‹ Manuel populaire de morale et d'économie politique [microform]Chapitre 22 sur 51 · L INÉGALITÉ PARMI LES HOMMES · texte numérisé non relu

L INÉGALITÉ PARMI LES HOMMES

dont les services ne s’étendent pas au delà de leur entourage? Je m’en rapporte à vous, serait cejusfe?

— Non, vraiment, s’empressa-t-on de répondre.

— Et cependant, messieurs, la société ne les récompense pas : tout au plus leur élève-t-elle quelquefois des statues après leur mort. Elle laisse au public le soin de les rétribuer, persuadée qu'en dépit des clameurs de la médiocrité jalouse, il saura payer les services à leur valeur. El le public recherche ces hommes et s’adresse à eux de préférence ; il s’indigne même quand l’Etat ne les met pas à leur place et ne les emploie pas avant tout autre. Ainsi, dis-moi, Michel, quand tu as été menacé d’être privé de l'usage du puits voisin, pourquoi, au lieu d’aller à la ville, es-tu allé au chef-lieu consulter M. Doulard, qui fait payer ses consultations trois ou quatre fois plus cher que les autres avocats?

— Parbleu! c’est qu’avec lui j’étais sur de mon affaire; je savais que quand il aurait parlé, on ne me chercherait plus noise.

— Et lu as bien fait, Michel. Et toi. Honoré, quand la tille cadette est tombée malade l’année passée, pendant mon absence, pourquoi as lu fait venir M. Audran qui ne quitte pas la ville à moins de 2d ou 30 francs, au lieu d’un autre médecin qui t'aurait fait payer sa visite o ou G francs?

— Ah! M. Dupré, c’est quemalille était dangereusement malade; et, dans ce cas, voyez-vous, on n’y regarde pas ; je lui aurais donné ce qu’il aurait voulu.

— Cela montre que tu tiens plus à tes enfants qu’à ton argent ; je n’oserais pas dire que ee!a le fait honnenr, c’est par trop naturel. Mais vous le voyez, (juoitjii’il vous arrive peut-être de murmurer contre les supéiiurités, vous êtes bien aises de les trouver au besoin. Ces supéiiorilés sont une conséquence des inégalités naturelles qui existent parmi les hommes : se plaindre (ju’elles existent, c’est se plaindre du génie, du talent, du mérite, de tout ce (jui fait le plus de bien à l’humanité. Félicitons-nous donc qu’il y ait de ces supériorités dans le monde, et s’il devait nous l’Gslerun regret, c’est qu’il n’y en eut pas davantage, parce que l’humanité ferait iilus de progrès dans la voie du bien-être.

— Alors tout est pour le mieux dans le monde, dit M Jarland, et nous ne pouvions rien désirer de meilleur; c’est consolant pour ceux qui ne sont pas des supériorités I

— Oui, M. Jai’land, tout ce que Dieu a fait est pour le mieux, et il est tres-consolant pour vous, pour nous tous, (|ii'il y ait des supériorités, parce que nous profilons des services que leudeut ces hommes, non pas seulement quand nous leuren demandons et les payons, mais tous les jours et à tous les instants. Les services que nous leur payons ne sont rien en comparaison de ceux qu’ils rendent gratuitement à rimmanité ; car, à mesure que la science fait des progrès, et que l’industrie perfectionne ses moyens de production, le prix des objets baisse, et ils tombent à la poi tée d’une foule de gens qui étaient forcés de s’eu priver. Rajtpelezvoiis combien de choses, il y a vingt ans encore, étaient pi‘e.sque exclusivement h la portée des riches à Mirebeau, qui sont aujourd’hui à l’usage de tout le monde : le pain de fi'oment. la viande, le vin, les souliers, les bas, les bonnes et chaudes étoffes, et je ne sais combien d’objets utiles et commodes (lu’on trouve partout , sans oublier l’instruction , (jui était autrefois le partage des classes aisées, et que les pères de famille les plus pauvres peuvent maintenant procurera leurs enfants.

