‹ Manuel populaire de morale et d'économie politique [microform]Chapitre 34 sur 51 · UTILITÉ ET EMPLOI DU CAPITAL · texte numérisé non relu

UTILITÉ ET EMPLOI DU CAPITAL

de leiii consommation : tout ce (jii’ils possèdent est du capital. Ainsi les terres, les maisons, les granges, les bestiaux, des bijoux, des marcbaudiscs, des meubles , des vêtements, des outils ; tout cela, c’est du capital.

— Et cependant, dit M. Jarland, quand on parle des capitaux, il semble qu’on entende toujours parler de l’argent.

— Cela lient , M. Jarland, à ce qu’on apprécie mieux le capital lorsqu’il est sous la forme d’argent. Aussi, pour évaluer la fortune d’un homme, nous traduisons toujours en argent la valeur de tout ce qu’il possède. En outre, il est plus aisé de se servir de l’argent , pour fournir au capital le moyen de remplir sa fonction qui est de faciliter Ietra^ail.

— Ainsi, dit Honoré, tout ce que possèdent les riches est du capital.

— Sans doute, Honoré; mais ce que possèdent les pauvi’es est aussi du capital. Tes vêtements, tes meubles, les ustensiles, tou métier, tes outils, tes provisions, tout ce qui t’appartient enfin, constitue un capital.

— A ce compte, dit Honoré en riant, j’étais un capitaliste sans le savoir.

— Cei’tainement ; aussi est-ce un tort d’appeler capitalistes seulement ceux qui possèdent Iveaucoup. Il y a de petits et de gros capitaux, il y a de pauvres et de lâclies capitalistes; mais nous sommes tous capitalistes à un degré quelcomjue ; toute la diflérence est dans l’étendue des capitaux.

On commet en France une gi'ave en-eur en croyant que le capital ne consiste que dans de grandes ricbesses. l.e capital des classes les moins favorisées de la fortune ne constitue pas une mince portion de la ricbesse publique, témoin ce qu’elles ont dans les caisses d’épai-gne et qui s’élève en ce moment à plus de 272 millions (1); en Angleterre, le chiffre est bien plus élevé, puisqu’il dépasse 900 millions. Et cependant ce n’est là qu’une im-

(i) Au 31 décembre 1861, le cliillre était de 401 millions, indépendamment de plus de 78 millions déposés à la Caisse des retraites pour la vieillesse. Il faut ajouter à ces sommes déjà considérables les sommes encore plus importantes que les petits cultivateurs, les artisans, les ouvriers, les tlomestiques, possèdent aujourd’hui en rentes sur l'Etat, actions cl obligations de chemins de fer. etc.

perceptible parlie de l’avoir de ces classe.*^. Cet avoir consiste dans tontes leni’s parcelles de tei’i’e, dans leurs petites maisons, leurs jardins, dans le matériel de leurs boutiques, et surtout dans lem* mobilier et leurs vêlements. Quoique de peu de valeur en détail, tout cela forme un capital d’une vaste importance. Si donc nous continuons à employer le nom de capitalistes pour désigner ceux qui ont plus de capitaux que d’autres, n’oublions pas que c’est une expression inexacte.

En outi-e, le capital u’est pas seulement ce qui appartient à des individus. Comme c’est le produit d’un travail antérieur, il prend une iufinilé de formes. Les routes, les ponts, les canaux, les ports, les arsenaux, les églises, les écoles, les halles, les marchés, tous les bâtiment publics et tout ce qui les garnit, tout cela est également du capital. Une nation est donc d’autant plus riche que chacun de ses membres a plus de fortune et qu’elle possède elle-même plus de capitaux de toutes sortes, c’est-à-dire plus de produits du travail qui u’aiirout pas été consommés dans les siècles précédents. Ainsi, lorsqu’au lieu de dépenser son argent d’une mauièi’e stérile, elle l’emploie eu grands travaux qui doivent rester, elle augmenle son capital et la richesse de tous ses meml)res, parce (ju’elle facilite le travail des générations à venir.

— 11 n’y a [ as de doute, dit M. Yieulin, que raugmentation de ce capital ne soit un liieufail pour le pays, puisque tous les habitants sont appelés à eu profiter. Mais eu est il de même du capital possédé par des individus ?

— Sans doute, M. Yieulin. Tandis qu’ils cherchent à s’enrichir, leur ca.-ital sert la société, [tourvu qu’ils l’emploient d’une manière industrieuse. Tant qu’un fabricant gère habilement ses affaires, il répand le travail et le bien-être autoui- de lui. Mais s’il se ruine, pour une cause ou pour une autre, sa ruine fait le malheur de ceux à qui sou capital procurait du travail. L’ouvrier qui, par sou inconduite, dissipe son capital au lieu de l’accroître, nuit aussi à lui-même et à la société. Le capital ne s’accroît, en effet, que par le travail accompagné d’ordre et d’économie. Ou n’accroîl sou capital (ju’eu dépensant moins qu’on ne gagne ; on iic devient riche qu’en consommant moins qu’oii ne produit.

— Mais aloi's, reprit M. Yieulin, quelle est Futilité de l’accumulalioii des^iicliesses? De deux choses Fune.: ou ,1’on dépense,

VKVGTIEME ENTIŒTIEX.

OU l’on amasse. Si chacun dépense, on reste comme on est; si tout le monde accumule, il n’y a profit pour personne.

— iM. Vieulin, votre raisonnement pèche des deux cotés. Si l’on dépense plus, on se procure plus de bien-être. Or, si avec plus d’hahileté, plus d’efibi ts, on par\ient à produire et à gagner plus, on pourra se procurer plus de commodités tout en économisant davantage; d’un autre côté, si on épargne, il est bien entendu qu’on ne le fait pas à la manière de l’avare qui entasse son or dans ses coffres d’une manière improductive. L’ouvrier et le pauvre placent leurs économies à la caisse d’épargne, où elles deviennent une source de revenus et le fondement d’une petite fortune. Le riche emploie scs capitaux à faire travailler.

— Et si le riche ne fait pas travailler? demanda André.

— 11 le fera , car il ne peut pas se procurer des jouissances autrement , tout ce qu’il achète étant le produit du travail. Le riche est encore oblige de faire travailler pour faire fruclifiei* son capital, pour le conserver et pour l’accroître.

— Cependant, objecta Léonai d, si le capital est employé à faire travaillei-, il est consommé par les ouvriers et dès lors perdu pour le propriétaire.

— C’est en eflet l’opinion de beaucoup de gens, mais c’est une erreur. Le capital employé à acheter du pain, du vin, de la v iaude, des vêtements , du charbon ou du bois de chaufiiige est , il est viai, détruit chaque année , et sous ce rapport il y a elfeclivement du capital anéanti tous les ans. Voilà poimjuoi il faut chaque année faire venir de nouvelles récoltes, et faiie des habits, des souliers, des meubles pour remplacer ce qui est usé. Cependant le capital donné en salaire aux ouviiers n’est consommé qu’en apparence ; en réalité il n’est pas détruit, pas plus que la graine mise en terre, qui , en s’y décomposant, donne quelquefois quinze et vingt pour un.

L’ouvi'ier qui reçoit un salaire le consomme sans doute, mais il en reproduit la valeur par son travail; en outre, s’il ne dépense pas tout ce qu’il gagne, il lui reste un excédant à lui-même. 11 en est de même pour celui qui le paye : le capital qu’il emploie en salaires est reproduit sous une autre forme par le travail , et avec augmentation. Si le journalier fait venir (juinze hectolitres de blé d’une valeur égale à dix-huit fois son salaire, s’il fait dix

vJ

Page 1