ENCEINTES SACRÉES
les victimes en priant que le dieu rende le don qu'il a fait propice à ceux auxquels il l'accorde (i). A ces plantes à vertus merveilleuses il faut encore ajouter le Samolus ValerandL remède contre la maladie des bœufs et des porcs, dont la cueillette donne lieu à des procédés magiques : il faut que celui qui le cueille soit à jeun, l'arrache de la main gauche, ne le regarde pas et ne le mette pas ailleurs que dans l'auge où on le broie (a). La verveine sert aux Gaulois pour tirer les sorts et prédire l'avenir (3). La divination par les morceaux de bois marqués que Tacite signale chez les Germains (4) était connue des Gaëls et des Bretons (5). Des pratiques superstitieuses identiques ou analogues sont encore en usage dans certaines de nos campagnes.
Les bois sacrés des Gaulois dont, au temps de Pline, le chêne rouvre était le principal élément, sont mentionnés par les auteurs de l'Antiquité (6). Les Galates d'Asie Mineure avaient un sénat qui se réunissait pour juger les causes de meurtre dans un endroit appelé Apuvé|xe*ov ; or, le second terme de ce mot signifie en celtique bois sacré (7). Ces bois sacrés tenaient-ils lieu de temples aux Gaulois transalpins ? On serait tenté de le croire, car César ne parle que de l'endroit consacré, in loco consecrato, où sur
(1) Histoire naturelle, xvi, 95, 349; xxiv, 6a, io3. Cf. H. Gaidoz, Revue de V histoire des religions, t. n, p. 68-82.
(2) Pline, xxiv, 63, io4.
(3) Pline, xxv, 59, 106.
(4) Germanie, 10.
(5) J. Loth, Revue celtique, t. xvi, p. 3i3-3i4. Cf. Annales de Bretagne, t. xx, p. 35o.
(6) Pomponius Mêla, in, a, 17. Lucain, in, 399-42 5.
(7) H. d'ArboU de Jubainville, Cours de littérature celtique, t x, p. 11 A. Voir ci-dessus, p. 70.
le territoire des Carnutes les druides s'assemblaient chaque année à époque fixe pour rendre la justice (i). Il n'y a rien à conclure pour l'époque gauloise de l'existence de nombreux temples en Gaule au temps des Gallo-Romains. Tout au plus, peut-on remarquer qu'un grand nombre de ces temples sont consacrés à Mercure, quelques-uns à Apollon, à Jupiter et à Mars (a), et qu'il y a là une confirmation du texte de César : Deum maximum Mercurium , colant. Mais, chez les Gaulois cisalpins, il n'est pas douteux qu'il y ait eu des temples. Tite Live nous rapporte qu'en 216 avant J.-C. les dépouilles et la tête du consul désigné Postumius furent portées par les Boïens dans le temple le plus respecté de leur nation (3). 11 y avait chez les Insubres un temple d'Athênâ (4). Les Bretons de Boudicca ont des lieux consacrés (tepa) ; ils offrent des sacri- * fices humains dans le bois sacré (dtXcoç) de la déesse Adrastê (5). En 61 avant J.-C, Suetonius Paulinus fait couper les bois de Mona consacrés à de sauvages superstitions (6). Les mots voto'ç ou aedes ne sont jamais employés chez les écrivains grecs ou latins pour désigner les temples des Celtes.
Les temples étaient-ils ornés, comme chez les Romains, de statues de dieux auxquels on rendait un culte ? Sur ce point, les témoignages des anciens sont contradictoires. Les Galates, au dire de Strabon, avaient à Tavium une
(1) De bello gallico, vi, i3 ; cf. 17.
(a) A. Bertrand, La religion des Gaulois, p. 3a3-3a5, 3a8, 33t.
(3) Tite Live, xxm, 24.
(4) Polybe. 11, 3a.
(5) Xiphilin, abrégé de Dion Cassius, lxii, 7.
(6) Tacite, Annales, xrv, 3o*