Dans une infinité d’industries, l’objet que le fabricant faisait payei' tü francs d’abord ne s’est plus payé <}ue 8 francs, puis 6; il est tombé ensuite à o, à 4, même à 3. 11 en est une foule qui ne coûtent pas le quart, pas même le dixième de ce qu’ils valaient il y a trente ans. Cha(]ue année, chaque mois voit tomber dans le domaine public une foule de procédés nouveaux dus précisément à ces intelligences d’élite (jui découvrent, qui inventent, (jui transforment la matière et lui donnent une utilité inconnue avant eux, comme on l’a fait pour la vapeur, pour le gaz, pour l’électricité, et pour tant d’autres choses dont on ne tirait aucun parti, il y a un siècle.

Du reste. Messieurs, ces avantages ne tiennent pas seulement à ce que les inégalités existent; ils tiennent aussi à la liberté qu’ont les mérites de toute espèce de se produire dans une société où chacun suit son penchant et choisit sa profession, en ne consultant que son aptitude, son intérêt et ses goûts. Aujourd’hui, on se fait à son gré menuisier ou mécanicien, laboureur ou tisserand, et chacun, exerçant une industrie de son choix, y réussit mieux. Ceia, pour le dire en passant, n’aurait pas lieu dans le système que rêvent quebpies uns, oii l’Ltat se chargerait de pour-

f/inèg.\lite parmi les hommes.

voir à l’existence de chacun; il devrait veiller à l’exercice de toutes les professions nécessaires aux besoins de la société, ni plus ni moins, et surtout ne pas s’exposer à avoir des bouches inutiles à nourrir. Il dirait donc à l’un : «Tu veux être sculpteur en meubles, j’en suis bien fâché, mais je n’ai pas besoin de fauteuils; va travailler à la terre; » à un autre qui voudrait faiiedes carrosses ; « Je le regrette beaucoup, m.ais tou^ le monde va à pied en ce moment, fais-moi des souliers. »>

— Sans doute il n’y aurait aucune liberté dans ce système, dit Léonard, mais la liberté actuelle n’est-elle pas souvent celle de se rendre malheureux par un mauvais choix?

— C’est vrai, Léonard, mais c’est toujours la conséquence de la liberté : <pii dit liberté, dit possibilité de choisir bien ou mal. La liberté entraîne la possibilité de faire des erreurs ; elle augmente donc la responsabilité morale de l’homme. U doit s’éclairer, s’instruire, afin d’être moins exposé à se tromper. Mais qui pourrait se plaindre de cette responsabilité avec la liberté qui l’accompagne? (Jui pourrait voir avec regret un état de choses où l’homme cesse d’être une espèce de brute ou de machine, pour devenir véritablement un homme ?

— Assurément ce ne sera pas moi, répliqua Léonard. Cependant on ne peut pas dire que la liberté soit complète aujourd’hui. .Moi, par exemple, qui n’ai pas de capitaux, pourrais-je m’établir banquier, comme M. Teulières, ou élever une fabrique, comme .M Lenoir ?

— Léonard, tu te trompes en regardant comme une atteinte à la liberté de ne pouvoir, dans toutes les conditions, embrasser la profession qu’on voudrait. Ce n’est pas la société qui s’y oppose ; c’est la force des choses et la volonté de Dieu qui nous fait naître dans une condition ou dans une autre.

Autrefois l’objection aui’ait été fondée. Il y avait toute espèce de restrictions à la liberté des professions, comme il y en a encore en différents pays. Il y avait des professions qu’on ne pouvait jamais embrasser sans être né dans une certaine condition. En outre, presipie toutes les autres constituaient des corporations où il était tiès-diflîcile de se faire admettre Souvent le nombre des individus de cha(|ue profession était limité, et, tant que l'e nombre était au complet, nul ne pouvait y entrer. Les travailleurs

DIXIÈME EXTRETÎEX.

trouvaient encore de grandes difficultés à passer delà condilion d’ouvrier à celle de maître ou de fabricant. La maitrise^ c’est-àdire le di'oit de Iravailler ou de faire travailler pour son coinpte, était soumise à mille entraves et se payait fort cher. Rien de cela n’existe plus en France; il n’\ a d’autres obstacles au choix des professions que ceux qui l'ésultent de la nature même des choses. 11 n’y a plus de classes dilîérentes dans notre société.

