‹ Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtique (volume 2)Chapitre 16 sur 129 · CARACTERISTIQUES DES CELTES · texte numérisé non relu

CARACTERISTIQUES DES CELTES

lions modernes, c'est l'unité politique qui, plus forte a langue, plus forte que les coutumes, plus forte que . ;e constitue le peuple. On ne constate point de lien lable chez les Celtes qui occupaient le centre et >t de l'Europe. Tribus éparses sur de vastes territoires, souvent en guerre les unes contre les autres que réu- ;ontre un ennemi commun, quels motifs avait un raphe ou un historien pour les comprendre sous une mination commune? Les différences linguistiques tous semblent les plus précises et les plus faciles à icier ne semblent pas avoir été seules à préoccuper :ri vains de l'antiquité. Polybe(i) remarque que les tes avaient avec les Gaulois quelque ressemblance les vêtements et les mœurs, mais aucune pour le ige. Pour César (a), les Belges, les Aquitains, les is diffèrent les uns des autres par la langue, les insons, les lois. Pour Strabon (3), les Aquitains se iguent non seulement par la langue, mais encore leur type physique. Quant aux Germains, César ne ppose aux Gaulois qu'au point de vue des usages (4). >on(5) au contraire les trouve plus sauvages, plus ds, plus blonds que les Gaulois, mais déclare qu'ils e même caractère et le même genre de vie que les is. Tacite semble déterminer la nationalité tantôt par ngue seule, tantôt par les coutumes, tantôt par Tasphysique. La preuve pour lui que les Gothini ne sont

Histoires, ii. 17.

De bello gallico, 1,1, 2.

Géographie, iv, 1, 1.

De bello galUco, vi, ai.

Géographie, vu, 1, 2.

pas Germains, c'est la langue qu'ils parlent (t). D'autre part, Tacite (a) se demande s'il doit ranger les Venedi de Germanie parmi les Germains ou parmi les Sarmates, et trouve qu'ils se rapprochent plutôt des Germains par ce qu'ils bâtissent des maisons, portent des boucliers et aiment à aller à pied. Les Aestii ont les mœurs et l'extérieur des Suèves, mais leur langue se rapproche de celle des Bretons (3). Les Irlandais diffèrent peu des Bretons pour le caractère et la civilisation (4). Quant aux Calédoniens, c'est à cause de leurs cheveux roux et de leur grande taille que Tacite leur attribue une origine germanique (5). Suétone (6) rapporte que Galigula voulant que Ton crût que des prisonniers germains figuraient dans son triomphe et n'ayant sous la main que des Gaulois, leur fit apprendre la langue germanique et changer la coupe et la couleur de leurs cheveux. C'étaient donc là pour lui les deux caractéristiques des Germains.

Une fois la conquête romaine effectuée, il est probable que la géographie administrative des Romains remplaça les notions ethnographiques plus ou moins confuses que les anciens avaient conservées des Celtes, et que les historiens et les géographes romains appliquèrent aux Celtes et à la Celtique de César des renseignements qui leur étaient parvenus sur d'autres Celtes et d'autres Celtiques. Ainsi nous ne pouvons être assurés que la dénomination commune de^ Celtes n'ait été réservée qu'a des peuples de même langue

(i) Germanie, /»3.

(a) Ibid., 46.

(3) lbid., 45.

(4) Agricola, a4.

(5) Ibid. ii.

(6) Caligula, A7.

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et que des ressemblances, pour nous superficielles, de vêtements ou de coutumes n'aient pas suffi à faire rattacher aux Celtes des tribus parlant une langue non celtique, ou n'ayant jamais constitué avec les Celtes un ensemble politique.

L'archéologie celtique offre des difficultés que ne présentent point au même degré l'archéologie grecque et l'archéologie romaine. C'est qu'elle est tout entière anépigraphe. Aucune inscription ancienne en langue celtique n'est gravée sur les monuments ou sur les objets que nous sommes tentés d'attribuer à l'art des Celtes. On est donc réduit, pour résoudre les problèmes que pose l'archéologie celtique , à des méthodes d'investigation qui font une grande part à l'hypothèse. On peut cherchera dater les restes que les peuples passés ont laissés sur le sol et si la date restituée coïncide avec l'occupation du sol en question par les Celtes, attribuer à la civilisation celtique les objets ou les monuments découverts. L'hypothèse serait fortifiée si les mêmes objets se retrouvaient exclusivement dans les pays occupés par les Celtes. Mais une telle démonstration est à peu près impossible, la date restant toujours discutable et les fouilles et les découvertes étant, malgré l'activité des archéologues, limitées à des étendues restreintes. De plus , comme l'a remarqué M. d'Arbois de Jubainville, on ne peut pas établir de rapport certain entre la langue d'un peuple et la forme des armes ou des outils dont ce peuple se sert. « On peut changer d'armement sans changer de langue ; la France n'a pas abandonné

l'usage du français quand elle a adopté la poudre de guerre et les armes à feu (i). » « Quelle preuve avons-nous que la circonscription géographique dans laquelle le commerce a répandu un objet artistique ou industriel quelconque à une date reculée ait été, à cette date, occupée par des peuples qui parlaient la même langue ou qui formaient le même groupe politique (a)? » Enfin des peuplades géographiquement isolées ou peu douées de qualités d'assimilation pouvaient être, à un certain moment, dans un état de civilisation très différent de celui d'autres peuples de même race et de même langue queux. L'unité de civilisation n'implique ni la parenté de race, ni l'identité de langue et ce que Ton serait tenté d'attribuer à la différence des temps peut tenir souvent à la différence des lieux.

