‹ Manuel pour l'éducation des vers a soie et la culture du murier, méthode simple et facile de conduire ces insectesChapitre 10 sur 43 · DE L'ACCLIMATATION · texte numérisé non relu

DE L'ACCLIMATATION

Du Mûrier , et |fe celle du Ver à Soie.

• • ' • r * Connaître, la nature, du -terrain que l'on exploite, préparer ses engrais avec méthode laboures,. semer, planter, tailler et cueillir à propos, tek«çt J'*rt<lè l'agriculteur, € t cet ar^apprend mieux par la pratique que par la théorie; voila pourquoi la plupart des gens de campagne, -livres à leurs propres expériences apprécient avec une justesse in- «oncevablela ^ a lité, l'exposition \ la nuance me ™ e . d ? b terre qu'ils écrivent.

: «fais l'art d'acclimater une plante exotique et delui imprimer Jexaractère d'indicéneijequj est propre aux-espèces originaires est souvent au-dessus de Inintelligence des peuples agricoles, et il* on t he soin <nie la théorie ^uû habile praticien vienne établir la règle et guider la main de l'ouvrier; sans cela, la, routine et ^habitude qgi sont les

guides naturels des villagcôis, les entraînent clans des erreurs qui • paralysant le£ progrès de la végétatiçn, amènent le découragement et tuent l'émulation. . - '

Une plante qu'on expatrie souffre en raison directe des privations qu'elle éprouve par rapport aux principes alimentaires qui dans son pays natal soutenaient son existence; plus ces principes sont abondans dans le lieu où sa naturalisatiou s'opère^ moins sa croissance a besoin d'être provoquée par des moyens artificiels : ainsi lorsque, sut la fin du .vi e siècle le mûrier fut planté dans lePéloponèse, l'art n'eut pas besoin d'aider la nature, il en fut ainsi cinq cents ans après en Sicile , lorsqu'un roi conquérant en voulut propager l'espèce.

Mais lorsque le terrain n'offre point à l'arbre exotique une nourriture convenable à .ses besoins , il faut des soins ; si l'on veut l'acclimater, on doit étudier son organisation végétale, afin de pouvoir juger par comparaison ou par analogie, de ce qui est nécessaire à son développement^ A l'époque de la mûriomanie, dit Rosier, on plantait dçs mûriers partout; je pense que l'on faisait bien, mais qu'on aurait bcaycoup mieux fait de n'en planter que sur des terrains convenables; alors on aurait pu voir ces arbres prospérer

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dans toutes les parties de la France; car quelle raison y aurait-il que la Bretagne et l;i Normandie. n'eussent pas de mûriers, lorsque la Prusse et la Russie en ont? Sans doute tel pay6 n'aurait pas fait de si bonnes récoltes que tel autre , à cela on doit s'attendre, il y a des nuances dans les climats et dans les terrains plus où moins favorables aux espèces végétales, que la main de l'homme ne peut modifier. Mais les petits profits ne sont point à dédaigner, surtout en agriculture; les Allemands et les Suisses paraissent eu etic mieux convaincus que nous, lis cultivent tout ce qui peut offrir quelque avantage tant sous le rapport domestique que sous le rapport commercial. Les ruches ne produisent chez eux que trois francs par an; en France , elles donnent de six à huit francs. Cela n'empêche pas qu'ils ont plus d'abeilles que nous, et qu'ils en retirent un revenu considérable.

De cette rfianie de planter des mûriers partout, il en arriva que peu s'en fallut que l'espèce en fût entièrement bannie de France , car les cultivateurs qui en avaient planté sur des terrains ingrats, ne voyant pas -croître et prospérer leurs arbres, dégoûtaie nt ceux qui avaient envie de les imiter à tel point qu'il fallut de l'argent, des promesses et des récompenses pour déterminer même les raéri-

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dionaux à faire quelques plantation* suivies* } "

Le mûrier est un arb^e vigoureux, qui a une sève abondante, une écorce épaisse, un bois^dur; la nature de sa constitution le met à même de résister aux plus rudes hiver*.

Comme il est le plus tardif de tous les arbres, il est aussi le moins sujet aux gelées; et lorsque, par im cas extraordinaire, les feuilles s'en trouvent attaquées, quinze jours lui suffisent pour en reproduire de nouvelles. Or, les arbres vigoureux et forts ne se plaisent point sous une atmosphère humide et nébuleuse.