— Cependant J demanda André, on entend [)arler sans cesse de classes riches et de classes pauvi es, de la classe bourgeoise et delà classe ouvrière. Qu’entend-on parla?

— On entend simplement par là l’ensemble des perspimes placées dans des conditions amilogues de fortune. C’est une manière, vicieuse de désigner les riches et les pauvres, ceux qui travaillent pour autrui , ou ceux qui occupent d’autres personnes. Mais il n’y a réellement pas de classes distinctes, puisque personne ne poui rait dire oîi commence la richesse et oii finit la pauvreté, ce qui est la richesse pour l’un pouvant passer poui’ de la médiocrité aux veux d’un autre. 11 n’v a. d’ailleurs aucune barrière entre ces classes, l’ouvrier d’aujourd’hui pouvant devenir maître demain, tandis que le maître, par imprudence ou par inalheui', peut redescendre à la condition de l’ouvrier. C’est ce (juc nous voyons tous les jours, et, sans sortir de cette commune, vous poinez vous en rappeler de nombreux exemples.

Remarquez même, mes amis , que ce n’est pas un simple changement de personnes quia lieu, les uns prenant la place des autres. Aon, à mesure que l’industrie fait des progrès , le nombie de ceux qui n’ont que leur travail pour vivre diminue , tandis que celui des propriétaires augmente. 11 a, par exemple , plus que triplé depuis le siècle dernier Aujourd’hui le sol de la France est di\iséen 127 njillions de parcelles, foimant un total de 13 millions de cotes foncières, portées au rôle des contributions.

— Oui, dit Léonard; mais plusieurs de ces cotes sont payées par le môme propriétaire. Ainsi cela ne nous dit pas combien il y a d’individus qui participent à la propriété de la terre.

— Ton observation est juste, Léonard; mais je vais te donner l’explication que tu demandes. Sur ces 13 millions de cotes foncières, il y en a plus de 7 millions qui n'atteigiient pas 10 francs

l’I.XÉGALITÉ PAR.MI LES HOMMES.

de contributions, preuxm qu'elles appartiennent à de tout petits propriétaires. Ce n’est pas tout : d’après les derniers renseignements recueillis par radministration , il existe en Finance 5 millions et demi de petits propriétaires culti\ant eux-mêmes leur bien, 800,000 fermiers ou métayers, et autant de joui naliej's qui sont eux-mêmes propriétaires ; ce qui fait plus de 7 millions de chefs de famille propriétaires. Enfin le nombre des maisons bâties, qui , il Y a trente ans, n’était que de 6 millions et demi , est aujourd’hui d’un peu plus de 7 millions et demi; les parcelles attenantes à ces maisons, qui ne dépassaient guère 16 millions à la môme époque, s’élèvent actuellement à 19 millions environ, qui sont essentiellement le lot des gens peu aisés.

— D’après cela, dit André, il y a en France bien plus de propriétaires que de gens qui n’ont rien. Je ne l’aurais jamais cru.

— C’est pourtant l’exacte vérité, et si Ton porte contre la société tant d’accusations injustes , c’est (ju’on ne la connaît pas. En réalité, dans les campagnes, l’immense majorité de la population possède quelque chose. C’est seulement parmi les ouvriers des villes, et dans les localités manufacturières, qu’on trouve encore beaucoup d’individus qui ne participent pas à la propi’iété du sol.

Mais d’heureux changements s’opèrent chaque jour dans leur condilion. Ainsi, dans l’industrie, que de travailleurs se sont élevés, depuis trente ans, de la condition d’ouvriers à celle de maîtres! En voici un exemple. En 1818, il y avait en France 847,000 patentés, et en ce moment il y en a environ 1 ,700,000, presque un million déplus. En dix ans, le nombre a augmenté de 311,399, ce qui fait 31,139 ouvriers qui, chaque année, arrivent à la condition depati'ons. 11 y a ainsi chaque année plus de 30,000 familles dont la position s’améliore. On ne peut donc plus dire qu’il est impossible de sortir delà condition oii l’on se trouve, et que lorsqu’on est né pauvre, on est condamné à vivre et à mourir pauvre. Rien n’est plus faux.

