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Manuel pour l'étude de la langue russe; textes accentués, commentaire grammatical, remarques diverses en appendice, lexique

L'étude du russe offre au débutant des difficultés qui, à bien des égards, peuvent se comparer à celles qui rendent malaisé l'abord des langues anciennes: des flexions nominales et pronominales aussi nombreuses que délicates, un système verbal d'une rare souplesse, une syntaxe simple en ses principes, mais très différente pourtant de l'état syntaxique des langues modernes de l'Europe occidentale, une liberté de construction qui forme un frappant contraste avec la rigidité des cadres de la phrase française, anglaise ou allemande, un vocabulaire d'une richesse incomparable. Pour l'aider à triompher de tant de difficultés, l'étudiant trouve à sa disposition des précis de grammaire, des recueils de textes, des dictionnaires; mais de longues semaines se passeront avant qu'il ait acquis assez de connaissances grammaticales pour pénétrer des textes qu'aucun commentaire n'éclaire, et sa patience s'usera à €68 études de grammaire théorique qui le tiennent à l'écart de la langue elle-même.

D'autre part, s'il est une vérité sur laquelle les linguistes se soient mis d'accord, c'est que l'on n'apprend pas une langue par la grammaire : si compliqué, si fragile qu'en soit le mécanisme, une langue ne s'apprend que par la pratique seule, mais à la condition toutefois que chaque difficulté rencontrée reçoive son explication immédiate. — Le présent livre n'a pas d'autre ambition que de rendre cette pratique possible du premier jour.

II Introduction.

A rétiidiant qui en commence l'étude il n'est demandé qu'un très sommaire apprentissage de la grammaire russe : l'alphabet, quelques éléments de prononciation enseignés, s'il est possible, par un maître indigène, un aperçu de la déclinaison des substantifs, des noms de nombre, des pronoms, des adjectifs; une vue d'ensemble de la conjugaison; quelques notions générales sur le phénomène qui a reçu le nom d'aspect des verbes, et en particulier sur l'opposition des deux aspects dits respectivement perfectif et imperfectif. Ces connaissances, il semble qu'un élève d'aptitude moyenne puisse les acquérir en quelques jours, une semaine au plus, et cela dans telle grammaire que l'occasion lui aura mise entre les mains. Ce premier fonds de connaissances grammaticales suffit : mais il est nécessaire.

Au reste, ce nom même de Manuel, en tête d'un ouvrage qui, au premier regard, semble n'être qu'un recueil de textes, a besoin de justification.

Présenter un tableau fidèle et suffisamment complet de la langue russe parlée et de ses procédés d'expression, tel est l'objet propre de ce Manuel. Et cet objet ne diffère pas de celui que se proposent communément les auteurs de grammaires descriptives. Mais, tandis que ceux-ci soumettent les faits du langage à une systématisation toujours plus ou moins artificielle qui en fausse les perspectives et en confond les valeurs, une autre méthode, celle-là même que suggère l'étude directe du langage, a été appliquée ici. Des textes réels, et non pas des schémas de phrases maladroitement simplifiés, sont proposés au lecteur; puis comme, dès le début, maintes particularités de forme, de syntaxe, d'emploi idiomatique embarrassent la lecture, ces textes sont accompagnés d'un commentaire qui explique chacune de ces particularités, au fur et à mesure qu'elles apparaissent, l'exemple précédant la règle, la langue étant prise comme point de départ et non pas comme point d'arrivée.

Introduction. III

C'est donc au bas des pages mêmes que le lecteur trouvera l'exposé de doctrine que le titre de ce Manuel lui promet, et aussi, avec plus de développement, dans les Remarques de l^ Appendice.

Puisqu'il s'agissait de faire tenir dans un minimum de pages un maximum de faits de langue, le choix des morceaux prenait une importance extrême. Les textes dits faciles répètent le plus souvent, sans profit pour l'élève, des phrases dont le moule est toujours le même; il y manque ces vives tournures qui prêtent tant de charme aux langues parlées, et au russe en particulier. Les textes rassemblés en ce Manuel sont d'une tout autre sorte : empruntés à l'œuvre d'un seul écrivain, «le grand écrivain de la terre russe», le comte Léon Tolstoï, et tous, à l'exception du dernier, écrits pour des enfants, ils présentent de parfaits modèles du parler réel. Non expliquées, les difficultés qui surgissent à chaque ligne risqueraient d'être incomprises : toutes ont leur explication dans les notes du commentaire. De plus, il a paru qu'à la suite de ces morceaux enfantins il y aurait intérêt à donner un récit d'une tenue littéraire plus haute, l'un de ceux où quelques-unes des idées morales de l'auteur s'expriment avec le plus de force, — le court récit intitulé Trois ynorts, écrit dès 1859.