Les chênes, les sapins se développent avec plus d'énergie sous un ciel pur; plantez donc des mûriers sous quelle latitude que ce soit; mais choisissez le climat, qu'il ne soit ni trop sec ni trop humide. Sachez que les fertiles plaines du Piémont et les riants coteaux de l'Italie nei Sont point tous propres à la culture du mûrier, et que Ton fait souvent cinquante lieues de course sans trouver un seul de ces arbres. On ne peut cependant accuser de celte pénurie ni le terrain qui est partout riche et fécond, fti l'indifférence des agriculteurs, puisque les éducations des vers à soie sont l'unique source de leur richesse. C'est donc le climat qui dans ces parages arrête la végétation et empêche la croissance. Ainsi

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les plaines de l'Autriche et de la Bavière, celles de Lcipsick et de Brandebourg, les coteaux de l'Ukraine et du Caucase > comme ceux de la Sicile ^ de la Provence et du Languedoc seront propres au- mûrier; tandis que les pays qui avoisinent l'embouchure de l'Oder, de l'Elbe, de la Vistule et du Pô, ainsi queles côtes de la Baltique, seront contraires à sa végétation. ^Éloignez aussi vos plantations des lacs, des vallons, ainsi que des montagnes trop élevées. L'atmosphère dans le prêmier cas est trop humide ou trop lourde; et dans le second, elle est trop sèche ou trop Vive. Enfin mou opinion, que je fonde sur l'expérience de quatre siècles, est que l'état hygrométrique de l'air influe d'une manière particulière sur la prospérité du mûrier; et je ne conseillerai jamais de planter cet arbre ni sur le bord de la mer, ni dans le voisinage des marais.

Après le climat , ce que Ton doit le plus considérer, c'est la terre végétale; nulle part elle est semblable, partout sa composition varie soit dans les proportions des principes I élémentaires, soit dans la # combinaisou des ! .principes fertilisans.

Les terrains compacts , humides , sablonneux, ceux dont le fond est couronné d'une coufche granitique ou de quelque minérai à

base de plomb, .de manganèse, d'arsenic ou de cuivre , ne sont propres a la végétation d'aucune plante , et encore moins à celle d'un arbre qui a besoin d'une abondance de suc~ nourricier pour entretenir sa forte constitua tion et le développement de ses nombreuses feuilles. ' . • . > <■

Choisissez donc encore pour les mûriers un terrain léger, mélangé de débrïs calcaires, que là terre végétale ait dit à cboftze pieds.de profondeur, et que «a base soit une roche ■ tendre, fragile ou délitée; alors les « racines de vos jeunes sujets s'étendront sans obstacle en tous sens , -et de leur f 3éveloppementnaîtront la beauté, la vigueur , et tout ce Çui caractérise la perfection de l'espèce.

Ainsi, sous une atmosphère légère et sur un terrain convenable, on peut sans "risque entreprendre des plan tatidns dé mûriers, et comme il n f est pas dfe pays en Europe qaï n'ait des endroits où ces cleux avantages, se . trouvent réunis , on doit conclure que chaqué royaume peut avoir ses provinces à éduca- .

tion , comme l'Espagne , la France et le Piémont.

Mais dans les contrées du nord, et partout ou. l'intensité de la température peut retarder les progrès de la végétation ,-il fout tenir ii avoir des graines du midi pot»r'feiite

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les semis. Le fruit des mûriers de la Prusse et de la Russie ne vient pas toujours à un point de maturité convenable pour en extraire la graine; et quand tneme il en serait autrement, on doit craindre que cette graine , toujours inférieure à celle des pays chauds , ne produise des pourrelies faibles

et caduques. .

D'un autre côte , on ne doit jamais entreprendre de faire des semis en automne, soit dans, les pays où l'hiver est précoce et long, soit dans ceux où l'été et l'automne sont chauds et secs. Dans les uns, la graine n'a pas le temps de se développer et de produire sa pourrette; et pendant plusieurs mois, elle se trouve noyée dans les eaux des pluies ou des neiges, ce qui altère et détruit même la force de la germination. Dans les autres, la chaleur ou la sécheresse de l'atmosphère arrête l'action végétante de la plante, et les pourrettes tardives donnent rarement des arbres de belle venue. Il vaut beaucoup mieux , dans l'un -et dans l'autre pays, attendre U belle saison, et ne semer que lorsqu'on n'a plus à craiudrcni les gelées ni les brouillards.

Dans le nord , il faut semer dans des caisses afin que la pourrette de l'année puisse être mise en serre aux approches de l'hiver; et , lorsqu'elle a acquis la grosseur exigée

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pour cire uiisc en pépinière, on peut risquer de la repiquer en plein champ j mais dans les hivers qui suivent cette opération on doit couvrir les jeunes plants avec des paillassons , de la paille ou du foin, dans le cas que la gelée précède la neigb ; car on sait qu'un manteau de neige préserve beaucoup mieux du froid les végétaux,, que tous . les moyens arti ficicls empl oyés j usqu'à ce jour.

Dans le midi, toute exposition est bonne pour la plantation lorsque l'atmosphère est propice et le tèrrain convenable • mais dans le nord, il faut choisir de préférence un endroit situé entre le sud et l'est, afin de favoriser le jeune sujet par tous les avantages que donne la chaleur naturelle.

Enfin , il en est de la naturalisation du mûrier comme de celle de toute plante exotique, plus, par des moyens sagqment combinés ou des ressources agricoles, on identifiera la culture et le terrain avec ceux qui sont propres à l'espèce, mieux on réussira.

Ainsi on aura des mûriers à la différence près de la grosseur et de la beauté, dans le nord comme dans le midi, si l'on choisit bien le climat, le terrain et l'exposition; si l'on sème et si l'on plante à propos ; si on sait joindre au mode de culture exigé pour cet arbre, les accessoires que commande la dif-

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