrefois les populations" C'est ainsi que la durée moyenne de la vie s'est beaucoup accrue ; en France, par exemple, elle était de vingt-neuf ans seulement au commencement du siècle, et elle est de trente-se|)taujoui(rinii.
Fxcilée par le besoin , rintelligeuce de l'homme a fait bien d'autres conquêtes. Elle a assaini une foule de loc^ilités où la mi-
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sère dtait en permanence avec la maladie. Beaucoup d'entre vous se souviennent de ce qu'était ici la vallée, avant les grands travaux qui l'ont transformée. Ce n'est pourtant qu'un faible exemple des changements que l'homme a opérés sur la surface de la terre. Partout et toujours, c'est la nécessité quia stimulé l'homme et développé son intelligence.
La crainte des famines, qui autrefois ravageaient la teri'e bien plus fréquemment et d'une manière infiniment plus désastreuse, a surtout provoqué les efforts de l'homme. 11 a conquis à la culturc d'immenses étendues de terrain ; il a perfectionné la culture elle-même; il a propagé de nouvelles plantes, qui ont rendu le retour des famines moins redoutable et moins fréquent. A la vue de ces résultats, pouvons-nous dire encore que les fléaux euxniètnes n'ont pas leur côté utile pour l'humanité en général?
— Mais, monsieur, fit observer Léonard, c'est à force de travail que l'homme arrive à ces résultats. 11 évite un mal en s'en donnant un autre. Je ne vois pas où est le profit.
— Tu te trompes, Léonard. C'est par de la prévoyance que l'homme évite les maux qui affligent son corps et menacent sa vie. La souffrance du corps est ainsi prévenue par le travail de l'esprit. Mais y en a-t-il un parmi vous qui voudrait se plaindre d'un état de choses qui fait de plus en plus de l'homrau un être intelligent et moral?
D'ailleurs, malgré nos plaintes , la condition de l'homme s'améliore sous tous les rapports. Sa vie est aujourd'hui moins pénible <|ue par le passé , elle est entourée de plus de connnodités et exposée à moins de maux. Mais il ne faut pas se le dissinniler, à mesine que sa condition matérielle s'améliore, sa responsabilité morale augmente. L'homme peut échapper à plus de maux et se procurei- plus de bien-être , mais c'est à la condition de mieux employer les facultés de son espiit.
Ainsi, grâce au progrès des institutions que la société enfante cha(]ue jom-, il peut, par le travail, l'ordre et l'économie, se ménai;er des ressources pour le temps où la vieillesse ou des maladies le mettront dans rimi)ossibilité de travaillei-, pour lesépo(|ucs mêmes où le travail viendrait à lui manquer. Les caisses d'épargue permettent d'utiliser les moindres économies des plus pauvres. Les sociétés de prévoyance et de secours mutuels vien-
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nent en aide, en cas de maladie , à ceux qui ont su s'en assurer les bienfails. Avant peu, la caisse des retraites, pour la vieillesse assurera sur leurs vieux jours le repos de tous ceux qui auront pensé à l'avenir (1). En atlendanl, des sociétés d'assurance de toute espèce sont là pour prévenir les suites lâcheuses des accidents qui peuvent nous arriver : la prévoyance nous sauve ainsi d'une ruine complète dans l'avenir, à laide d'un léger sacrifice dans le présent. Je ne puis vous faire connaître eu détail aujourd'hui ces institulions ; mais nous y viendrons , et vous verrez combien vous avez de moyens de vous aider vous-mêmes. —
M. Dupré avait ainsi montré que les maux diminuent sur la terie et que les edorls de la société font disparaître graduellement ce qu'ils ont déplus fâcheux dans leurs conséquences. Mais comme la piéoccupalion du moment ramenait toujours les esprits à la même idée, Michel Terrien, tailleur, à riuuncur un peu chagiine, comme M. Jarland, prit alors la parole.
— Nous leconnaissons avec vous , dit-il , que le nombre des maux diminue, et qu'avec des précautions 'on peut eu alfaiblir les conséquences. 11 est cependant un mal dont je ne vois pas que la prévoyance puisse nous exempter : c'est la famine. Je vous demande pardon de revenir sur ce sujet , mais vous savez combien il cause d'inquiétudes. Eh bien ! quand la moissonne peut pas suffire pour atteindre jusqu'à la récolte prochaine , comme c'est le cas celle année, je ne vois pas comment toute la prudence humaine pourrait y suppléer.
