UTILITÉ ET EMPLOI DU C.4PITAL
vent, tout en se procurant plus de jouissances, mettre davantage de coté chaque année ; ils ont donc plus de moyens d’entreprendre destiavaux productifs. Mais, en meme temps, lorsque les capitaux .se multiplient dans un pays, ils se font concun’ence à euxmemes. Ils se répandent dans un plus grand nombi’e de mains, et la concurrence amène forcément la diminution. C’est pour cela qu’avec l’accroissement de la richesse, nous avons vu baisser partout l’intérêt de l’argent. Ainsi les capitaux, qui rapportent encore 10 p. 100 pai' an dans (juelques pays peu riches, qui naguère rapportaient aisément G chez nous, n’ont plus donné que 5, et maintenant, ils ont de la peine à rapporter 4 ; placés en fonds de terre, ils donnent rarement 3 ; ce qui veut dii-e que les lâches retirent des leurs un revenu proporlionnellenient moindre.
— Il pourrait donc se faire, dit Honoré, que les riches perdissent au lieu de gagner par l’accroissement des richesses?
— Ce n’est pas possible. Honoré, car s’ils perdaient, ils cesseraient de produire, et alors la richesse diminuerait, ce qui relèverait le taux de l’intérêt. Mais cela ne peut pas avoir lieu, et en voici la raison bien simple : c’est que les capitaux croissent encore plus rapidement que l’intérêt ne diminue, de sorte que les capitalistes ont en somme un revenu plus élevé. Ainsi, quand l’intéi-êt était à G p. 100, avec 100,000 fr. de capitaux on avait G,000 francs de revenu. Mais lorsque l’intérêt a baissé à o, les capitaux avaient ceitainenient double au moins, de sorte que le même capitaliste s’est trouvé avoir 200,000 francs qui lui ont rapporté 10,000 francs. L’intérêt étant descendu à 4 p. 100, il a probablement un capital d’au moins 400,000 francs, qui lui donne un i-evenu de 1G,000 francs. D’après cela, la pai-t absolue qui revient aux capitalistes augmente, mais la part proportionnelle diminue. Au contraire, la part absolue et la part propoi tionneile qui reviennent au travail augmentent toutes deux.
Cependant cet abaissement de l’intérêt a une limite au delà de laquelle il ne saurait aller. Contentons nous donc de le voir baisser encore un peu, mais n’espérons pas, ne désirons même pas le voir baisser beaucoup, car nous n’achèterions ce résultat qu’au prix d un appauvrissement de tout le monde.
11 y a même a ce sujet un fait ti ès-curieuxà noter, c’est qu’aux époques de la jiliis gi’ande activité commerciale , lorsque les eapi-
taux sa mu lli plient rapidement, comme en même temps ils trouvent aisément à s’employer, parce qu’ils sont très-demandés pouisatisfaire aux besoins des affaires , il an’ive que rinléict augmente au lieu de baisser. C'est là un j-ésullat conliaire à bien des suppositions, mais qu’on conçoit très-bien , et qui, en empêchant à l’avenir une trop grande baisse de l’intérêt des capitaux, r<‘pondra a la fois aux désirs des capitalistes et des travailleurs, des producteurs et des consommateurs.
Pour compléter ces réflexions sur l’utilité du capital, je dois lelever une ei'reur dans laquelle on tombe frécjuemment en vovant avec satisfaction les gens qui dépensent leui‘ fortune et en l'egardantd un mauvais œil ceux qui économisent et augmentent la leur. Puisque riiomnie intelligent et laborieux qui crée un capital sert la société , on ne saurait trop condamne]' la conduite de celui qui dissipe la fortune amassée par lui ou par d’autres. L argent dépensé par le dissipateui' est consommé comme le vin qu’il boit, perdu comme les supei tluilés qu’il gaspille.
-Mais, dit M. Jarland, cet argent fait aller le commerce, il fait travailler et v ivre les ouvriers.
C est ce qu on dit habituellement . M. Jailand; mais on ne peut pas répété)' d’ei reur plus grossière. Voilà des siècles qu’on la répète, et depuis des siècles elle a les conscviuences les plus fâcheuses. Voyez, en effet , la dillêrence entre les dépenses du dissipateur et celles de l’homme économe. Le premier dépense son revenu, et très-souvent son capital, d’une manière stérile pour lui. Il fait travailler, il est vrai, tandis qu’il dépense, mais ce qu'il donne est perdu pour lui , il ne lui en revient rien , et il s’ôte la possibilité de faire travailler et de gagner encore.
— Mais du moins, dit Andi'é, il fait gagner les auties pendant qu’il dépense sa fortune, tandis que le riche qui ne dépense pas ne fait gagner personne.
— C’est encoi'e ce qu’on dit tous les jours, André, et, en le répétant, tu raisonnes, sans t’en apercevoir, comme si ceux qui ne dépensent pas follement leur foi tune ressemblaient tous à ces rares avaies qui se plaisent à enfouir leur or dans un coin. Parce qu’ils ne di.ssi peut pas leur revenu en objets fastueux , le vulgaire, que n’éblouit pas leur luxe, en conclut inconsidéi'ément qu ils ne font pas aller le commerce. .Mais l’argent qu’ils ne pro-