Souple et diverse en ses moyens d'expression, familière sans vulgarité, la langue de tous ces morceaux se recommande encore par un autre mérite, d'autant plus précieux qu'il est une des caractéristiques éminentes non pas seulement des écrits du comte Tolstoï, mais de la langue russe elle-même, à savoir la richesse du vocabulaire. On en jugera par ce seul fait que les quelque soixante pages de format in-S"" que fourniraient ces textes débarrassés de leur commentaire ne contiennent pas moins de 3000 mots.

I \' Iiitroductioii.

Bien que se succédant au hasard de la rencontre des faits de langue qu'elles commentent, les notes présentent une suite progressive qui mène l'élève du simple au complexe, puis, à mesure qu'il avance, du connu à l'inconnu. Placé en face de textes en langue russe, l'élève commettrait une faute de méthode à vouloir retrouver dans cette langue quelque chose des procédés de sa langue maternelle ou de telle autre langue, morte ou vivante, dont il aurait déjà des notions : les comparaisons linguistiques, sous peine de n'être que de vains amusements, ne sont pas le fait d'un débutant. L'élève comprendra qu'une langue doit être étudiée en elle-même; il s'efforcera donc de pénétrer du premier coup les morceaux qu'il est convié à lire; et les notes lui en donnent le moyen :

Notes sur les formes, d'abord, pour peu qu'un mot, nom, pronom ou verbe, s'écarte en quoi que ce soit des paradigmes généraux supposés connus. S'il s'agit d'un mot composé, les éléments de composition en sont séparés par des traits : ainsi, dès la première ligne du premier morceau, la note 2 de la page 1 découpe en trois tranches, y + nà- (pour *пад-) + ла, le prétérit féminin singulier упала; s'agit-il même d'un mot simple, mais dont l'élément radical ne se laisse pas dès l'abord distinguer de ce qui le suit, suffixe ou élément de flexion, des traits marqueront également les séparations nécessaires : ainsi, dans ce même premier morceau, иу1ц-у, пуст-пшь (p. 1 n. 5) ou вес-ь, вс-я, вс-ё (p. 2 п. 5). Ce procédé de décomposition des mots en leurs éléments de formation offre le très grand avantage d'habituer peu à peu l'élève aux analyses morphologiques.

Notes de syntaxe, ensuite. Non pas qu'il ait semblé utile d'exposer les lois générales de l'accord des éléments de la proposition, des articulations de la phrase (conjonctions et particules), des modalités, négative ou positive, interrogative ou affirmative, tant de la proposition simple que de la phrase articulée;

Introduction. V

mais les lois farticulières, celles qui, propres à la langue russe, se dissimulent sous des schémas qu'un étranger ne saurait à lui seul correctement analyser, celles-là ont été exposées dans le détail. Et l'on a pris soin que les diverses particularités d'un même fait de syntaxe ne fussent pas données en une seule fois, ce qui n'eût pas manqué de fatiguer l'esprit de l'élève, mais successivement développées suivant leur ordre de complexité. — Une attention spéciale devait être donnée à la question de l'aspect des verbes (voir à la nomenclature française de V Index alphabétique, p. 318) et à celle des préverbes, significatifs ou vides (voir, pour chaque préverbe en particulier, la nomenclature russe de ce même index et, pour la question d'ensemble des préverbes vides, la remarque 3 de l"" Appendice, p. 245), avec le seul parti pris non pas d'épuiser le sujet, mais d'apporter des indications précises sur le mécanisme et la valeur des compositions verbales en russe. — En troisième lieu, les emplois idiomatiques ont été signalés au passage, commentés, expliqués, parfois traduits, sans que jamais l'on ait cédé à la tentation de préférer à une analyse l'a peu près d'équivalents français; car ce qui importe dans l'étude des langues, ce n'est pas de traduire, mais de comprendre, puis de retenir; et le procès de la méthode dite méthode de traduction n'est plus à faire. Les expressions populaires, en petit nombre dans ces récits, ont toujours été dénoncées comme telles, soit dans le commentaire grammatical, soit dans le Lexique. D'ailleurs on n'a pas perdu de vue que le besoin d'analyse est plus urgent pour celui qui apprend que pour celui qui sait déjà, pour l'étranger que pour celui qui parle sa langue maternelle, et c'est pourquoi si d'aventure quelques Russes ouvrent ce Manuel, peut-être seront -ils surpris d'y rencontrer telles interprétations, telles réalisations physiques d'images figurées que leur inconscience de sujets parlants serait tentée de croire oiseuses. Notes de choses, enfin : sur le vêtement, la coiffure,

