‹ Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtique (volume 2)Chapitre 77 sur 129 · SACRIFICES HUMAINS · texte numérisé non relu

SACRIFICES HUMAINS

remplissent d'hommes vivants ; ils y mettent le feu et ce» hommes périssent enveloppés par les flammes. Ils croient que le supplice de ceux qui sont convaincus de vol» de brigandage ou de quelque autre crime est celui qui plaît Je plus aux dieux immortels ; mais quand ces sortes de victimes ne sont point assez nombreuses, ils y suppléent en sacrifiant des innocents (i). D'après Sttabon(a), la victime recevait un coup de sabre dans le dos ; puis Ton prédisait Ta venir d'après la nature de ses convulsions ; d'autres fois, la victime était tuée à coups de flèches, ou crucifiée dans les temples ; ou bien on construisait un mannequin colossal avec du bois et du foin ; on y faisait entrer des bestiaux et des animaux de toute sorte pêle-mêle avec des hommes, puis on y mettait le feu. Diodore de Sicile (3) rapporte que les Gaulois gardent les malfaiteurs pendant cinq ans, puis, en l'honneur des dieux, ils les empalent, et les brûlent avec beaucoup d'autres offrandes sur d'énormes bûchers. Avant et après César, il est aussi question de sacrifices humains, surtout à la guerre. Dans la première moitié du troisième siècle avant J.-C., Sopatros cité par Athénée dit que les Gaulois sacrifiaient les prisonniers de guerre (4). En 167 avant J.-C, la même coutume subsistait chez les Gaulois d'Asie (5). Diodore (6) dit expressément que les Gaulois et les Galates immolaient les prisonniers en l'honneur des dieux et

(1) De bello gallico, vi, 16. Voir ci dessus, p. xkk. (a) Géographie, îv, 4, 5. Cf. Diodore, v. Si.

(3) Bibliothèque, v, 3a ; cf. César, De bello gallico, vi, 17.

(4) Athénée, iv, 5i ; Cf. H. d'Àrbois de Jubain ville, Cours de littérature- celtique» t. xii, p. 397

(5) TiteLive, xxxviri, 4 7 , ia.

(6) Bibliothèque* v, 3a ; xxxi, i3.

triaient avec les hommes les animaux pris à la guerre. Cassius (i) nous rapporte que les Bretons de Boudicca sacrèrent avec des raffinements de cruauté les femmes tives, en l'honneur de la déesse Àdrastê. Justin nou prend que les Gallo-Grecs font des sacrifices aval livrer bataille ; un jour que les présages étaient funesh égorgèrent même leurs femmes et leurs enfants pour ser la colère divine (a). Tacite nous parle de l'horribl perstition des habitants de Mona qui regardaient co un acte religieux d'arroser les autels du sang des vicl et de consulter les dieux dans les entrailles humaine Dès Tan 97 avant J.-C., un sénatus-consulte proti les sacrifices humains. Denys dlïalicarnasse, qui ter ses Antiquités romaines vers l'an 8 avant J.-C, cou que les sacrifices humains sont encore en usage da Gaule de son temps (4). Lorsque Lucain (3()-65) parle des horribles sacrifices offerts à Esus, Taranis et tatès (5), il est probable qu'il faisait allusion à des tûmes disparues, au moins dans les pays soumis à la d nation romaine. En 77, il semble (6) que les sacr humains subsistaient encore dans les parties de la Gra Bretagne restées indépendantes ; mais en Gaule, ve après J.-C, les druides attiraient à leurs autels deshon liés par des vœux et leur faisaient couler un peu de t sans les mettre à mort. L'ancienne barbarie n'était

(1) Histoire romaine, lxh, 7 .

(a) Histoires, xxvi, 2.

(3) Annales % xiv f 3o.

(4) Antiquités romaines, 1, 38.

(5) Pharsale, 1, 444-446.

(6) Pline, Histoire naturelle, xxx, 4, i3.

