TRIADES
dunum, dont le second terme est le nom celtique bien connu dunos, en irlandais dûn « forteresse », aurait pour premier terme le nom d'un dieu gaulois Lugus. il y a au moins une coïncidence curieuse dans le fait que la fête d'Auguste se célébrait à Lyon le i er août et que le 1 er août est dénommé en vieil-irlandais Lug-nasad, c'est-à-dire « fête de Lug » (i). On aurait choisi pour célébrer la fête de l'empereur le jour où Ton fêtait jadis le dieu éponyme de la ville. On a trouvé dans deux inscriptions le nom de génies Lugoves (2), qui est le pluriel en celtique de Lugus. Dans Tépopée irlandaise, Lug, le bon ouvrier capable d'exécuter tout ouvrage qu'on lui confie, a gardé peut-être quelques traits de son ancêtre supposé Lugus, sans qu'il soit possible de restituer avec quelque précision la physionomie de celui-ci.
Les divinités celtiques sont souvent, dans les dédicaces, groupées deux à deux, un dieu et une déesse. Nous avons déjà cité Sucellos et Nantosuelta. On trouve de plus dans les inscriptions gallo-romaines Mercure associé à Rosmerta (3), déesse dont le nom est certainement celtique, cf. Smertorix ; Borvo, le dieu de Bourbonne-les- bains, de Bourbon-Lancy et d'Aix-les-Bains, associé à Damona; Apollon associé à Sirona, la nymphe des eaux ; Mars as-
ti) H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique t. vu, p. 3o5-3i7 ; Les Celtes depuis les temps les plus anciens, p. 39-45; Rhys, Hibbert lectures, p. 4io.
(2) Corpus inscriptionum latinarum, 1. 11, n° 2818. Revue celtique, t. vi, p. 488-497 ; Cf. Cours de littérature celtique, t. n, p. 178.
(3) Corpus inscriptionum latinarum. t. xm, 5677 etc; Revue celtique, t. xvin, p. i43, a 56,
sodé à Nemetona, dont le nom rappelle celui de fée guerrière de Tépopée irlandaise (i).
Ce dualisme n'a rien de particulier aux Celtei trouve fréquemment ailleurs. Le groupement des en triades a plutôt un caractère celtique. Nous ave plus haut de l'autel de Reims, où un dieu corn avec Apollon et Mercure ; on peut citer encore 1' Beaune et l'autel de Dennevy ; dans chacun de o figurent trois personnages dont un tricéphale. La personnage principal manque dans l'autel de Sai Le dieu tricéphale lui-même semble une représ réduite de la triade. On a souvent remarqué qi tates, Esus et Taranis, les trois divinités sanguinaii par Lucain, pouvaient constituer une triade. Ce que l'on est tenté de regarder la triade comme une tion celtique, c'est que la triade est dans la littéra Bretons du Pays de Galles un genre de compositi eu un grand succès et qui a été appliqué au droit, térature, à l'histoire. Mais la plus ancienne triade provient d'un manuscrit du XII 9 siècle et, che; landais, la triade n'a point eu la fortune prodigieus eut chez les Gallois. Saurons-nous jamais si quel relie la triade religieuse des Gallo-Romains au gei raire si en honneur chez les Bretons d'Outre-Manc tout cas, la pièce du gallo-romain Ausone sur le trois ne semble pas fondée sur des triades celtic
(i) H. Gaidoz, Religion des Gaulois (Encyclopédie des religieuses, t. v, p. 43a).
(2) S Bertrand, L'autel de Saintes et les triades gaulois* archéologique, t. xxxix, (ilcJo), p. 337-347, pi. ix et x ; t. : P- 1-18, pi. xi, xh, xii bis ; p. 70-84 (Ûg.).
(3) Idylles t xi, (xvi).
*±\\ CROIX GAMMÉE
Mais Diogèue Laerce nous a conservé une maxime druidique sous forme de triade (i).
Pour terminer ce qui a trait aux divinités celtiques et à leur représentation, il faut dire quelques mots de certains signes symboliques que Ton trouve sur divers monuments. On a depuis longtemps renoncé à voir dans les monuments mégalithiques l'œuvre d'un peuple celtique et les cupules creusées dans ces monuments et environnées d'un nombre plus ou moins grand de lignes circulaires ne sauraient appartenir à notre sujet (a)* Mais il est possible que les Celtes aient anciennement attaché une idée religieuse au swastika ou croix gammée ainsi appelée parce qu'elle parait formée de quatre gammas grecs dont la barre horizontale est tournée dans le même sens ; ce signe est souvent associé à la roue ou rouelle formée d'un cercle et d'un nombre variable de rayons, que l'on trouve aussi employée seule. On a signalé la croix gammée sur diverses monnaies gauloises (3) où elle est quelquefois associée à une tête d'Apollon ; et aussi sur des cippes sans inscriptions de la région pyrénéenne, et des stèles irlandaises du VII e siècle (4). On sait que la croix gammée se trouve sur les vêtements de plusieurs personnages représentés sur des peintures des catacombes, où elle semble bien n'avoir qu'une valeur ornementale. Quant aux rouelles, on les trouve figurées avec la croix gammée sur les cippes pyrénéens dont nous venons de parler; dans de nombreuses enceintes gauloises, on a trouvé en abondance des rouelles, en or, en
(i) Voir ci après, chapitre vi.
(2) A. Bartrand, Archéologie celtique et gauloise, 2* éd., p. 100-109.
(3j E. Hucher, Vart gaulois, t. 11, p. io5, 106, i3A.
(4) A. Bertrand, La religion des Gaulois, pi. xm.
argent, en bronze, en plomb qui servaient sans doute d'amulettes et étaient peut-être, comme Ta pensé M. H. Gaidoz, un symbole du culte du Soleil (1). Rien ne nous prouve expressément que les Celtes l'aient ainsi interprété. Ainsi donc, divinités à noms et à attributs romains, divinités gallo-romaines à noms celtiques, triade de Lucain, Ogmios de Lucien, symboles dont nous ne pouvons pénétrer que par conjecture la signification, voilà les éléments dont se compose le panthéon celtique. Si nous essayons de restituer la physionomie de ces divinités mystérieuses, il faut nous les figurer, non pas semblables aux mythiques habitants de l'Olympe grec dont chacun représente une idée distincte, force de la nature, ou conception de l'esprit, mais plutôt apparentés aux dieux rustiques et guerriers du Latium, dont les aspects sont multiples et les pouvoirs variés. A l'époque des grandes invasions, les dieux des diverses tribus gauloises étaient sans doute presque exclusivement des dieux guerriers. Lorsque les Celtes s'établirent à demeure dans les pays qu'ils avaient conquis, ces mêmes dieux eurent à protéger les villes fortes et les maisons de culture répandues sur le territoire, à distribuer la pluie et le soleil aux champs fertiles, ainsi qu'aux forêts immenses et ténébreuses ; dans la Cisalpine et dans la province romaine, de bonne heure ils présidèrent aux transactions et aux échanges que faisaient les Gaulois avec les marchands romains et les négociants grecs de Marseille ; enfin, de temps à autre, leur vertu guerrière
(i) H. Gaidoz, Etudes sur la mythologie gauloise. Le dieu gaulois du Soleil et le symbolisme de la roue, Hevue archéologique, t. iv, i884, p. 7-37, 136-1A9, t. v, i885, p. 179-203; 364-371 ; t. vi f p. 16-27, I 7" I 9 I » 3i9-3ao; (avec figures).
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