— 11 est cependant bien difficile de devenir riche, quand on ne l’est pas par ses parents, dit Honoré Buquet.

— C’est vrai. Honoré : aussi les grandes fortunes sont presque toujours l’œuvre de plusieurs générations successives ; c’est pour cela que nous devons travailler a fonder l’avenir de nos enfants.

Cherchons (l’abord à acquérir le bien-être et l’aisance, et, si nous le voulons bien, soyons persuadés qu’à moins de malheurs imprévus, nous y parviendrons.

— Comment donc faire, M üupré? dirent plusieurs voix, car nous le voulons bien, et nous n’y parvenons guère.

— C’est (jue vous ne le voulez pas toujours d’une volonté ferme. Qui veut la fin doit vouloir les moyens. Or, tout en voulant la fin, on ne prend pas toujours les moyens d’y arri\er. Ces moyens sont le travail, l’ordre, l’économie, la prévoyance, l’instruction. Avec cela on arrive toujours, mais il faut tout cela, car ceux qui ont simplement du bonheur sont bien peu nombreux. Que de gens se plaignent de leur pauvreté, qui ne devraient s’en prendre qu’à eux-mêmes ! Ce n’est pas en travaillant queLjues heui’es par jour on quelques jours par semaine qu’on se procure de l’aisance. Pour avoir du repos et de l’aisance plus tard, il faut commencer par prendre de la peine, et ne pas faire comme tant de gens (jui veulent .se donner d’abord du bon temps. Voyez tous ceux qui ont de l’aisance ou de la richesse : sauf de. bien rares exceptions, comment l’ont-ils acquise’? Ou eux, ou leurs pères, tous ont rudement travaillé, se levant de bonne heure, se couchant tard, toujours les premiers et les derniers à l’ouvrage.

.Mais le travail ne suffit pas sans l’ordre qui tire parti de tout et ne laisse rien perdre. Il n’y a pas de maison que l’ordre ne fasse prospérer; il n’y en a pas une (jue le défaut d’ordre ne ruine ou n’appauvrisse. Voyez tels et tels (|ue je pourrais vous citer : à quoi ont ils dû leurs pertes? Au défaut d’ordre. Chez eux, rien ne se fait bien ou à temps; tout se perd, tout se brise, tout se détériore ; il faut sans cesse acheter, réparer, i-enouveler.

L’économie est peut êfi'e plus importante cncoi’e (]iie l’ordre, car elle est plus difficile. En effet, on travaille pour se procui'er des commodités et des jouissances, et la première condition est de s’en priver. C’est que la vieillesse est seule le temps du repos ; la jeunesse est celui du travail et des privations. Voilà ce (|ue ne veulent pas comprendre les ouvi'iers Tant (ju’ils sont jeunes, ils dépensent ce qu’ils gagnent, sans pensiu- à l’avenir, etl’àge ou les infirmités viennent les surprendre avant qu’ils aient eu le temps de se pi'ocurer les ressources les pki.-î indispensables.

Mes amis, l’aisance se fonde de longue main, et, pour y par-

l’inégalité parmi les hommes. 187

venir, rien n’e.sl à dédaigner; il n’y a pas de petites économies, vous l’avez entendu dire bien des fois. Un sou épargné est un sou gagné. Un sou ! (|u'est-ce que c('la? dit-on : cela ne vaut pas la peine d’y faire attention. Un s(ju par jour, ne l’oubliez pas, fait 18 fr. 25 centimes par an ; cinq sous par jour font 91 fr. 25 centimes, c’est-à-dire bien près de 100 francs. Cinq sous seulement économisés chacjuc jour donnent, avec les intérêts accumulés, 1,147 fr. 74 centimes an bout de dix ans; 1.909 fr. 30 centimes, ou bien près de 2,000 francs, au bout de quinze ans; 3,017 fr. 27 cent après vingt ans. Dix sous par jour donneraient le double, on 2,300 fr après dix ans, presque 4,000 francs après quinze ans, et plus de 0,000 fr. au bout de vingt ans.

— Comment, autant que cela, M. Dupré? nous ne l’aurions jamais cru, dirent beaucoun d’assistants.