VI Introduction.

la chaussure, l'habitation, les usages se rapportant au baptêîne, au mariage, à la mort, etc. (voir à la nomenclature française de V Index alfhahétique).

Un certain nombre de notes, tant par leur caractère de généralité que par leur longueur, se prêtaient mal à passer dans un commentaire de bas de pages : au nombre de 47, et constituant comme autant de petites notices de morphologie, de syntaxe ou de choses, elles ont été, sous le nom de Remarques, groupées en un Appendice (pages 241-306), à la suite des textes.

Des quelques indications qui précèdent il est aisé de conclure que l'ordre dans lequel seront lus les morceaux commentés ici n'est pas indifférent : ils doivent être lus à la suite. Déconcerté peut-être, dès les premières pages, par l'abondance du commentaire, l'étudiant verra, non sans plaisir, que le nombre des notes diminue à mesure même qu'il avance dans sa lecture : c'est que, signalé encore par un renvoi la seconde fois qu'il se présente, un même fait de langue est supposé connu dès la troisième instance où il apparaît. Les renvois d'une note à une autre sont nombreux : les renvois en avant peuvent être négligés, chacun jugeant, pour son propre compte, de ce qu'il peut en une seule fois assimiler de doctrine grammaticale; mais l'élève studieux se trouvera bien de sa docilité aux indications des renvois en arrière. D'autre part, certains faits de langue, de ceux qui sont d'usage plutôt que d'interprétation morphologique ou syntaxique, demandent d'avoir été vus plusieurs fois en leur contexte avant que le commentaire en puisse être de quelque profit : tel est, par exemple, le cas pour la formation et l'emploi des diminutifs, si nombreux et si importants en russe. On ne s'étonnera pas de ce que ces faits, tout d'abord simplement signalés dans les notes, ne soient interprétés qu'alors qu'il est légitime de penser que l'élève pourra bien comprendre le commentaire auquel ils donnent lieu.

Introduction. VII

Il a paru nécessaire de réunir, sous la double nomenclature russe et française d'un Index alphabétique (pages 307-320), l'ensemble des matières contenues tant dans le commentaire grammatical suivi (au bas des pages 1-239) que dans les remarques de l' Appendice (pages 241-306). Grâce à cet index, qui le plus souvent donne le pas à l'exemple concret sur renonciation abstraite de la règle, l'élève retrouvera aisément tout ce qui a été dit d'une question donnée. De plus, les intitulés des remarques de l^ Appendice ont été reproduits dans la table des matières.

Un livre destiné à l'enseignement élémentaire ne doit pas faire étalage d'appareil scientifique : plus il sera de lecture aisée, et mieux il atteindra le but qu'il se propose. On s'est donc soigneusement abstenu de ces mots de technique grammaticale qui, souvent mal compris par des lecteurs dont les études linguistiques ne sont pas la spécialité, prêtent aux confusions les plus fâcheuses. D'autre part, puisqu'une langue étrangère doit être étudiée en elle-même, on a évité aussi tout étalage de grammaire historique ou comparative. Si, dans le commentaire du dernier récit, le récit des Trois morts, on a introduit l'examen détaillé de quelques «racines» (rac. хорон-, хран-, p. 218 n. 9; rac. мен-, мя-, p. 226 n. 2; rac. кров-, кры-, p. 231 n. 1; rac. тек-, ток-, p. 235 n. 1; quelques autres encore), c'est qu'il a semblé que l'élève, dont le vocabulaire russe se chiffre déjà par plusieurs centaines de mots, s'intéresserait à ce jeu complexe des alternances vocaliques, des dérivations et des compositions, et qu'il y trouverait un modèle pour la pratique d'analyses similaires. Les Russes eux-mêmes ont le sentiment de ce jeu complexe; et c'est encore décrire la langue, telle qu'elle est sentie par les sujets parlants, que de l'analyser.

