‹ Manuel populaire de morale et d'économie politique [microform]Chapitre 27 sur 51 · RAPPORT ENTRE L OFFRE ET LA DEMANDE · texte numérisé non relu

RAPPORT ENTRE L OFFRE ET LA DEMANDE

tentés de se procurer cette satisfaction ou de la substituer à d’autres consommations ; il y en a d’autres qui n’hésitent plus à se,la procurer en plus grande quantité, vous le savez tous par expérience. La consommation de cet objet augmente donc, la demande égale ou dépasse l’offre, et les prix se relèvent. Alors, en général la consommation reste supérieure à ce qu’elle était auparavant , parce qu’il s’est développé des habitudes nouvelles et des besoins qui veulent ensuite être régulièrement satisfaits. Quelquefois même les producteurs finissent par gagner à une baisse de prix; ce que la diminution leur a fait perdre, ils le retrouvent et au delà sur l’accroissement de la consommation. Les consommateurs y gagnent encore plus; ils obtiennent cette marchandise à meilleur marché, ou ils en obtiennent plus pour le même prix. Ceux qui précédemment étaient obligés de s’en priver parviennent maintenant à se la procurer.

— C’est une chose vraiment curieuse, dit Honoré, que cette influence des rapports entre l’offre et la demande.

— Ce n’est pourtant rien encore, reprit M. Dupré. Plus nous avancerons dans ces études, plus vous admirerez les lois providentielles qui règlent les transactions des hommes. Mais passons au cas où la demande dépasse l’offre. De même que dans le cas conlraii’c, ce l'ésullat peut avoii’ plusieurs causes.

La production peut avoir été entravée pour une raison ou pour une autre. Les vendeurs sont moins nombreux, ils ont moins de marchandise, ou bien il se présente plus d’acheteui-s, leurs besoins sont plus grands, et ils veulent davantage de la marchandise en vente; elle est donc plus demandée qu’offerte. Dès lors, les vendeurs .sont sur la réserve, et les acheteurs empressés; ce sont ceux-ci (]ui se fout concurrence. Comme la marchandise est peu abondante, ils craignent tous de ne pas en avoir, et chacun est disposé à en donner un prix plus élevé; elle dépassera donc le pi ix habituel. On dira que les acheteurs sont abondants, que la marchandise est rare et qu’elle est en hausse.

— Cette première hausse, demanda Léonard , ne devra-t-elle pas amener une hausse plus considérable, comme nous avons vu une première baisse enaimener une nouvelle ?

— Exactement, Léonard. Vendeurs et acheteurs resteront sous l’inlluence de ce qui vient de se passer. Les vendeurs qui con-

QUINZIÈME ENTEETIEN.

naissent, comme on dit, les besoins de la place ou du pavs, veulent profiler de leur position. Les acheteurs, au contraire, qui ont des besoins et qui connaissent la rareté de la marchandise, sont disposés à faire plus de sacrifices pour s’en procurer.

— La marchandise montera de plus en plus, je le comprends, reprit Léonard ; mais je ne vois pas de raison pour qu’elle s’arrête. Car il n’en est pas de la hausse comme de la baisse, qui est limitée par le point où le prix de vente serait inférieur aux frais de production; pour la hausse, il n’y a pas de limite.

— C’est ce qui te trompe, Léonai d, il y en a une pour la hausse comme pour la baisse. Seulement, elle n’est plus dans les frais de production, elle est dans la bourse des consommateurs ; elle est aussi dans la concurrence. A mesure que le prix d’une marchandise augmente, les consommateurs ont plus de peine à se la procurer; si elle continue à augmenter, elle finit par dépasser les moyens de beaucoup d’entre eux : ils s’abstiennentd’en acheter et ils se tournent vers une autre. Plus le prix s’élèvera, plus le nombre de ceux qui sont forcés de s’en priver deM’a augmenter. La demande, qui avait dépassé l’offre, se rapprochera de l’équilibre et les choses reviendront à leur état naturel.

— Je comprends ce résultat pour les marchandises qui ne sont pas d’une nécessité absolue, ditxMichel; mais le blé est unedenj’ée qu’il faut se procurer cà tout prix; la rareté doit en faire hausser le prix d’une manière indéfinie.

— C’est encore une erreur, Michel ; et à cet égard la limite est dans les heureux effets de la concurrence. Dans les temps ordinaires, quand le blé est à bon marche, on n’en va pas acheter à l’étranger, parce que les frais de transport ne permettraient pas de le vendre au cours du jour dans le pays. Mais quand le prix augmente, il peut couvrir les frais de transpoi t, même des pays les plus éloignés. L’espoir de réaliser des bénéfices détermine de plus en plus les spéculateurs à se livrer à ce genre d’opérations ; le blé ai'iixe en quantité suffisante, et sa présence fait baisser le prix. La concurrence empêche ainsi la hausse de dépasser une cei taine limite; à l’avenir même, elle empêchera encoie plus ces grands écarts qui affligent aujourd’hui les populations.

— C’est un résultat qui serait bien désirable, dit Léonard , s’il a jamais lieu, il me raccommodera avec la concurrence.

RAPPORT ENTRE l’oFFRE ET LA DEMANDE.

— La concurrence, reprit M. Dupré,a bien d’autres avantages. Elle prévient l’augmentation croissante de prix qui résulterait de l’excès de la demande sur l’offre. Aussitôt que la valeur des choses dépasse le prix naturel , les bénéfices du producteur augmentent. Cet accroissement de bénéfice tente de nouveaux individus, qui se mettent à leur tour à produire le même article; on élève de nouvelles fabriques ; l’objet est produit plus en grand, plus de bras y sont occupés, on y applique davantage le principe de la division du travail , et l’on en pei fectionne les procédés de fabrication ; il est ainsi fabriqué plus économiquement et à meilleur marché. Comme il se présente plus ahondamment sur le marché, l’offre dépasse la demande, le prix revient à son taux primitif et finit même par descendre au-dessous.

En effet, du moment que l’objet est fabriqué plus en grand et que les frais de production ont diminué, les producteurs, sollicités par la concui-rence, abaissent leur prix de vente afin d’attirer chez eux les acheteurs. Le produit se trouve maintenant à la portée d’un plus grand nombre de consommateurs, et, sans que les bénéfices des producteurs aient diminué au total, les consommateurs se procurent cette commodité à meilleur marché. Ainsi, d’une hausse qui paraissait devoir occasionner des privations nombreuses résulte souvent une augmentation de jouissances pour tout le monde.

— Mais c’est admirable ! s’éciia M. Ravaud. Il v a vraiment

quelque chose de merveilleux dans ces lois providentielles, dont la plupart des hommes ne soupçonnent pas même l’existence.

— Votre remarque est très-juste, dit en terminant M. Dupré ; comme je vous l’ai déjà dit bien des fois , plus on se donne la peine d etudiei’ ces lois naturelles du monde social, plus on les admire.’

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