— Je vais te le montrer, Michel , et ceci me fournira un nouvel exemple de l'admirable dispensalion des choseshumaines par la rrovidence. Les disettes sont dues à l'intempérie dos saisons. Or, il est constaté que, par suite de la différence des climats, il n'y a pas de disette universelle sur la terre. Tandis que la température cause l'insuftisance des récoltes sur tiuelques points du globe, une température diflérente produit une récolte abondante dans d'autres contrées. L'aboud;ince des uns peut ainsi suppléer à la pénurie des autres. Une faut-il pour cela? Aller chercher le blé où il abonde pour le transporter où il manque.
(1) La Caitte det retraites pour la vteiUeue, qui u'exUtait pas au niotnent où le docteur prononçait ces paroles, a été établie depuis, roir le dernier entretien.
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Il faut quelquefois, il est vrai, aller chercher ce blé un peu loin ; et quand les hommes n'ont pas été prévoyants , quand ils s'y prennent trop lard^ comme on a fait celle année, les retards causent des craintes et amènent la cherté. Mais une véritable famine n'est pas à redouter ; il y a dans l'est de l'Europe d'abondantes réserves , où nous pouvons puiser. Vous comprenez cependant que ce n'est pas sans frais qu'on peut aller chercher au loin de grandes quantités de blé ; il faut donc que le prix s'élève pour couvrir les dépenses de ceux qui nous en procurent. Vous concevez aussi que cela no peut avoir lieu qu'autant que le blé peut circuler librement d'un lieu dans un autre. Car comment feraiton , si ceux qui ont ne voulaient pas céder à ceux qui n'ont pas?
J'aurais encore bien des choses à vous dire sur cette question, mais elles exigeraient des explications que je ne vous ai pas encore données; nous y viendrons. En attendant, soyez bien persuadésqu'àcôlé de leurs graves inconvénients, les disettes, comme foutes les calamités , ont des avantages pour l'homme considéré comme êtie moral. Elles développent en lui le principe de sociabilité, elles activent le commerce, elles unissent les peuples dans une communauté d'intérêts. Quant à la circonstance actuelle , si les choses se sont présentées jusqu'ici sous un aspect de nature à causer des craintes exagéiées, c'est que la prévoyance a manqué en France ; on a fait des calculs erronés, et l'on s'y est pris trop laid pour aviser aux moyens de combler le déficit des récoltes. Mais en ce moment toutes les mesures sont prises, personne n'a plus rien à redouter pour son existence; et, à l'avenir, la prudence atténuera encore plus les effets de la plus redoutable des calamités (1).
(1) C'esl ce qui a eu lieu dès 1855 et 1856. Malgré la guerre et une succession de rftcolfes encore plus mauvaises, la promptitude des mesures a empêché les prix de s'élever autant qu'en 1846. La lihcrtc du commerce en 1862 a produit des résullats plus remarquables encore ; bien que la récolte de 1861 ait été l'une des plus mauvaises dont on se souvienne, le prix du paio s'est fort peu élevé en 1862.
ULATHIfclilK ENTRliTlKN.
LES BESOINS DE l'hOMME SONT LE KONDEMEM DE LA FAMILLE ET DK LA SOCIÉTÉ , ET LA CAISE DE TOUT CE QUI SE FAIT d'iTILE DANS LE MONDE.
L'iiK|uiéliidc que la recolle avait fait naître était devenue de l'alarme. On savait maintenant, à n'en pas douter, qu'elle avait été mauvaise dans toute la France et dans une partie de l'Europe. I/impossibililé d'attendre la récolte pmcliaine avec les ressources du pays était constatée, et, loin de pouvoir compter sur celles de ses voisins, on commençait à craindre qu'ils ne voulussent attirer les blés chez eux.
