LE PRIX DU TR.WAIL
que dans 1 industrie. Il me semble avoir une valeur à peu près constante, pui.'Cju il demande seulement ce que possèdent presque tous b's hommes, de la force physique. N’y a-t-il donc rien qui en détermine le piix?
Le travail manuel que la grande masse des ouvriers est capable d exécuter, reprit M. Üupré, est en effet le point de départ au-dessus duquel s’échelonnent les salaires dans toutes les industiies. Oi , dans les cii’constanccs oï dinaires et en vertu de la foi te meme des choses, le salaire de ce travail est déterminé par ce qui est nécessaire à l’homme pour vivre. Il ne peut jamais être
d’une manière permanente, ni beaucoup au-dessus, ni beaucoup au-dessous.
^ Comment, au-dessous! dit Michel Je comprends qu’il puisse s’élever au-dessus du nécessaire; mais je ne conçois pas qu’il puisse descendre an-dessous.
^ le' nécessaire, malgré la signification de ce mot ,
est une chose très-élastique Le nécessaire varie en effet avec les te:rpset les pays ; le nécessaire pour le sauvage n’est pas le même que pour 1 homme civilisé ; il n’est pas le même sous les glaces du Nord et dans les contrées chaudes du Midi. Dans un même pays, le nécessaire varie avec la civilisation ; en France, celui de I ouvrier du siècle dernier était loin de cornpi'endre tout ce que comporte le nécessaire d’un ouvrier de nos jours.
En général il comprend, avec la nourriture indispensable à l’entretien de la vie, le logement, le m:.bilierct les vêtements, le tout selon les usages et les besoins du pays, .\insi, la nourriture doit être assez abondante et variée pour entretenir les forces et la santé. Les vêtemenis doivent être appropriés au climat et de nature à donner à celui qui les porte un as|'cct décent. Le logement doit mettre non-seulement à l'abri des intempéries des saisons, m, lis encoie fournir à la famille le moyen d'y vaejuer à scs occupations et d’y habiter sans blesser les lois de la pudeur. 11 faut (jue ce logement soit pourv u de meubles et d’ustensiles qui permettent d’y vivre conformément aux usages du pays. Enfin, sebm les climats et les saisons, il faut du feu et des moyens d’éclairage en quantités variables. J’ajouterai, pour complétercette énumération, que le nécessaire comprend l’éducation des enfants et des moyens d’instruction pour tous.
Ce nécessaire n’a rien d’absolu, comme vous voyez; cependant il est à peu près déterminé dans chaque contrée par les habitudes et la i-ichesse généi'ale du pays. Chacun de nous, sans s’en rendre bien compte, sait si son voisin le possède. Le salaire doit pourvoir à ce nécessaire et le procurer non-seulement à celui qui le gagne, mais encore à sa femme et à ses enfants; il doiten un mot suffire à l’entrelicn d’une famille. Vous comprenez maintenant qu’il n’est pas tellement absolu qu’il n’y ait pas i>ossibilité de descendre temporairement au-dessous. On souffre alors, on vit péniblement, mais cependant on vit.
— En ce cas, dit Honoré, il y aui ait avantage à s’habituer à vivre de peu; on serait mieux prépaié à tous les événements.
— Je te leconnais là, Honoré, mais n’exagéi’ons rien. 11 y aillait des inconvénients nombreux à trop restreindre le nécessaire des hommes. D’abord on compromettrait la santé, on affaiblirait les forces, et l’industrie y perdiait ; il y aurait aussi moins de propreté, moins d’instruction, moins de bien-être général. Puis, comme les salaires tendent toujours à se régler sur ce nécessaire, ils baissei'aient en proportion. Alors, s’il survenait quelque circonstance (jui les fit encore baisser momentanément, la misère deviendrait excessive, parce que les réductions auraient atteint les limites du possible, comme je vous l’ai montré précédemment. Telle est la situation de la malheui'euse Irlande, où la misère générale a l’éduit depuis longtemps le nécessaire de la population à ce qu’il y a de plus rigoureusement indispensable à l’entretien d’une vie abjecte. La moindre calamité y plonge les habitants dans une affreuse détresse.
Je savais bien que c’était une sottise de faire toutes ces économies et de s’imposer tant de privations, dit Paul Boitard.
— Ne te pi’esse pas tant de tirer cette conclusion de mes paroles, reprit M. Dupré; l’économie n’est jamais nuisible. Quand on n est pas un avare qui refuse le nécessaire aux siens et à soiméme , il est rare qu’on pousse l’économie trop loin, aussi loin même quon pourrait aller. Cette écon()niie est le plus sûr fondement de la prospérité des familles ; mais , comme elle est individuelle, elle ne peut jamais contribuer à faire baisser les salaires.
11 n en est pas de même d'un état de civilisation peu avancé, du défaut de richesse et de la faiblesse du capital d’un pays.