L INÉGALITÉ PARMI LES HOMMES
— Ce n’est pas un compliment, M. Saujon, c’est une justice que tout le monde vous rend, et vous pourriez encore nous servir d’exemple pour ce que je xais diie. Car l’habileté, mes amis, l’intelligence et rhistruction sont encore au nombre des moyens nécessaires pour réussir. Le travail, l’ordre et l’économie sont beaucoup sans doute; mais cela ne suffit pas pour faire sa fortune; il faut de l’intelligence et beaucoup d’intelligence. Voyez tous ceux que vous avez vus prospérer autour de vous, en agriculture comme en industrie : ce sont tous des hommes intelligents. Leurs champs sont les mieux cultivés, ils suivent les meilleurs procédés; ou bien c’est le charpentier le plus habile, le cordonnier doni la chaussure est le plus solide, le tisserand qui fait le mieux la toile. Il eu coûte sans doute à l’amour-propre d’un homme de se dire qu’il ne fait pas aussi bien qu’un autre et que,s’il ne réussit pas comme lui, c'est qu’il n’est pas aussi capable. On aime mieux s’en prendre aux circonstances, au sort, aux hommes, à tout, excepté à soi-même.
Ce n’est pas à dire pour cela que l’ignorant doive rester ignorant, tant s’en faut. Je dis seulement qu’il faut se résigner à en voir de plus habiles, de plus capables et de plus intelligents que nous, parce que l’intelligence est un don de Dieu qui larépartità chacun dans lamesure qu’il lui plaît. Mais il nous en adonné notre part à tous, et c’est à nous à la faire fructifier par l’instruction , aujourd’hui surtout que la société nous en offre le moyen par les écoles qu’elle a ouvertes dans les moindres villages. En mettant l’instruction à la portée de tout le monde, elle a affaibli la plus grande cause d’inégalité qui existe entre les hommes; elle a renversé la dernière barrière qui puisse s’opposer à ce que de la condition la plus humble on s’élève à la plus haute, si l’on a réellement en soi l’aptitude suffisante.
l.ES RAPPORTS DES HOMMES CONSISTENT DANS DES ÉCHANGES DE