258 IMMORTALITÉ DE i/AME

alors qu'un souvenir (i). En Irlande, le Dinn-Senchus, traité de géographie dont les parties les plus anciennes remontent au XI e siècle, mentionne encore une idole appelée Cromm Gruach à laquelle on immolait des enfants (2). Parmi les croyances religieuses, une de celles qui ont le plus étonné les anciens est la croyance à l'immortalité de Tâme. « Je traiterais les Celtes d'insensés », écrit Va- 1ère Maxime, « si l'opinion de ces gens à braies n'était celle de Pythagore vêtu du pallium ». D'après d'autres écrivains, cette doctrine était venue aux Celtes par les druides (3). Toujours est-il qu'elle était très répandue et très populaire. Delà ru sage de se prêter entre eux des sommes remboursables dans l'autre monde, de fixer les enfers comme lieu de règlement de leurs affaires commerciales (4), de brûler et d'enterrer avec les morts ce qui sert aux vivants (5). On a même vu, dit Pomponius Mêla, des parents se jeter volontairement dans le bûcher de leurs proches dans l'espoir d'aller vivre avec eux (6). Les Celtes prétendent ne craindre ni les tremblements de terre ni les inondations ; ils s'avancent tout armés au devant des flots (7). C'est que la foi en une autre vie est éminement propre à exalter le

(1) Pomponius Mêla, m, 2, 18.

(2) Dans la Vie tripartite de saint Patrice, cette idole s'appelle Cenn Cruaich. Joyce, A social history of ancient Ireland t. i t p. 275-276»

(3) De bello gallico, vi, i4. Timagène, chez Ammien Marcellia,. xv, 9, 8.

(4) Valère Maxime, u, 6, .10.

(5) De bello gallico, vi, 19, 4.

(6) Chorographia, m, 2, 19.

(7) Aristote, Ethique à Nicomaque, m, 7,7; Ethique d'Eudème* n, i, a5.

courage (i) ; elle était sans doute aussi la cause de ces suicides d'un caractère religieux que l'on a signalés chez les Celtes (a) ; elle peut, de même, dans certains cas, rendre compte des sacrifices humains, dont nous venons de parler. ImBL substitution de l'incinération à l'inhumation (3) est peut-être aussi en rapport avec l'idée de survivancedesâmes. Il ne semble pas, bien que les textes soient obscurs et contradictoires, que cette immortalité ait consisté en une seconde vie sur la terre dans un corps nouveau. Ce n'est pas la doctrine pythagoricienne, d'après laquelle l'âme des méchants revenait en ce monde habiter un autre corps, tandis que l'àme des justes menait dans les espaces aériens une vie purement spirituelle. Ce n'est pas non plus les demeures silencieuses de l'Erèbe, ni les profondeurs du pâle royaume de Dis que gagnent les âmes. Le même souffle anime leurs membres dans un autre monde, la mort est le milieu d'une longue vie (4). La situation de cet autre monde (5) varie suivant la position géographique des divers peuples celtiques. Comme l'a fait remarquer M. A. Le Braz (6), les gens du continent le plaçaient volontiers dans les îles. Une tradition fixée par écrit au VI e siècle par Procope (7) rapporte que les habitants du pays situé en face

(1) De bello gallico, vi, i4. x

(a) Nicolas de Damas, chez Stobée, vu, 4o.

(3) Voir ci-dessus, p. i44-i46.

(4) Lucain, Pharsale, 1, 454-458.

(f>) M. S. Reinach a démontré (Revue celtique, t. xxn, p. 447-457) que par les mots orbis olius Lucain voulait désigner une autre région de la terre et non une autre planète ou un astre.

(6) La légende de la mort chez lés Bretons armoricains, a* édition, p. XII.

(7) De bello gothico, iv, ao. A. Le Braz, La légende de la mort chez les Bretons armoricains f a* éd., p. xii-xiii. Cf. Claudien, Contre Huffin t 1, ià4.

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