CALENDRIER
ils une vingtaine d'années h s'instruire. Les druides pensaient que les matières de leur enseignement ne devaient pas être confiées à récriture. Le principal point de leur doctrine était que l'âme ne périt pas et qu'après la mort elle passe d'un corps dans un autre. Une foule de questions sur les astres et leurs mouvements, sur la grandeur du monde et de la terre, sur les lois de la nature, sur Faction et la puissance des dieux immortels faisaient partie de leurs doctrines et de leur enseignement (i). Il faut ajouter à la physiologie ou philosophie naturelle, l'éthique ou la philosophie morale (a). Tout en affirmant que les âmes et le monde sont immortels, les druides prétendent qu'on jour prévaudront le feu et l'eau, doctrine stoïcienne que Poséidon ios, hanté, comme la plupart des doxographes, par l'idée de retrouver chez les peuples les plus divers les théories grecques (3), prête, peut-être sur des analogies superficielles, aux druides gaulois. Pomponius Mêla, confirmant les renseignements donnés par César sur les sujets et la durée de renseignement des druides, affirme que leur enseignement était secret et que le seul point de leur doctrine qui eût pénétré dans le public était l'éternité des âmes et l'existence d'une autre vie après la mort (4). Diogène Laërce nous a conservé en grec une maxime sous forme de triade qu'il attribue aux Druides : honorer les dieux, ne faire aucun mal, avoir de la bravoure, csfoi*
(i) De bello gallieOy vi, i4.
(a) Strabqn, iv, h, A.
(3) A. Rivaud, Le problème du devenir dans la science et la philosophie grecques, Alcan, 1906, p. 68, 77.
(4) Chorographia, ni, a, 19.
6coù<; xai [/.rjoèv xaxbv £pc£v xai àvSpetocv àaxeïv (i). Rien ne nous permet de supposer que la philosophie et la science druidiques puissent être comparées à la philosophie et à la science grecque.
Nous ne savons si les druides, comme les pontifes romains, étaient chargés de rédiger le calendrier. Bien qu'on ait découvert récemment à Coligny un calendrier, que Ton a quelque raison de croire celtique, ce n'est guère que par les textes irlandais et gallois que l'on peut connaître Tannée celtique (a).
L'année était lunairechez les Celtes comme chez les autres Indo-Européens. Le nom du mois se confond souvent avec celui de la lune. En sanskrit msts signifie « lune » eU mois » ; le gotique mena signifie « lune » ; le vieux-haut-allemand mano signifie « lune » et « mois ». Les mois et les années des Celtes commençaient avec la lune (3).
Les Celtes ont pour habitude de compter par nuits ; César nous le dit formellement (4), et dans l'ancienne littérature irlandaise comme dans l'ancienne littérature galloise on date souvent par nuits ; en gallois semaine se dit wythnos, « huit nuits » ; quinzaine, pythefnos « quinze nuits » ; en irlandais oidhche Samhain « nuit de Samhain (i er novembre) désigne la nuit qui précède et non celle qui suit le i er novembre. Il n'est pas douteux que chez les Celtes
(1) Vies des philosophes, préface, 6. Cf. H. d'Arbois de Ju bainville, Cours de littérature celtique, t. vi, p. i5o-i53.
(a) J. Loth, Vannée celtique d'après les textes irlandais, gallois , breton* et le calendrier de Coligny (Revue celtique, t. xxv, p. n3- 16a). Voir aussi S. de Kicci, Revue celtique, t. xxi, p. 10-27 '» Thiers, Comptes rendus de l'Académie des inscriptions, 1898, p. 167, 61 a.
(3) Pline, Histoire naturelle, xvi, g5, a5o.
(4) Debello gallico, vi, 18,
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on comptait par nuits, et d'une nuit à l'autre. Cette coutume, d'ailleurs, ne leur est pas spéciale (i).
On ne sait rien de bien précis sur la durée de Tannée celtique. Le calendrier de Coligny offrait un mois intercalaire de 3o jours destiné sans doute à établir tous les deux ans et demi l'accord entre l'année solaire et Tannée lunaire laquelle aurait compté 354 ou 355 jours. Un des nombres consacrés deTépopée irlandaise est 35o nuits. En Bretagne armoricaine comme au pays de Galles, il y a des jours complémentaires, appelés en breton gourdeziou, en gallois dyddiau dyddon. Ces jours auxquels sont attachées diverses superstitions populaires auraient été ajoutés lorsque Ton convertit Tannée lunaire en année solaire.
L'année se divisait d'abord en deux moitiés. Il est souvent question de demi-année dans les textes irlandais et gallois, et on trouve aussi cette division dans le calendrier de Coligny. Mais la division la plus commune est celle de Tannée en quatre séries de trois mois . On la trouve dans les lois irlandaises comme dans les lois galloises.