Tne sourde agitation régnait déjà dans quelques provinces; elle n'a\ait pas encore gagné le département oîi était situé Mirebeau, |>arce qu'il avait été yu\ peu moins maltraité que beaucoup d'autres. Cependant des bruits fàcheui y ciiculaienl ; on parlait de mesures prises dans beaucoup de localités pour etnpèchcr les blés de sortir du territoire. Les prop<ts babilnels sur les blatiers, sur les spéculateurs, revenaient plus fréque;nment que jamais ; le mot d'accapareurs était dans toutes les bouches. L'animation croissjùt à chaque marché, et elle faisait craindre pour la iil)erté des transactions. Déjà des désordres avaient eu lieu dans plusieurs déparlemenis à l'occasion du transport des tilés. On répandait à ce sujet des bruits qui grossissaient, selon l'usage, en passant de bouche en bouche.
Al. Dupré observait avec an.xiét»! l'efTet produit par la hausse du prix du blé. Cette hausse, que la peur amenait par avance en l'exagérant, avait , à certains égards, un avantage qui n'échappait pas à resi)rit clair\oyanl du docteur , mais en même lemps elle occasionnait une irritation qu'on pouvait craindre de voir éclater un jour ou l'autre en actes répréhensibics.
Dans cet te circonstance il se félicitait en voyant ses conférences devenues une habitude pour une partie des habitanis de Mirebeau. 11 se trouvait avoir sous la main , pour ainsi dije, la portion la
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plus intelligente de la commune. 11 pouvait espérer d'empêcher par elle le reste de la population de commetti'e les fautes que l'ignorance occasionne souvent dans les temps de calamité. Le désir de l'entendre croissait aussi avec la gravité des circonstances ; on semblait s'attendre à recevoir de lui des secours en recevant des conseils. Aussi, en entrant dans la salle, il vit avec satisfaction qu'elle était encore plus garnie que les dimanches précédents. Otte affluence lui parut d'un heureux augure.
—Mes bons amis, je ne saurais vous dire combien je suis touché à la vue de la foule qui se presse dans cette enceinte. Fier de la confiance que vous me témoignez, je m'eflbrcerai de la justiGer en vousdonnanl les conseils que me dicteront mon affection pour vous et ma vieille expérience.
Je vous ai fait voir qu'ici-bas le bien est partout à côté du mal, que le bien surpasse môme le mal de beaucoup , quoique nous pensions habituellement le contraire. Je vous ai montré en outre que le bien nous est fourni gratuitement par Dieu, tandis que la plupart de nos maux, et je n'exagère pas en disant les neuf dixièmes, proNienuent de notre ignorance ou de nos excès, de notre imprévoyance ou de nos passions, et que c'est encore nous qui aggravons par notre faute les suites de ceux que nous ne nous sommes pas attirés. Ayons donc de la prudence et du courage ; prenons les choses telles qu'elles sont, et voyons les conséquences qui en découlent.
Quelle que soit l'opinion <pi'on se forme sur la nature de l'homme, il a des besoins, c'est un fait incontestable.
— Nous le savons de resle, s'écrièrent M. Jarland, Honoré , Michel, André, Léonard, Vincent et quelques autres.
— Je suis persuade que vous le savez couune moi, reprit M. Dupré; mais, comme j'y ai plus réfléchi, je comprends peut être mieux ce qui en lésulle. L'homme a des besoins, et la première condition de son existence est d'y pourvoir. Poiu" entretenir la vie en lui, il doit fournir chaque jour des aliments à son corps. 11 arrive nu dans ce monde, et il lui faut des vêlements pour se couvrir, un toit pour s'abriter et un foyer pour réchauffer ses membres. Pour se procurer cette nourriture , ces vêtements , cet abri , il doit travailler, prendre de la peine et faire des efforts
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d'esprit et de corps. Nous sommes ainsi conduits à cette obligation du travail et de la peine sans lesquels on n'obtient rien.
— Nous le savons bien, dirent encore les mêmes voix.
— Pulionce, mes amis, vousne savez peuf-tMrepas le resteaiissi bien. Asservi au joug du besoin, ijui est une peine, l'homme ne peut y échapper qu'en se soumettant au joug du travail, qui est aussi une peine ; car Dieu a dit au premier homme : Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, .\insi des deux côtés nous retrouvons la peine.