La distinction des peuples par les modes de sépulture ne donne guère de résultats plus précis que la distinction par les objets. A la période la plus ancienne de leur histoire, les Romains inhumaient leurs morts (3) ; vers le temps de Servius Tullius, mort en 534 avant J.-C, l'inhumation est remplacée par l'usage de brûler les morts ; et, à l'époque chrétienne, l'inhumation redevient en usage. Qui peut prétendre que les Celtes n'ont pas,* de même, passé par des usages différents ? Sur le sol de la Gaule, on trouve successivement une population qui inhumait ses morts sous les dolmens ; une population qui incinérait les défunts, mettait leurs cendres dans des urnes et enfouissaient ces urnes sous des tombelles; puis' une troisième population qui inhumait les morts. Faudra-t-il

(i) Revue celtique, t. xx, p. 391.

(a) Jbid., t. xviii, p. 126.

(3) Cicéron, De legibus, 11, 22. Pline, vir, 54, 187.

EALLSTATT

donc donner à ces populations trois noms différents et attacher exclusivement à lune délies le nom des Celtes?

L archéologie doit seulement nous apprendre à quelles civilisations [on peut rattacher les Celtes, sans qu'il soit possible de déterminer à quel peuple ces civilisations ont originairement appartenu. Nous avons de l'état industriel et social des habitants du centre et de l'ouest de l'Europe des indices qui sont bien antérieurs aux premiers témoignages historiques un peu détaillés qui nous aient été conservés sur les Celtes.

C'est, en effet, dans la période comprenant les huit derniers siècles avant notre ère que Ton peut rechercher les traces archéologiques de l'ancienne civilisation celtique (1). Cette période se divise en deux époques.

La première, qui s'étend de l'apparition du fer en Europe jusqu'aux environs de Tan 4co, s'appelle civilisation hallstattienne, du nom d'une nécropole célèbre, Hallstatt, située dans l'ancien [ Norique, actuellement en Haute- Autriche. En France, des tumuli de la Bourgogne et de la Franche-Comté appartiennent à celte péiiode (2).

La seconde est l'époque de la Tène, ainsi nommée d'une sorte de blockhaus sur le lac de Neufchàtel ; on l'a divi-

(1) Déchelette, L 'archéologie celtique en Europe (Revue de synthèse historique, t. m, p. 30-59).

(2) Hoernes, Hallstatt en Autriche, sa nécropole et sa civilisation, Revue d'Anthropologie, t. iv (1889), p. 328-336. Ed. von Sacken, Bas Grabfeld von Hallstatt, Vienne, 1868. L. Naue, L'époque de Hallstatt en Bavière, Retue archtologique, t. xxvn (1895), p. 4o- 77. A. Castan, Les tombelles celtiques du massif d'Alaise, Revue archéologique, t. xv (i858), p. 298-313; 5*9-612 (P l - 33 7> 338 » 34 &» 3^9' ; t. 1 (1860), p. 325-336 (pi. xu, xin). S. Kcinach, touilles dans

. les nécropoles de Watsch et Sanct Margarethen en Carniole, Esquisses archéologiques, p. 52-71. A. Bertrand, Archéologie celtique et gauloise, 2 e éd. p. 320-324.

sée en trois périodes (1) ; c'est le second âge du fer où les progrès de la métallurgie développent à la fois l'industrie et le commerce extérieur et qui s'étend de 4oo au début du 1 er siècle de notre ère. Elle est représentée, en France, surtout par les sépultures à inhumation des régions de la Marne et de la Champagne et quelques oppida (2).

La nécropole de Hallstatt où Ton a trouvé environ 1800 tombes a fourni plus de 6000 objets. Les tombes sont soit à inhumation, soit à incinération ; ces dernières offrent un matériel plus riche. Les armes y sont en grand nombre ; la plupart, épées, poignards, coutelas, lances, flèches, haches sont en fer ; sur 28 épées, trois sont en fer et en bronze, 6 seulement en bronze ; on a trouvé peu d'armes défensives. Les ornements, ceintures, bracelets, fibules sont en bronze. Près de 200 vases sont

(1) Les âges de la Tène sont respectivement désignés par les archéologues sous les noms de Tène I, Tène II, Tène 111. La Tène 1 s'étend du IV* au III* siècle ; la Tène II du III» à la fin du II* siècle : la Tène III* comprend Je I" siècle.

Sur l'extension de la Tène Hl, voir J. Déchelette, V Anthropologie, t. xiii (1902), p. 77-83.

(2) V. Gross, La paléoethnologie en Suisse, Revue d'anthropologie, t. m (1888), p. 732.735; La Tène, un oppidum helvète, Paris, 1886 (avec planches). — Bulliot Les fouilles du Mont-Beuvray ■, Autun, 1899; Revue archéologique, 1870 et 1872.

Sur les antiquités d'Alesia, voir Revue archéologique, t. iv (1861), p. 66, pi. xin ; t. x (i864), p. 337, pl.-xxn. Journal des Savants, 1880, p. 5ô8, 622.

Sur les tombes de la Marne, voir Revue archéologique, t. xiv (1866), p. 22-34 (pi.); t. xxxiv (1877), p. 4o-46 (pi.) ; 212-216; t. vi (i885), p. 70-78, le Dictionnaire archéologique de la Gaule, époque celtique, planches. L. Morel, La Champagne souterraine, Reims, 1P98.

J. Déchelette, Le hradischt de Stradonic (Congrès archéologique, 1899).

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