UN BIENFAIT POUR LA SOCIÉTÉ
On se rappelle que les forges étaient les premières usines où les travaux avaient repris leur cours à Mireheau. Cette reprise, qui avait eu lieu dans l’industrie des fers avant toute autre, était le résultat de la grande activité qu'on venait d’imprimer en France aux chemins de fer. On se hâtait de réparer le temps qui avait été perdu pendant plusieurs années en discussions stériles. Tandis que les passions consumaient le temps à délibérer pour savoir s’il valait mieux confier l’exploitation de ces chemins à l’Etat ou à des compagnies financières, rien ne s’était fait eu France, et les autres nations, l’Angleterre, la Belgique, l’Allemagne, nous devançaient dans une carrière où le profit était pour le plus prompt. Elles se couvraient d’un réseau de voies nouvelles qui répandaient la vie dans toutes les provinces.
La France, au contraire, ne possédait, à cette époque, que quelques tronçons isolés, et cette année même elle avait porté la peine de sa négligence. Lorsqu’il avait fallu aller chercher du blé à l’étranger, on s’y était pris tardivement, comme on sait Ce hié, qui arrivait des pays d’outre-mcr dans deux ou trois ports seulement, de\ait de là se répandre dans toute la France. Il eut été de la plus grande importance de le faire parvenir rapidenient sur tous les points du territoire. Maison était en hiver, la navigation était impossible sur les canaux et sur une partie des rivières. D’un autre côté, les moyens ordinaires du roulage étalent insuftisants pour une aussi grande masse de transports survenant tout à coup. La mauvaise saison rendait d'ailleurs le roulage plus difficile ; écrasées par cette quantité de transports, les routes se refusaient à porter des chargements considérables , et il en résultait de nouveaux retards dans la circulation des blés. On les vit aloi’s s’entasser dans le port de Marseille particulièrement ,
l'autc de pouvoir arriver ast>ez promptement dans qneh]iics provinces reculées, on leur présence sur les marchés aurait empêché rexagération de la hausse.
Si les chemins de fer (jue la Fi-ance possède aujourd’hui eussent existé à cette époque, ils auraient épargné bien des souffrances aux populations. Les blés seraient arrivés sur tous les points du territoire presque aussitôt après leur débarquement sur les ports. On comprit alors la faute qui avait été commise, et l’on se hâta de la réparer en exécutant les principales lignes. Mais la précipitation dans cette circonstance eut des suites dont le contre-coup devait se faire sentir à Mirebeau.
Pour poser la voie ferrée sur ces chemins, il fallait une immense quantité de rails, et pour les obtenir à temps, dans l’état de l’industrie des fers en France, il fallait s’y prendre longtemps d’avance, même eu s’adressant à un grand nombre d’établissements. Mais ces commandes, si elles avaient été échelonnées dans les années précédentes, auraient vivifié l’industrie et l’auraient excitée à faire les progrès qu’elle avait trop négligés. Elles n’auraient produit que du bien, tandis que maintenant elles venaient toutes à la fois et réclamaient poui- une époque rappi-ochée la livraison d’une masse énorme de rails que les forges n’étaient pas suflîsamment pi'éparées à produire.
11 fallut, pour sufliiv à la demande, accroître considérablement la production, et pour cela donner plus d’extension aux établissements existants, en créer de nouveaux, et rallumer des hauts fourneaux éteints depuis longtemps. 11 fallut surtout augmenter le personnel employé à la fabrication, en appelant de nouveaux ouvriers. Mais aine perturbation grave ne survient jamais impunément dans les habitudes d’une industrie.
Afin d’attirer les ouvriers dont on avait besoin , on avait élevé le taux habituel des salaires ; la prolongation de la durée du travail (juotidien avait aussi forcé de donner un supplément de paye. Jusque-là tout était bien ; maîtres et ouvrieis devaient se féliciter d’un état de choses aussi favorable pour tous; mais la mésiiitelligence commençait à compromettre cette situation. Les ouvriers, qui auraient dû se trouver heureux de recevoir le salaire ordinaire, à une époque où tant d’autres étaient inoccupés, n’étdient plus satisfaits ; ils prêtaient l’oreille aux pro-