PROPRIÉTÉ
Les civitates possédaient de grandes propriétés territoriales, si étendues qu'elles pouvaient accueillir sur leur domaine un peuple entier (i). D'après Nicolas de Damas, on honorait surtout ceux qui accroissaient le domaine public (a).
La féodalité celtique diffère de la féodalité française en ce qu'elle ne semble pas fondée comme celle-ci sur la propriété immobilière. Chez les Gaulois d'Italie, au quatrième siècle avant notre ère, la fortune consistait en troupeaux et en or, parce que ces objets seuls peuvent facilement, quand les circonstances l'exigent, être emmenés partout et changés de place à volonté. Chez les Vaccaei, voisins des Celtibères, chaque année, on partageait le pays pour le cultiver : à la récolte on mettait en comçaun les fruits et on distribuait à chacun sa part ; celui qui essayait d'en mettre une portion de côté était condamné à mort (3).
En Gaule transalpine, rémigration des Helvetii en Tan 58 avant notre ère ne peut guère s'accorder avec la propriété individuelle du sol ; on ne conçoit guère que les deux cent soixante-trois mille Helvetii se soient décidés à renoncer à leurs propriétés. De même, l'établissement des Boii sur une partie du territoire des Aedui moyennant une redevance annuelle, stipendium, semble prouver que le sol des Aedui appartenait à l'Etat comme ager publiais et non comme ensemble de propriétés privées. D'autre part, il n'apparaît pas que les Boii soient ni les esclaves, ni les domestiques, ni les fermiers d'aucun particulier. Le régime des biens entre époux ne s'explique guère si l'on ne
(i) Voir ci-dessus p. 181.
(a) Stobée, Anthologie, xliv, Ai.
(3) Diodore, v, 34.
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suppose pas que les biens consistaient en troupeaux ; César nous fait connaître qu'à la mort d'un des deux époux le survivant reçoit non seulement son apport, et rapport fait à la communauté par son conjoint, mais aussi les fruits produits antérieurement, superiorum lemporum ; comment pourrait-on conserver les fruits si ces fruits ne sont pas le croît des troupeaux ?
A cette théorie de M. d'Arbois de Jubainville (i), Fustel de Goulanges (a) a opposé le texte de César où il est question de procès sur lhéritage ou sur les limites, fines, et qui prouverait que les Gaulois connaissaient la propriété héréditaire du sol. Mais le contexte montre qu'il peut être question de contestations entre peuples {fines chez César a le plus souvent le sens de territoire), aussi bien qu'entre particuliers et l'hérédité n'a pas nécessairement pour objet la propriété immobilière. Il est d'autre part singulier que César n'ait pas expressément signalé la communauté du sol chez les Gaulois alors qu'il remarque que les Germains ne connaissent pas la propriété privée (3). M. Lécrivain (4) ajoute aux arguments de Fustel de Coulanges des observations intéressantes. L'impôt que César appelle tributum ne peut guère être qu'un impôt foncier; la redevance due pour l'exploitation de ïager pu bile as s'appelle plutôt vecligalia ; or il n'y a guère que
(i) H. d'Arbois de Jubainville, Recherches sur V origine de la propriété foncière, p. 99-121 ; Cf. p. xxiii-xxxi.
(a) Revue des questions historiques y t. xlv (1889), p. 627-437, Voir aussi F. P. Garofalo, Questioni di diritto ctltico, Mevue celtique, t. xxiv, p. 417-622.
(3) De bello gallico, vi, 22.
(4) La propriété foncière chez les Gaulois, Annales de la Faculté des lettres de Bordeaux, 1889, p. 182-194.
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les propriétaires de plein droit qui paient l'impôt foncier. Quand Critognatus reproche aux Romains de vouloir s'établir dans les terres, agris, des nobles et des puis sants, il semble bien qu'il parle de propriétés privées (i). Lorsque le premier terme des noms de lieux celtiques en -magus « champ » est un nom de personne (a), il semble bien que ces noms désignent des propriétés privées.
Les textes nous manquent pour que nous puissions donner une solution exacte du problème de la propriété chez les Gaulois.
Le manque de sens politique et un particularisme ombrageux sont en général la caractéristique de ces tribus gauloises. Les Cenomani d'Italie s'allient aux Romains contre leurs congénères les Boii et les Insubres (3). Les Aruerni et les Sequani appellent Arioviste en Gaule (4 Les Rémi aident César à vaincre la coalition des Belges après l'avoir dénoncée (5). Les Lingones et les Rémi refusent de prendre part à l'insurrection générale de la Gaule et fournissent des troupes à César (6).
Et pourtant d'autres faits prouvent que les Celtes ont eu de bonne heure la conscience de l'unité de leur race. En 2 25 [avant notre ère, les Insubres et les lion d'Italie pour décider les Gaulois transalpins à se joindre à eux leur rappelèrent les hauts faits de leurs ancêtres (7). La tradition du royaume d'Ambigatus, si elle n'a point de réalité
(1) De hello gallico, vu, 77, id.
(2) Voir ci dessus, p. g4.
(3) Tite IJyg, xxxii, 3o ; Strabon, v, 1, 9.
(4) De bello gallico, i, 3i.
(5) lbid., 11, 5.
(6) lbid. y vu, 63; vin, 11.
(7) Polybe, 11, 22.
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historique, symbolisait la croyance à l'origine de tous les Celtes (i). L'unité de la Gaule futréal des Arvernes par Celtillus, puis par Vercing^ sorte d'unité religieuse était constituée par le d] l'assemblée annuelle dans le pays des Garnutes toute la Gaule (a). Les druides racontaient que étaient tous nés du Dieu que les Romains apj pater (3). Des faits historiques démontrent qu< peuples celtiques avaient gardé vivante la noti antique parenté. Les Bellovaci (4), peuple bel, été de tout temps les alliés et les amis des Ae des Suessiones, Diviciacus, occupait aussi le Grande-Bretagne (5). Les Armoricains demande cours à la Grande-Bretagne (6). Les Ambarri si consanguins des Aedui (7). Les Rémi sont frèr guins des Suessions, proches et parents des ] Ces exemples, auxquels il faut ajouter la coal Gaule contre les Romains en 5a, autorisent-ils à avec M G. Jullian (9) le mot de patriotisme gau
(1) Tile Live, v, 34. Cf. H. d'Arbois de Jubain ville, L habitants de V Europe, a* édit., t. 11, p. 3 8 7- {93. Voi chapitre Vil.
(2) De bello gallico, vi, i3, 10.
(3) Ibid., vi, 18, 1.
(4) Ibid., 11, i4.
(5) lbid.. 11, 4.
(6) lbid., m, 9.
(7)iwa., I, i«.
(8) Ibid., 11, 3.
(9) Jullian, Le patriotisme gaulois, Revue celtiqi p. 373-394.