— C'est ce que nous pensions, s'écrièrent quelques assistants. •Mais, M. Dupré, savez-vous que ce n'est pas consolant?
— Patience, mes amis; vous allez entrevoir la consolation. Le besoin, lorsque nous réprouvons, est une peine, mais le besoin, (piand nous le satisfaisons, devient une jouissance. Ainsi nous éprouvons une jouissance lors(|ue nous mangeons, ayant bien faim, ne serait-ce que du pain ; nous éprouvons une jouissance lorsque , étant bien altérés , nous nous désciltérons auprès d'une claire fontaine ; quand nous leulrons fatigués ou transis de froid, la douce chaleur du feu nous fait éprouver un sentiment de bien-être ; lorsque nous avons été séparés des êtres qui nous sont cheis, le plaisir de les revoir nous fait éprouver la plus douce des jouissances.
Vous le \oyez, ces besoins, qui vous arrachent des regrets, deviennent pour nous un sujet de remercier la Providence qui y a rattaché nos jouissances. Je vous ai dit que si notre corps n'était pas sensible à la douleur, il ne le serait pas au plaisir; de même, si nous n'éprouvions pas le besoin, nous ne connaîtrions pas la jouissance que fait naitre la satisfaction. C'est ainsi que le bien nait du mal même.
— Je le comprends maiulenant , dit André. Mais il y a des gens pour qui les jouissances sont bien phis faciles qu'aux autres.
— C'est très-vrai, André; aussi nous en parleions. Eu attendant, je puis vous dire (pie le bonheur des riches n'est pas aussi grand qu'on croit. Connue ils sentent iufinimeut moins le besoin, ils éprouvent infiniment moins de jouissances.
— Je le crois, dit Honoré, si j'en juge par le bonheur que je goûte lorsque je parviens à procurer à ma famille ce que nous
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avons longtemps désiré. Je doule que les riches éprouvent souvent un contentement pareil. Mais, sans la vie future, il n'y aurait que des souffrances sans compensation pour ceux qui ne parviennent pas à satisfaire leurs besoins.
— Ta remarque est fondée, Honoré; mais c'est plus rare que tune penses. S'il y a beaucoup d'hommes qui aient de la peine à pourvoir à leur existence, il y en a du moins bien peu qui ne parviennent aujourd'hui à satisfaire leurs besoins les plus impérieux-Ceci nous amène à faire une distinction.
Les besoins dont la satisfaction est indispensable à l'entretien de la vie sont de mangei-, de boire, de se vêlir, de se loger et de se chauffer : voilà le nécessaire poui- l'homme. Mais ce nécessaire varie selon les temps et les lieux. La noun iture, les vêtements et le logement, qui suffisent sous le doux climat de la Grèce et. des Indes , ne suflisent plus dans les pays froids du Nord. Ainsi le nécessaire dans un pays n'est pas le môme que dans un autre. Il y a bien d'autres causes encore qui font varier les besoins.
Une des premières est l'influence de notre imagination. Comparez le sauvage et l'homme le plus pauvre de nos pays civilisés. Quelle différence entre ce qui suffit au premier et ce qui est indispensable au dernier ! Voyez, même dans un pays comme le nôtre, quelle diflérence dans les besoins des personnes de conditions diverses ! Ce qui ne paraît que le strict nécessaire aux liches dans les villes , est de l'aisance pour le bourgeois plus modeste ; ce serait du luxe pour nous autres habitants de la campagne. L'habitude de jo\iir des commodités les rend nécessaires, elle fait du superflu même un besoin.
— Voilà précisément ce qui est à déplorer, dit M. Duroure. Aux besoins naturels, nous en ajoutons d'autres qui n'existent que dans notre imagination, et nous nous rendons malheureux à plaisii'. Ainsi, quels changements n'ai-je pas remanjués depuis mon enfance dans notre manière de vivre ! Autrefois une chaumière composée d'une chambre suffisait à une famille; aujourd'hui il faut une petite maison avec deux ou trois pièces au moins. Il y a vingt ans, chacun avait des sabots, et l'on ne poilait des bas qu'en hiver; mainleuaul on met des bas en toute saison et tout le monde a des souliers. Nous portions des vestes longues les dimanches et les jours de fête ; à présent, on trouve à peine
un jeune ouvrier qui n'ait une redingote ou un habit. Dans mon enfance, nos femmes se paraient avec de la colonnade ; aujourd'hui elles mettent de l'indienne, et le dimanche il leur faut de la soie ou du mérinos Alors nous brûlions des chandelles de résine; mainienant on ne se contente pas de chandelles de suif, il faut des lampes à beaucoup; bientôt il faudra du gaz.