Quant aux subdivisions du mois, elles sont indiquées par les mots gai lois pythefnos, irl. coiclhiges « quinzaine»; le wythnos gallois dont nous avons parlé plus haut est une subdivision, en chiffres ronds, de la quinzaine. La période de trois jours et trois nuits que Ton rencontre souvent dans les anciens textes gallois ou irlandais est sans doute une ancienne subdivision du mois lunaire de 29 jours 1/2.
Le calendrier de Coligny comprendrait un cycle de deux j ans et demi. On ne trouve rien de semblable chez les
(1) On la trouve chez les Athéniens (Pline, 11, 79, S8) ; chez le» Germains (Tacite, Germanie, n) ; chez les Numides (Nicolas de Damas» Fragmenta historicorum graecorum^X. m, p. 463, fr. i3<)).
Irlandais et chez les Gallois, chez lesquels les pério usage sont respectivement de 3 et de 7 ans. I Pline (1), le cycle des anciens Celtes était de trente a Les anciens avaient été frappés des analogies qu sentait la doctrine des Grecs sur l'immortalité de avec renseignement de Pythagore. Aucun (2) d'enl pourtant ne dit que les druides eussent eu des ra avee Pythagore ou ses disciples. Diodore de Sicile ei les expressions évi<r/ust 7cxp' autotç 6 Iluôayopou Xoyoç < nion de Pythagore prévaut chez eux, [chez les Celtes Valère Maxime établit seulement un rapprochemen les deux doctrines (4). Le texte d'Ammien Marcellin sans doute pour source Timagène, est moins clair : eux les druides, plus hauts dans leurs conceptions, < l'établit l'autorité de Pythagore, liés par des assoc collégiales, s'élevèrent aux questions cachées et prc et méprisant les choses humaines proclamèrent le immortelles : inter eos druidœ ingeniis celsiores, 1 loritas Pythagorœ decrevit, sodaliciis adstricti con quaestionibus occultarum rerum altarumque erecti despectantes humana pronuntiarunt animas immortc La phrase ut auctoritas Pythagorœ decrevit, d'après ordinaire des Latins, se rapporte à ce qui suit : e signifier simplement que les sodalicia consortia des <
(1) Histoire naturelle, xvr, 95, a5o.
(a) Je ne crois pas qu'on ait à tenir grand compte du text< andre Polyhistor, (Clément d'Alexandrie, 1, i5 ; Fragmenta corum graecorum, t. 111, p. a 39) ni du text* mutilé de Jî {Vie de Pythagore, xxvni, i5i), dont nous ignorons la sour
(3) Bibliothèque, v, 28. .
(4) Faits et dits mémorables, n, 6, 10.
(5) Histoire romaine, xv. 9, 8.
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étaient une organisation semblable à celle qu'avait établie Pythagore ; il est peu probable qu'elle détermine l'ensemble de la phrase. Sur l'origine de la doctrine druidique nous devons donc nous en tenir à l'opinion rapportée par César et d'après laquelle l'enseignement des druides venait de Grande-Bretagne (i). Il aurait été apporté sur le continent par les Celtes d'outre-mer qui, d'après une tradition druidique rapportée par Ammien Marcellin citant Timagène, constituaient une partie importante de la population de la Gaule : les druides rapportent qu'en réalité une partie du peuple est indigène, mais qu'il s'y est ajouté d'autres éléments provenant des îles extrêmes et des contrées audelà du Rhin (a).
L'enseignement druidique, qui fut en grande faveur tant que la Gaule resta indépendante, ne survécut pas longtemps à la conquête (3). Un sénatus-consulte, sous le règne de Tibère, supprima les druides, sustulit Druidas {k). Officiellement supprimés, les druides pendant quelque temps continuèrent à enseigner dans les forêts. L'ouverture des écoles romaines dont la plus ancienne est celle d'Àutun (5), leur enleva la clientèle des jeunes nobles gaulois. Du temps d'Ausone, il y avait à Bordeaux des gens qui se disaient descendants des druides (6). Cela ne prouve pas qu'il y eût encore des druides en Gaule au IV e siècle.
Chez les Irlandais, les druides sont entourés de nom-
(i) Debello gallico, vi, i3, n.
(a) Histoire romaine, xv, 9, 4.
(3) Fustel de Goulanges, Revue celtique, t. iv, p. 37 ; H. d'Arbois 4e Jubainville, Ibid., t. xu, p. 3i6.
(4) Pline, , Histoire naturelle, xxx, 6, i3.
(5) Tacite, Annales, m, A3.
