‹ Manuel populaire de morale et d'économie politique [microform]Chapitre 35 sur 51 · UTILITE ET EMPLOI DU CAPITAL · texte numérisé non relu

UTILITE ET EMPLOI DU CAPITAL

pièces d’étoffe représentant douze fois ce salaire, la différence sera le profil et constituera une partie du revenu de celui qui fait travailler. C’est uniquement ainsi que l’emploi du capital devient une source de revenu pour le propriétaire.

— Alors, dit .André, si l’ouvrier peut produire plus que le prix de son travail, il serait juste qu’il eut tout le profit.

— S’il en était ainsi , répondit M. Dupré, le capital employé par le fermier ou par le fabricant resterait égal à ce qu’il était d’aboi d ; il n’y aurait aucun avantage pour le capitaliste. Dans ce cas, le capitaliste cesserait de se donner de la peine poui' faire travailler sans profit; rien ne pourrait l’y contraindre, l’ropriétaires et fermiers, manufacturieis et marchands, tous renveriaient leurs ouvrieis , leui’s commis , et ceux qui vivent du travail de leuj’s mains se trouveraient sans occupation.

— On a donc bien raison de dire , s’éciia André , que les pauvres sont les instruments de la fortune des riches.

— Pi'écisémcnt, comme les riches font vivre les pauvres par le travail qu’ils leur procurent.' Les pauvres ne pouvant vivre que de leur travail , et les riches ne pouvant faire fi'uctifier leur capital qu’en le répandant sous forme de salaire, n’est-ce pas une loi bienfaisante de la Prov idence que tous soient ainsi nécessaires uns aux autres? Voyez , en elfet , comment les choses se passent. Les ouvriers n’ont qu’un capital li’ès-faible, parce que leurs parents ou eux n’ont pas assez économisé sur le produit de leur industrie passée ; il leur faut cependant se nourrir et se vêtir, et ils ont d’autres besoins de chaque jour auxquels ils ne pourraient pourvoir s’ils devaient attendre rachèvement de leur travail ou la vente de leurs produits, et surtout l’époque de la récolte.

Mais, dans notre état de société où il y a des hommes qui ont épargné et accumulé, ceux-ci viennent en aide aux ouvriers et aux pauvres, et ils poui’voient à leurs besoins en payant sur leurs capitaux , c’est-à-dire sur le produit d’un travail antérieur, le salaire du travail (ju'ils leur procurent. Les ouvriers se tiouvent ainsi nourris et entretenus , sans attendre la récolte ou la vente du produit de leur travail, et en retour ils font un travail qui sert au bien être des pi'einiei's.

11 est donc de notre intérêt à tous que le capital soit garanti contre toute espèce de trouble. Toutes les fois que, par une cause

quelconque, il diminue dans une socitUé , le travail diminue en même temps : vous l’avez vu cette année. Partout où le capital court risque d’ètre confisque ou pillé, il prend l’alarme et disparaît : de là la misère des Etats de l’Asie, où ceux qui ont quelque chose sont sans cesse exposés à être dépouillés. Les révolutions et les convulsions civiles sont également funestes au capital , parce qu’elles détruisent la sécurité; nous l’avons encore appris à nos dépens. A chacun de nos troubles polititjues nous voyons les affaires suspendues , chacun s’abstenant de dépenser parce qu’on ne sait si on poun-a renouveler son capital ; on aime mieux le conserver improductif (|ue de s’expo.ser à le perdre en faisant fabriquer ce qu’on n’est pas certain de vendre. Les ateliers se ferment et les ouvriers languissent de misère ou font des émeutes qui aggravent leurs maux en augmentant l’inquiétude et en eflVayant encore plus le capital.

— L’est malheureusement vrai, dit Michel , et nous en avons tous fait la triste expérience. Mais il est tout de même fâcheux que l’ouvrier travaille dur et reste pauvi-e, tandis que le capitaliste, ti'availle peu et devient riche.

— 11 y a deux choses dans ta plainte , Michel : la première , c’est que le pauvre travaille beaucoup et que le riche travaille peu. Mais vous oubliez toujours que, dans tout ce que fait l’homme, il y a un travail de l’espi it et un travail du corps ; seulement ils sont en pi-oportions difiérenles. L’ouvrier travaille peu de l’esprit et beaucoup du corps; le capitaliste, au contraire, travaille moins du corps, mais il ti'availle plus de l’esprit. Or, les dons de l’esprit sont beaucoup plus rares que la force physique , comme chacun de vous a pu le vérifiei- à l’école ; ils sont donc plus lucratifs , conformément à la loi de l’olfre et de la demande , de l’abondance et de la rareté.

Ouant au regret de voir le capitaliste devenir plus riche , ce serait tout simplement de l’envie, et de l’envie sans fondement ; car la richesse du riche ne rend pas l’ouvrier plus pauvre; elle lui assm-e, au contraire, comme je vous le montrerai, un emploi constant et un raeilleiu’ salaire.

— Cependant, dit Léonard, puisque le travail de l’ouvrier contribue tant à enrichir le capitaliste, c’est que la part du capital est trop grande et celle du salaire trop faible.

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