— Kt on a raison, dit André, cela prouve qu'on est partisan des lumières.
— Et qu'on n'aime pas les étcignoirs, — ajouta malicieusement .M. Vieulin.
— Il y a beaucoup devrai dans ce que vous venez de diie , M. Duroure , reprit le docteur. 11 e.>t certain qu'en nous créant des besoins, nous augmentons la peine que nous avons à les satisfiiire. On a beau faire des découvertes et multiplier les moyens que nous avons de pourvoir à nos besoins, ces besoins marchent encore plus vite que les progrès de la science; les désirs croissent plus rapidement que les jouissances; aussi avec plus de bienêtre , avec infiniment plus de moyens d'être heureux, nous le sommes peut-être moins que nos pères.
Tout ceci est vrai , et pourtant le mal n'est pas dans les désirs, mais seulement dans notre di.-iposilion à nous faire un besoin de chacun de nos désirs. En eux-mêmes nos désirs sont un bien, et Dieu les a mis dans notre cœur comme un moyen d'aniéliorer notre position. C'est en effet au désir d'être mieux que nousde- \ons les progrès qui se .sont accomplis sur la terre depuis le commencement du monde. C'est pour cela(jue l'homme crée, combine, invente et fait des découvertes, dont le résultat final est de mettre à la portée du [>lus humble d'entre nous des commodités qui, dans le principe, étaient seulement la part du petit nombre.
•Nos désirs sont ainsi un moyen dont la Providence se sert pour nous faire accepter le tmvail auquel nous sonunes condamnés. Pour satisfaire de nouveaux besoins , nous faisons de nouveaux efforts; l'accroissement des besoins devient un stinnilant pour les hommes, à ce point (pie les peuples qui ont le [>lus de besoins sont ceux <pii fout le plus de progrès. Chez eux aussi les besoins tiouvent le plus aisément à se satisfaire, tandis que les peuples qui en ont moins sont généralement restés en arrière, parce qu'ils ont été moins stimulés à faire des efforts Comprenez
LES BESOINS DE l'hOMME. 83
VOUS maintenant l'utiiilé des désirs chez l'homme , et comment ils sont, entre les mains de la Providence, un moyen d'améliorer notre condition ici-bas?
Je vais maintenant vous faire voir d'autres avantages qui résultent des changements dont vous vous plaigniez Est-ce qu'avec ces changements il n'en est pas sui-venu chez nous un aussi grand dans les mœurs? Est-ce que depuis que les maisons se sont agrandies et que les habitants n'ont pas vécu pêle-mêle comme les animaux, les mœurs ne sont pasdevenues plus douces? A mesure que les habitations sont devenues plus commodes cl mieux pourvues de choses utiles, est-ce que les habitants n'ont pas vécu plus chez eux et en famille? — A ce moment M. Passemard et M. Basset ne purent retenir un mouvement qui indiquait combien ce changement avait été contraire à leurs intérêts. M. Dupré, sans paraître le remarquer, continua :
— 11 est vrai que quelques-uns dépensent trop en toilette, et je regrette cet excès; mais n'est-on pas devenu en général plus actif, plus propre, plus soigneux ? On porle, il est vrai , des bas et du mérinos, mais je vois moins de trous et de guenilles ; on a des souliers au lieu de sabots, mais on marche plus vite , et l'on fait bien plus d'affaires qu'autrefois. On a remplacé la résine par de la chandelle ou de l'huile, mais les commérages et la licence des veillées passées au sein de l'obscurité ont fait place à des occupations lucratives et à des lectures pi'ofilables.