Un Lexique où l'on s'est efforcé de réunir tous les mots du texte, mais ceux-là seulement, complète ce

\' 1 1 1 Introduction.

Manuel (pages 321-382). Ce Lexique donne le sens général et usuel de tous les termes qu'il glose, même alors que ces termes ne se rencontrent ici qu'avec des acceptions particulières ou rares.

Les éléments de composition des mots composés sont séparés par des traits, au moins dans l 'en-tête des articles : Гх^и-покойный, благо- да i)irri., ия-дох'1>, н-ложГггь, etc. Toutefois ces séparations ne sont indiquées qu'autant que la langue actuelle en t'econnaît encore la réalité : c'est ainsi que les mots tels que сосёдъ ou спасибо, que le sentiment linguistique ne décompose plus, sont donnés en un tout.

Un mot russe fléchi, nom, pronom ou verbe, n'est pratiquement utilisable que si l'on en possède la formule complète de flexion et d'accentuation; on n'a donc pas hésité, au risque d'allonger parfois les articles, à multiplier les indications de formes et de mobilité d'accent : génitif singulier, et, s'il y a lieu, nominatif et cas obliques du pluriel pour les substantifs, formes courtes pour les adjectifs qualificatifs (en cas d'accentuation double, la première forme trouvée est la plus usuelle, la seconde étant, si elle est rare, placée entre parenthèses), le paradigme entier pour certains pronoms, première et deuxième personnes du singulier du présent et, s'il y a lieu, impératif, prétérit, gérondif (ou participe) passé actif, participe passé passif pour les verbes, etc. Si l'on n'a pas relevé les formes courtes des participes passés passifs, c'est qu'il est impossible ou du moins arbitraire d'en fixer, hors contexte, les capricieuses accentuations.

Même quand il en connaît les formes, un étranger ne sait que faire d'un verbe russe dont il ignore s'il est d'aspect perfectif ou d'aspect imperfectif : ces deux qualifications ont été indiquées, la première par l'abréviation pf., la seconde par l'abréviation ipf. De plus, l'immense majorité des verbes russes se présentant par paires, sous deux formes dont l'une est perfective et l'autre imperfective, les paires verbales ont été

Introduction. IX

données dans un même article, un double trait vertical (II) séparant l'une de l'autre. Pour les paires verbales munies de préverbe (type нз-востй, pf., || ]?з-водпть, ipf.), c'est l'aspect perfectif, plus simple, qui toujours commence l'article. Par contre, si un verbe, perfectif ou imperfectif, est donné seul, sans correspondance d'aspect, c'est que l'aspect parallèle manque, ou n'est pas d'emploi usuel, ou comporte une altération de sens, si légère qu'elle soit : ainsi iii)ii-(KaK(iTi., pf. (la forme imperfective ii])ii-('Ka кивать, purement artificielle, ne se rencontre guère ailleurs que dans les dictionnaires), ou 11])о-до.1жать, ipf. — Quant aux pronominaux auxquels correspond une forme simple non pronominale, c'est sous cette forme simple qu'il faut les chercher.

Les morceaux réunis en ce Manuel ont été intégralement accentués, et c'est toujours une tâche délicate que d'accentuer un texte russe : il convient donc d'indiquer en quelques mots comment cette tâche a été comprise.

La notation rigoureuse de l'accentuation d'une phrase russe aurait à tenir compte de trois sortes d'accents, figurés chacun par un signe typographique distinct : F l'accent d'intensité forte ou accent de mot, celui-là même que marquent les dictionnaires (корова, стакан'г>, Bi',iiiira,, понимать); 2° l'accent d'intensité faible ou accent secondaire, développé, par exemple, sur les pronoms personnels quand ceux-ci ne portent pas l'accent d'intensité forte, ou, à des places variables, et assez généralement de deux en deux syllabes, sur telle ou telle syllabe d'une suite de syllabes proprement inaccentuées; 3° l'accent de phrase, où un élément de hauteur s'adjoint à l'intensité, mais dont, sauf pour le cas de certains monosyllabes, la place coïncide toujours avec celle de l'accent principal du mot isolé.

X Introduction.