(6) Professores, v, 7 ; xi, 27.
breux disciples. Cathbad avait auprès de lui cent homme» qui sous sa direction apprenaient le druidisme, druidecht. Dans une des légendes hagiographiques rattachées à la vie de saint Patrice, deux druides sont chargés de l'éducation des deux filles du roi Loégaire. En quoi consistait renseignement druidique? Une glose du Senchus Mor, recueir de jurisprudence irlandaise, nous apprend que les druides ' irlandais disaient que c'étaient eux qui avaient fait le ciel, la terre, la mer, le soleil, la lune, etc., et il est possible que ce soit là le dernier mot de cette cosmogonie druidique dont, sans la connaître, on s'est plu à vanter la profondeur scientifique. De plus, les druides enseignaient la magie, et les seuls écrits que la légende leur attribue sont des caractères oghamiques gravés sur quatre baguettes d'if qui servaient à des pratiques de divination. Quant à la doctrine de l'immortalité de l'âme, qui était généralement admise en Irlande avant le christianisme, il ne semble pas qu'elle fût spécialement enseignée par les druides irlandais (i).
Les druides sont réputés les plus justes des hommes (2). Aussi les fait-on juges des contestations publiques et privées. S'il y a eu un crime de commis, si un meurtre a eu lieu, si Ton se dispute à propos d'héritage ou de limites, ce sont eux qui décident, et qui déterminent les amendes et les châtiments. Si un particulier ou un homme public ne veut pas s'en tenir à leur sentence, ils lui interdisent les sacrifices. C'est là le châtiment le plus grave chez eux ; ceux auxquels a été faite cette interdiction sont mis au nombre des impies et des criminels ; tout le monde
(i)H. d'Artois de Jubainville, Cours de littérature celtique, t. i„ p. 165-189.
(3) Strabon, iv, h, 4.
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s'écarte d'eux, on fuit leur approche et leur conversation pour ne pas recevoir quelque dommage de leur contaet ; s'ils déposent une plainte, on ne leur rend pas la justice et ils n'ont part à aucune dignité. A une époque déterminée de Tannée, les druides se réunissent sur le territoire des Carnutes, dans un endroit consacré. Là, de toute part s'assemblent tous ceux qui ont des procès, et ils obéissent à leurs jugements et à leurs décrets (i).
M. d'Arbois de Jubainville (a) a fait remarquer qu'il était naturellement impossible que les druides connussent de toutes les contestations publiques ou privées qui s'élevaient en Gaule. De plus, aucune des contestations entre Gaulois qui sont mentionnées dans le De bello gcdlico n'est soumise au jugement des druides ; et avant l'arrivée de César il y avait presque chaque année des guerres pour faire du tort ou le repousser (3). Il est probable que César, reproduisant des textes plus anciens, parle ainsi d'un état social qui n'existait déjà plus à l'époque de la conquête des Gaules. On peut d'ailleurs faire remarquer que la juridiction des druides n'était pas obligatoire et qu'il n'y avait sans doute à se rendre une fois Tan à l'assemblée tenue sur le territoire des Carnutes que les plaideurs qui n'avaient pu s'accorder par aucun autre moyen. Toujours est-il que rien de semblable n'a été signalé en Irlande, et que ce sont les filé et non les druides qui interviennent dans les causes judiciaires.
Le rôle politique des druides dans l'ancienne. Gaule, si
(i) César, De bello gallico, vr, i3. Cf. Diodore, v, Si, 5, et Strabon, iv. h, 4. Voir ci-dessus, p. 190. . .
(2) Bévue celtique, t. vin, p. 5i9-5a5,
(3) DeheUo gallico, vi, i5.
l'on excepte toutefois la vie publique de Divic est peu connu ; c'est seulement chez Dion Chryi premier siècle de notre ère v , que nous trouvoi l'assertion que les rois ne peuvent rien décid druides, qui sont versés dans la divination el sciences; et qu'il serait juste de dire que ce s commandent et que ces rois assis sur des trôi bitant de magnifiques demeures, sont leurs i les serviteurs de leur pensée (i). Est-ce d'une c les druides qu'il s'agit dans le passage où Gésai de l'accession au pouvoir de Convictolitavis, n< l'usage de la cité par les prêtres, per sacerdol vitatis (2) ? N'est-ce pas à leur pouvoir moral leur pouvoir politique que les druides doivent grande autorité dans les affaires de la paix, que dans celles de la guerre, et de pouvoir a armées sur le point d'en venir aux mains en milieu des combattants (3) ? Rien ne vient con l'époque ancienne l'assertion de Dion Chrysost druides avaient une influence politique, elle doute due à leur situation personnelle et ne pas un privilège de leurs fonctions. Diviciaci nombreux incidents de sa carrière politique, u sa qualité de druide qu'il semble que Gésai qu'il l'était.
Le meilleur commentaire du texte de Dion C se trouve dans une épopée irlandaise intitulée / des vaches de Cualngé. Cûchulainn, le hén
(1) Discours, xlix.
(2) De bello gallico, vu, 33.
(3) Diodore de Sicile, v, 3i, 5.