— Vous avez raison, M. Dupré; aussi je vous demande pardon d'avoir cédé au mécontentement que m'a fait éprouver en venant un luxe qui contraste avec la rigueur des temps.
— Vous n'avez pas de pardon à demander, M. Dunture, on connaît trop bien vos intentions. Mais permetlez-raoi de vous dire que ce développement des besoins a son utilité, même au point de vue de la disette qui nous menace. —
Une exclamation de surprise s'éleva dans l'auditoire, ({u'affectait toujours vivement ce <|ui avait trait aux circonstances.
— Vous allez le voir, pouisuivit M. Dupré. Vous comprendrez comment une disette, même en supposant que le pain devînt aussi cher qu'en 1810, vous ferait souffrir infiiiinienl moins qu'à cette époque. On croit que la civilisation, qui augmente les besoins, doit rendre les pauvres plus misérables , parce (ju'il leur est plus difticilc de les satisfaire. C'est une erreur.
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Lorsque les pauvres ont moins do besoins, ils onl aussi moins do jouissances; en outio ils sont privés d'une ressource, en cas de disette, comme en cas de ci'ise commerciale et de suspension du travail. Quand leur genre de vie est limité à la satisfaction des besoins les plus impérieux, il ne peut pas descendre plus bas, et si le travail manque ou si la cherté se manifeste, un dénùment absolu doit s'ensriivre. Si vous ne manfjez que du pain et ne buvez (|ue de l'eau, que ferez-\ous, si vos ivssources diminuent, ou si le pain devient plus cher? Mais si vous consommez habituellement du vin , de la viande, du café, des épiceries , si vous portez de bons habits, si vous vous procurez en temps ordinaire des commodités de divers genres, vous pouvez réduire ces dépenses avant d'être privés du nécessaire.
Ainsi, il y a trente ans, on ne mangeait guère, à Mirebeau , que du pain, du fromage, des choux , des pommes de terre et quelques fruits de mauvaise espèce ; on se permettait à peine de la viande (|uelquefois par an, et l'on ne buvait que delà piquette; il n'y avait dans les maisons que de mauvais grabats, une table, un ou deux bancs, une armoire, une huche, une ou deux marmites et à peine quelques ustensiles analogues. Qu'en résultait-il? C'est que si le travail venait à mancpier ou si le prix du blé augmentait, comme vous n'aviez rien sur quoi vous pussiez vous retrancher, vous étiez dans l'impossibilité de vous procurer la chose la plus indispensable, le pain, et vous éprouviez la famine avec toutes ses horreurs.
Voyez, au contraire, ce qui va se passer celte année. Le prix du blé s'élevant , vous commencerez par vous priver de bien des choses que vous vous accordez aujourd'hui ; vous ajournerez , par exemple, toutes les dé{>enses qui ne seront pas indispensables Vous consommerez moins de sucre, moins de café, et vous boirez moins de vin. Vous aurez ainsi l'argent nécessaire pour faire face à l'augmentation du pain. Vous vi\rez moins bien sans doute , mais vous auiez le nécessaire.
— Voyez donc comment vont les choses! s'éciia M. Duroure. Moi qui ne trouvais que du mal à l'extension des besoins des hommes ! Je vous remercie de la leçon , M. Diq>ré.
— Et nous aussi , s'écrièrent une foule de personnes pour qui cette explication diminuait la crainte de la disette.
— Je suis heureux, mes amis, que ce que je viens de dire vous
LES BESOINS DE l'hOMME. 85
fasse entrevoii' les choses avec plus de calme. Croyez-m'en ; plus nous avancerons dans nos entreliens, plus vous admirerez la merveilleuse organisation des choses de ce monde Ainsi l'existence de la sociélé repose sur les services que les hommes sont appelés à se lendre pour la satisfaction de leurs besoins. Les choses sont en effet tellement disposées que chacun de nous doit cette satisfaction aux efforts des autres.
— Comment! s'écria Vincent Dornier, est-ce que ce n'est pas mon travail qui me procure tout ce dont j'ai besoin ! 11 me semble que mes mains en savent quelque chose.