Une pareille notation serait de mise pour un court spécimen de langue russe, quelques pages à peine, imprimé en transcription phonétique : elle n'eût 'été, en ce Manuel, qu'une gêne gratuitement imposée à la lecture. On l'a donc écartée pour ne laisser place qu'à la seule notation, par le signe \ de l'accent de mot. Mais, tandis que, dans la plupart des textes russes accentués à l'usage des étrangers, l'accentuation s'immobilise en une rigidité uniforme qu'elle n'a pas dans la langue parlée, on a constamment recherché et noté les mouvements d'accent qu'entraîne ou peut entraîner, pour tel mot donné, sa place dans son contexte de phrase. C'est ainsi qu'une même forme de mot, à des places différentes, dans des phrases de rythme ou simplement de sens différent, apparaîtra différemment accentuée : лзбу à la ligne 2 de la page 157, mais iiijdy à la ligne 7 de cette même page; жйдп они б'Кдно à la ligne 2 de la page 21, mais мы жпли б-Ьдио (c'est un petit paysan qui parle) à la ligne 1 du texte p. 146; собрался народъ à la ligne 1 de la page 150, mais собрался народъ à la ligne 4 de la page 191; etc. Sans doute, dans tous ces cas, on eût pu se borner, suivant l'usage de certains dictionnaires, à marquer de deux accents les mots en cause : избу, б']^дн6, coбрмся: mais ce trop prudent système, sans parler du danger externe qu'il présente de laisser croire au lecteur qu'un même mot peut porter simultanément deux accents d'intensité pareille, ne répond, en fait, à rien de réel : car il est bien rare que, dans telle phrase donnée, l'accentuation d'un mot quelconque soit hésitante, les raisons ci-dessus indiquées de sens, de rythme, parfois de style, déterminant, en règle générale, le choix de tel accent plutôt que de tel autre.

Les monosyllabes ont fait l'objet d'un minutieux examen. Accentués, et, s'il s'agit de pronoms, recevant souvent l'accent de phrase en même temps que l'accent d'intensité forte, ils sont marqués du signe d'accentuation; inaccentués, et faisant corps, tant pour

Introduction, j XI

l'accentuation que pour la prononciation, avec l'unité de mot qui précède ou suit, ils ne portent aucun signe d'accentuation. Exemples : мой д1>Д'ь; С1юй корм'ь; ими так'ь, то такъ; ты сксгжй мн1,, отчего вы, ôIukii. Ti'iK'i, иесе.ты.

Quant aux dissyllabes non accentués (pronoms, ])etits mots, ou noms dont l'accent se porte sur la préposition qui précède), l'absence même du signe d'accentuation suffit à en préciser le caractère de mots inaccentués.

En résumé, et sous réserve des accents de faible intensité, négligés à dessein, on s'est efforcé de donner aux textes réunis ici l'accentuation naturelle qu'ils recevraient d'un Russe les lisant à haute voix et qui saurait sa langue. Mais ce Manuel ne pouvant d'aucune manière prétendre à faire office de traité d'accentuation, on s'est abstenu, dans les notes et les remarques, de toute discussion portant sur l'accent; c'est à peine si, à deux ou trois reprises (ainsi pages 172 n. 5, 237 n. 2, 246, Rem. 4), on a cru devoir appeler l'attention sur la valeur significative qui peut, en russe, s'attacher aux phénomènes d'accent.

Suivant un usage communément admis, la prononciation en 0 de la voyelle e a été marquée par un tréma ((0; et comme, dans le parler classique, cette prononciation n'affecte la voyelle e que sous l'accent, il a semblé inutile de superposer le signe d'accent au tréma : орёлъ, тётушка, житьё, etc., seront donc lus орелъ, тетз^шка, житье, etc.

Les textes de ce Manuel ont été collationnés sur les éditions originales pour les morceaux I à XXVIII, sur la 9*^ édition des Œuvres coynflètes du comte Léon Tolstoï (in-8°, Moscou, 1893) pour le morceau XXIX. Les vingt-huit premiers morceaux, à l'exception des morceaux X, XI a, XII et XIII, ont paru pour la première fois dans Г Аз 6 y к a (S^-Pétersbourg, 1872, Zamy-

X 1 1 Introduction.

slovski), recueil compact en quatre livres (185 -• 158 -f 185 г 228 pp.)» aujourd'hui fort rare (la Bibliothèque publique de S'-Pétersbourg ne le possède pas), et dont un exemplaire m'a été obligeamment communiqué par M. Paul Birukoff. Ce même recueil a été publié, à dater de 1874, en fascicules séparés (ГЛзПука proprement dite sous le titre de Новая A.^ovi.a. puis les quatre PvccKiîi книги для чтен1я. etc.) devenus très vite populaires, et réimprimés un grand nombre de fois, sans autres changements notables que l'addition, dans la Ио1)наи Русская книга для чтен1я, d'une dizaine de morceaux nouveaux (dont nos n""" X, XII et XIII). De ces vingt-huit premiers morceaux, véritables petits chefs-d'œuvre de littérature enfantine, sept seulement sont réunis dans les Œuvres complètes : les n''' VI, XIV, XX, XXI, XXV, XXVI et XXVIII.

