‹ Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtique (volume 2)Chapitre 53 sur 129 · SERMENT · texte numérisé non relu

SERMENT

Sur les coutumes judiciaires des Celtes, nous sommes mal renseignés. Les cas d'intervention des pouvoirs publics étant rare?, la plupart des procès se règlent entre particuliers. A peine pouvons-nous recueillir quelques notes sur le serment qui consacre les conventions, le duel qui décide des querelles, la procédure et les sanctions pénales.

L'épopée irlandaise nous a conservé la formule du serment de Gonchobhar, roi d'Ulster. « Le ciel est au-dessus de nous, la terre est au-dessous de nous, la mer tout autour nous environne. Si le ciel ne tombe pas avec sa pluie d'étoiles sur la face de la terre où nous sommes campés, si la terre en tremblant ne se brise, si la mer aux solitudes grises et bleues ne vient sur le front chevelu de la vie, je ramènerai par la victoire dans les combats et dans les batailles les vaches à rétable et les femmes à la maison ! » Le roi d'Irlande Loégairé, au V e siècle de notre ère, avait pris comme garants de son serment le soleil et la lune, l'eau et l'air, le jour et la nuit, la mer et la terre. Il viola son engagement et alors la terre l'engloutit, le soleil le brûla, et l'air s'éloigna de lui, en sorte qu'il mourut (i).

M. H. d'Arbois de Jubain ville a cru retrouver cette formule dans la réponse célèbre des Celtes auxquels Alexandre avait demandé ce qu ils craignaient le plus :

(i) H. d'Arbois de Jubain ville, Cours de littérature celtique, • vxx, p. 19-35.

L'ÉTAT 189

« Nous ne craignons qu'un^ chose, c'est que le ciel ne nous tombe sur la tête(i). »

Le duel décidait chez les peuples celtiques de certaines questions Litigieuses. Poseidônios (a) entendit raconter en Gaule que dans les festins, anciennement, lorsqu'on servait des jambons, le plus fort se saisissait de la cuisse et si quelqu'un la lui disputait, ils se levaient ensemble pour se battre à mort. L'usage de réserver au plus brave le meilleur morceau se retrouve dans la légende irlandaise où le morceau du héros est le sujet d'une des épopées les plus vivantes et les plus dramatiques du cycle d'Ulster : « Le porc de Mac-Dâthô », et constitue d'importants épisodes du « Festin de Bricriu » (3). Il est possible que dans quelques cas, il s'agisse d'une sorte de duel judiciaire ; mais souvent, il n'y avait là qu'un passe-temps ; du temps de Poseidônios, en Gaule, à la fin des repas, les convives aimaient à lutter sans se prendre à bras le corps ; quelquefois cependant ils allaient jusqu'à se blesser et se tueraient si les assistants ne les séparaient (4).

Chez les Celtibères, à Garthagène, lorsque P. Cornélius Scipio Africanus voulut, en 206 avant J.-C, pour honorer la mémoire de son père et de son oncle, donner des combats de gladiateurs, il trouva autant de guerriers qu'il en voulut pour s'en t retuer volontairement et gratuitement. Parmi ces guerriers, il y en avait qui, n'ayant pu résoudre des différends par la discussion et n'ayant pas voulu

(1) Arrien, Anabase, 1, 4, 7-8. Ptolémée, chez Strabon, vu, 3, 8. Cf. Aristote, Morale à Nicomaque, m, 7, 6.

(3) Alhénér, -v. 4o.

(3) H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique^ t. y, p. 71-78 ; 86-1 46 ; t. vi, 35-47.

(4) Athénée, iv, 4o.

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