— 11 est vrai , Vincent , que tu achètes avec le produit de ton travail ce qui t'est nécessaire. Mais , dis-moi , est-ce toi qui fais ton pain , tes vêlements, ta chaussure? qui fais venir le blé, la viande, les légumes qui te nourrissent , le bois qui te chauffe, le chanvre et la laine qui servent à faire tes vêtements ? Si les autres ne prenaient pas la peine de faire venir toutes ces choses, les Irouverais-tu toutes prêtes en forgeant ton fei* ?
— Non, c'est vrai.
— Tu vois donc bien que si c'est toi qui pouiTois à tes besoins par ton travail, c'est au travail des autres que tu dois de pouvoir satisfaire ces besoins. Ainsi, Vincent, le fei-que tu forges va peutêtre dans des climats éloignés pourvoir aux besoins d'habitants de pays dont tu n'as jamais entendu parler, et dont le travail tcprocuiera du sucre , du coton et d'autres commodités que lu ne pourrais produire ici.
Nos besoins sont ainsi le lien qui unit les hommes et les peuples. Nous avons besoin pour vivre du travail des hommes de toutes les contrées Le sel qui assaisonne nos aliments a été extrait des eaux de la mer sur les côtes de l'Océan ou de la Méditerranée. Noire sucre, malgré la betterave, nous vient encore en grande partie des Antilles; le café vient de la Martinique ou de Bourbon ; le thé est ié:ollé en Chine; le poivre cl les autres épices viennent des MohKjues dans l'océan Indien ; le coton, dont nous faisons maintenant une si gi-ande consommation, a été recueilli aux Llals-Unis. Vous le voyez , nous mettons à contribution presque tous les pays du monde.
— Mais , dit alors M. Vieulin , toujours empressé de faire des objections , n'estne pas une chose déplorable que les dons de la
nature aient été placés si loin de ceux qui en ont le plus besoin? Ainsi le café, le thé, les épices, si utiles dans les pays froids ou tempérés comme le nôtre, ne viennent que dans les contrées les plus chaudes, iieauconp de maliuUes celaient en Europe, tandis que le remède est à des nîilliers de lieues. Vous le savez mieux que moi, M. le docteur, la fièvre décime nos populations, et la quinine qui doit l'arrêter est extraite d'un arbre de l'Amérique.
— Raison de plus , M. Vieulin, pour bénir la Providence qui a établi par là un lien entre tous les honmies. Sans ce besoin d'échanger les commodités qui sont en excès chez les uns et dont les autres sont dépourvus, les peuples resteraient étraugeis les uns aux autres. Or, plus leurs rapports seront fiéquents, plus ils en retireront d'avantages. Je vais vous le prouver par un exemple.
Lorsque les intempéries ont sévi, comme celte année, dans une grande étendue de pays, ce n'est que dans des conti'ées éloignées (|u'on peut tiouver un supplément à l'insuffisance des récoltes. Mais pour aller , à des distances considérables , chercher tout le blé cpii nous est nécessaire, il faut des milliers de grands vaisseaux. Or ces vai.sseaux ne se construisent pas eu quelques jours; ils ne [teu\eut pas non plus se construire exclusivement pour la circonstance, car les frais augmenteraient tellement le prix du blé qu'il ne serait plus à la portée de ceux qui doivent s'en nourrir. Que. faut-il doue? Avoir l'habitude de conmierceraxec tous lespeu|)les alin de connaître d'a\ance ceux i\m ont des excédants de blé à fournir, et pouvoir, quand le besoin s'en fait sentir, consacrer à l'instant tous ces vaisseaux à ce service. Voilà ce que nous n'avons pas su faire assez jusfju'à présent ; mais soyez persuadés qu'à l'avenir cela ne se reproduira plus , parce que nous mellrons à profit les leçons de l'expérienc^j (t).
Héuissons donc la IMovidencc de ces besoins (|ui sont pour l'honuTie une occasion de développer la partie intelligente de son être. Car, que sont toutes les découvertes de la science et ces grands travaux de l'industrie dont la pensée nous confond , si ce n'est le résultat du génie de l'hounne , stimulé par le désir de pourvoir à ses besoins 1,'homme accusait la Providence depuis des siècles, et elle avait misa sa disposition une foule de rcssour-
(I) foir la note de la page 77.