‹ Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtique (volume 2)Chapitre 111 sur 129 · MIGRATIONS · texte numérisé non relu

MIGRATIONS

dans les régions situées au-dessus de la Celtique, le long de. l'Océan (i). Ce sont ces Galates, ajoute-t-il, qui prirent Rome, qui pillèrent le temple de Delphes, qui rendirent leur tributaire une grande partie de l'Europe et une partie importante de l'Asie, et qui s'établirent dans les pays occupés par les peuples qu'ils avaient vaincus. Il fut donc un temps où les Celtes habitaient au nord-ouest de la région où nous les trouvons établis vers le IV e siècle.

Si l'on admet comme vraisemblable que le domaine des Celtes le plus ancien que nous puissions déterminer était l'Europe centrale, dans quel ordre se classent les invasions celtiques (a) dans le reste de l'Europe ?

La première invasion des Celtes aurait eu lieu dans les Iles Britanniques vers l'an 800 avant notre ère, d'après M. d'Arbois de Jubainville (3). Mais aucun témoignage historique ne nous l'atteste. On ne peut en fixer la date que si le mot xaccfoepoç, qui désigne l'étain dans l'Iliade, est un mot celtique. D'autre part, les différences profondes qui séparent le gaélique des dialectes bretons ne peuvent s'expliquer que si les deux rameaux actuels de la race celtique, les Gaëls et les Bretons, ont été séparés pendant des siècles, et s'il y a eu deux invasions celtiques, à des époques éloignées l'une de l'autre, dans les Iles Britanniques. L'invasion des Celtes de Belgique dans le sud ae la Grande-Bretagne pouvant être datée du III e siècle, on est donc fondé à reporter à quelques siècles en arrière la première invasion.

(1) Bibliothèque, v, 32.

(a) Voir H. d'Arbois de Jubainville, Les Celtes depuis les temps les plus anciens, p. 17-26, 79-204.

(3) Les premiers habitants de l'Europe, 2 e éd., t. 11, p. 232-a83.

L EMPIRE CELTIQUE 349

Ce serait entre 700 etôooque les Celtes auraient pour la première fois pénétré dans le nord et Test de notre pays. Car au VII e siècle, on ne mentionne que les Ligures (1), tandis que Festus Aviénus, reproduisant sans doute le périple d'Himilcon (V e siècle), parle d'une région jadis habitée par les Ligures, mais alors occupée par les Celtes. D'autre part, Festus Aviénus ne cite pas les Celtes parmi les habitants de l'Espagne, tandis qu'Hérodote au milieu du V e siècle, Ephore au milieu du IV e siècle, Eratosthène à la fin du III e les y montrent établis. Or les Celtes n'ont dû pénétrer en Espagne qu'après avoir soumis la Gaule (2).

L'établissement des Celtes en Espagne daterait, d'après ce qui précède, du V e siècle. Les noms de lieux celtiques que Ton relève dans la péninsule ibérique pourraient donc remonter à cette époque (3).

C'est peut-être aussi lorsqu'ils développaient leur puissance à l'ouest et au sud, que les Celtes envahirent au sud-est la Vindéiicie et chassèrent les Illyriens du Norique et de la Pannonie(4). Cette hypothèse, outre qu'elle rendrait compte de la présence de noms celtiques tant de personnes que de lieux dans ces pays, expliquerait pourquoi, au I" siècle avant notre ère, l'historien Sempronius Asellio, reproduisant sans doute un auteur plus ancien écrivait que la ville de Noreia, aujourd'hui Neumarkt en Styrie était située in Gallia, c'est-à-dire en pays celtique.

(1) Pseudo-Hésiode, Catalogues, fr. i3a, chez Strabon, VII, 3, 7.

(2) H. d'Arbois de Jubainville, Revue celtique, t. xxiv, p. 163-169.

(3) H. d'Arbois de Jubainville, Les Celtes en Espagne, Revue celtique, t. xiv, p. 357-395 ; t. xv, p. 1-61, 160-173.