Les disparates d'orthographe eussent gêné la lecture, et sans profit aucun : en général on s'est réglé, pour les ramener à l'unité, sur le manuel académique de Grot, Русское npaBOHHcaHie.

Les fautes d'impression, toujours nombreuses dans les meilleures éditions des classiques russes, ont été corrigées : c'est ainsi que dans la phrase «a я enj,e не нйд'Ьла > (p. 204, ligne 15), la négation не, «tombée» au tirage de la 9"" édition des Œuvres (t. III, p. 227), a été dûment rétablie. Quant aux «leçons > douteuses, pour la plupart variantes d'une édition à l'autre du Nouvel alphabet et des quatre Livres de lecture russe, elles ont été fixées par le comte Tolstoï lui-même, avec cette parfaite bonne grâce que seuls connaissent ceux qui ont eu l'honneur de l'approcher, et pour laquelle je le prie de vouloir bien trouver ici l'expression de ma très respectueuse gratitude.

Deux noms, celui d'un Français et celui d'un Russe, se lisent sur la couverture de ce Manuel, et leur droit à y figurer est égal. Le plan général du livre, le choix des morceaux, la rédaction du com-

Introduction. XIII

mentaire et des remarques, la composition du Lexique ont été discutés et arrêtés en commun par ^I. Nicolas Spéranski et moi-même.

Mon ami, M. A. Meillet, a lu ce Manuel en manuscrit et sur épreuves. Je dois beaucoup à ses avis, dont tous ceux qui en France s'occupent de linguistique connaissent l'admirable sûreté, et en plus d'un passage il me serait aisé de retrouver la trace de sa collaboration, aussi discrète qu'affectueuse.

M. Charles Salomon, de Paris, M. Ellis H. Minns, de, Cambridge, M. Nicolas Gay, ancien répétiteur à l'Ecole des Langues orientales, Mademoiselle Jeanne Carrière et M. André ^Mazon, tous deux élèves diplômés de cette même Ecole, ont largement contribué à la révision des épreuves. La correction typographique de ce Manuel (et cette correction a bien sa valeur dans un livre du genre de celui-ci) eût été difficilement obtenue sans leur précieux concours : il leur vaudra, non moins que les miens, les remerciements du lecteur. Les seules fautes que j'aie aperçues en relisant les bonnes feuilles sont les suivantes : p. 63, 1. 1 de la n. 2, lire в.'ю-ит1г au lieu de взо-итп; p. 93, 1. 1 de la n. 5, lire кресло au lieu de кресло; p. 219, 1. 1 de la n. 1, lire льдинка au lieu de льдпнька; p. 248, 1. 23, lire «tacher > au lieu de «se tacher»; p. 319, à la rubrique nombres fractionnaires, lire p. 138 n. 5 au lieu de p. 138 n. 7; — dans le Lexique : lire н-розь au lieu de в-розь: de plus, en deux endroits les indices 2)f- et ipf. sont tombés au tirage : l'indice j)/!, à l'article пить, après попить et вы-ипть: l'indice ipf., à l'article по-дать, après no -давать; enfin, à l'article llapàiiia, on devja lire «dim. de Прасковья, -ьи, forme familière de Параскева, -Ы» et non pas «dim. de Параскева, -ы, forme familière de Прасковья, -1Л1».

Les fiches qui ont servi à l'établissement du Lexique ont été relevées par Madame Dobrénovitch, avec un souci d'exactitude et une conscience dont elle ne saurait être trop remerciée.

XIV Introduction.

Une édition anglaise de ce Manuel (University Press, Chicago), préparée par! les soins de M. Samuel Harper, élève diplômé de l'Ecole des Langues orientales, et de M. Ellis H. Minns, paraît en même temps que l'édition française.

Paul Boyer.

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