— C’est (jue vous ne connaissez pas la puissance de l’économie et (l(^s intérêts accumulés .Mais c’est très-vrai, et le calcul est aisé à faire Avec une jvartie seuiement des sommes que je viens de vous indi(jner, on peut s’établir, faire un j)etit commerce, acheter une maison, un champ; on a le noyau d’une petite fortune ; le plus dil'fi ileest fait, cai’ \ous savez qu’en tout le commencement est le plus difficile. Or, ava it le mariage il n’y a aucun de vous qui ne puisse économiser ces di x sous par jour.

Que faudrait-il pour cela? Supprimer des dépenses superflues qui n’ajoutent rien au bien être, le tabac et la pipe, le petit verre le matin, sans compter celui qu’on prend quelquefois à midi et le soir, le verre de vin (ju’on offie à chaque instant à un camarade. comme si on ne pouvait pas lui témoigner ailleurs qu'au cabaret le jdaisir qu’on éprouve à le voir: et le clmmage du lundi, et la fréquentation des bals, des foires et des marchés, et tant d’auti'es dépenses qui, à force de se renouveler, finissent jiar devenir ruineuses. Que de circonstances où l’on pèche contre l’économie! Calculez, et dites s’il y en a un seul d’entre vous qui ne puisse économiser ces dix sous par jour.

— Savez-vous qu’à ce compte, la \ie ne serait pas gaie? dit une de nos anciennes connaissances, Paul Boitard, dont la tempérance et l’économie n’étaient pas les qualités dominantes.

— Tu trouverais peut-être plus commode, repiit .M. Dupré, de t’amuser pendant que tu es jeune, et de venir ensuite réclamer

à ceux qui ont bien travaillé une partie de ce qu’ils ont, mais ce n’est pas juste. Si tu ne veux pas te priver maintenant, mon garçon, ne te plains pas si tu es forcé de te priver quand tu seras vieux. Itien ne s’obtient sans peine dans ce monde, et la fortune encore moins.

Si vous pensiez davantage à l’avenir, mes amis, vous ne prendriez pas, avant de vous marier, ces habitudes de dépenses, qui vous rendent ensuite réconomie si difficile quand vous êtes en ménage, et qui font que tant d'ouviiers ajoutent alors a leurs fautes le tort bien plus grave de laisser leur famille dans le besoin, en continuant la vie de dissipation qu’ils ont menée auparavant. Vous ne sauriez croire combien ces habitudes de dissipation et d’iutempéi’ance sont funestes aux jeunes ouvriers, et combien elles j-endent pénible pour eux la vie tonjoui’s austère du père de famille. Une de ces mauvaises habitudes, dont je n’ai rien dit encore, est la déplorable coutume de faire son tour de Franco.

— Comment ! .s’écria Paul Boitard, qui en était revenu récemment. Vous voulez nous empêcher de voii’ du pays ! Et comment l’ouvrier apprendra-t-il son étal ?

— En travaillant dans un bon atelier, Paul. Le tour de France et le désir de s’instruire ne sont souvent qu’un prétexte pour satisfaire sa curiosité, et un besoiii d’indépendance. Mais, apiès plusieurs années de tour de Fiance, on revient aussi pauvre qu’on était parti ; on n’a pu faire aucune économie, et le plus souvent on a ïamassé les déhiuts de tous les lieux qu’on a parcourus. Je ne dis pas que, selon les localités, on n’ait besoin, poLirdevenir un ouvrier habile, d’aller dans un lieu où l’on pourra trouver à exécuter des travaux plus variés, afin de s’initier à tous les secrets de son état. Mais on atteindra ce but en allant dans un bon atelier et en s’y fixant pour tout le temps nécessaire C’est ce qu’a fait M. Saujon, à qui je demande la permission de le citer pour exemple. Après avoir fait son apprentissage ici chez le père Uucoutre, qui n’était pas fameux, comme vous savez, il est allé à Rouen, où il avait un oncle : il y est resté quatre ans sans en bouger, et ensuite il est revenu ici. Vous savez tous s’il y a un menuisier plus habile.

— Vous me laites un compliment que je ne mérite pas, dit M. Saujon;

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