(4) H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de VEurope a* éd., t. 1, p. 3o4-3o5. Voir ci-dessus.

350 AMBIGATUS

Nous avons vu d'ailleurs que les Taurisci du Norique, les Boit, les Scordisci de Pannonie, les Iapodes d'IUyrie sont des peuples celtiques. Les guerres des Celtes avec les Au* tariates et les Venètes, peuples illyriens qui étaient maîtres de la Pannonie, d'une partie de la Thrace et des bords de l'Adriatique, leur alliance en 336 avec Alexandre le Grand oontre les Triballes, peuple de Thrace, les luttes des Bou avec les Daces, sont attestées par les historiens de l'Antiquité (i).

Y eut-il, à cette époque, une solide unité politique chez les Celtes et le roi Ambigatus fut-il une sorte de Charlemagoe qui aurait réuni sous son empire tous les pays conquis par les Celtes (a)? Rien n'autorise à l'affirmer et le texte concis de Tite Litre ne peut guère fournir une matière suffisante à de telles déductions. Au lieu d'être un Charlemagne historique, Ambigatus est-il seulement un Charlemagne de légende? cela même, nous ne pouvons guère le dire. Est-ce Ambigatus qui provoqua l'invasion celtique en Italie ? Il y a contradiction, comme nous l'avons vu, entre Polybe qui nous montre les Gaulois s'emparant de Rome vers 386 et Tite Live qui donne deux dates difficilement conciliables, 6oo et 390. Si Polybe a raison, l'invasion des Gaulois en Italie et la prise de Rome ne peuvent être contemporaines d' Ambigatus qui vivait au j temps de Tarquin l'Ancien. Pline, Diodore de Sicile et Appien s'accordent à placer vers 396. les luttes des Gaulois avec les Etrusques ou Tyrrhènes et fortifient ainsi le témoignage de Polybe. Il n'est donc guère probable qu'il

(1) Voir ci-dessus, p. Î6, 28, 306, 3i4, 3i5, Polybe, II, 18; Strabon, V, !, 6.

(2) H. d'Arboit de Jubain^Me, /&**., t.n, p. *97-3o4.

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7 ait eu deux invasions celtiques en Italie, à trois siècles de distance (i).

Quoi qu'il en soit, d'après le récit même de Tîte Li've, tandis qu'une fraction de l'armée celtique pénétrait en Italie, un autre corps de troupes remontait au nord, vers la forêt Hercynienne. Il dut se trouver en contact avec les Germains. Les Celtes soumirent-ils les Germains ? On ne peut l'affirmer (a) ; mais, plusieurs siècles plus tard, on trouvait encore au centre de l'Europe des peuples celtiques, par exemple les Volcae, près de la forêt Hercynienne, les Gothiniy au sud-est de la Germanie, les Boii, en Bohême, et on se souvenait encore que les Helvetii étaient jadis établis entre la forêt Hercynie, le Rhin et le Main (3).

À quelle date les Belges, peuple celtique mélangé d'éléments germaniques, franchirent-ils le Rhin pour s'établir au nord de la Gaule? Probablement au temps où d'autres Celtes, venus sans doute aussi de Germanie, s'établissaient dans la vallée du Rhône. Or, entre les Pyrénées et le Rhône, le Pseudo-Scylax (milieu du IV* siècle) ne mentionne que des Ibéro-Ligures, et entre le Rhône et les Alpes que des Ligures. La perte du Rhône, d'après Aristote, est située en Ligurie. Il n'en était plus de même en 218. Annibal, traversant la Gaule méridionale, ne trouva sur son passage

(1) Voir toutefois A. Bertrand et S. Reinach, Les Celtes dans les vallées du Pô et du Danube, p. 27-32 ; 43-45.

(2) H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de VEurope, t. 11, p. 325-329, a essayé de démontrer cette thèse que combat E. Wiûdisch, Beriehte uber die Verhandlungen der Kôniglichen Sâchsischen Gesellschaft der Wissensehaftett zu Leipzig* 18I7 p. ioi-i26.

(3) Tacite, Germanie, a8.

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