HIÉRARCHIE
que Poseidônios représente vivant sans hommes dans une île de peu d'étendue en face de l'embouchure de la Loire et s adonnant au culte bachique. Elles avaient coutume, une fois l'an, d'enlever la toiture du temple de leur dieu et de le recouvrir dans la même journée. Si l'une d'elle laissait tomber sa charge de matériaux, elle était aussitôt mise en pièces par ses compagnes (i).
Chez les Irlandais, il est quelquefois question de druidesses, ban-drui, et plus souvent de ban- filé qui, comme les filé, étaient à la fois devineresses et poétesses (2).
Une question importante, et dont l'étude constitue la principale originalité du livre d'Alexandre Bertrand sur la religion des Gaulois, est l'organisation intérieure du corps druidique. César nous dit seulement que les druides ont un chef qui a sur eux l'autorité suprême (3). Ce chef, à sa mort, est remplacé par le plus digne, et si plusieurs compétiteurs ont des titres égaux, le successeur est élu par les suffrages des druides. Quelquefois même, on se dispute les armes à la main cette dignité suprême. Le texte d'Ammien Marcellin cité plus haut (p. 279) parle incidemment des associations corporatives des druides analogues aux associations pythagoriciennes (4).
En Irlande, il n'est question ni d'un chef suprême, ni d'une hiérarchie, ni de corporations druidiques. Les druides agissent isolément ou par deux ou trois. Ils sont mariés et vivent en famille chacun dans leur maison.
(1) Strabon, iv, k. 6 Cf. Denys le Périégète, v. 570 et suiv.
(2) Dinmenchus de Rennes, 83 ; Revue celtique, t. xvi, p. 34. H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, t. vi, p. 92-93.
(3) De bello pallico, vi, i3.
(4) Histoire romaine, xv, 9, 8.
Dans une Vie de saint Patrice on lit qu'un jour dix druides vêtus de blanc se réunirent contre l'apôtre de l'Irlande ; rien n'indique que ces druides constituassent une association (i).
A. Bertrand rapprochant le texte d'Ammien Marcellin de l'organisation actuelle des lamaseries du Thibet a supposé que les affiliés du plus haut grade, les druides, étaient astreints à vivre en communautés, entourés de leurs disciples et des membres inférieurs de la corporation. Une pareille organisation entraînait de toute nécessité rétablissement de grands centres d'habitation. Comme les lamaseries de la Tartarie et du Thibet, ces espèces d'oasis religieuses auraient été le dépôt de vieilles traditions médicales et industrielles et un centre des lois civiles. Il y aurait eu dans ces communautés le mélange de doctrines d'un sentiment religieux et moral très élevé, source d'une vie cénobitique des plus sévères, avec des superstitions grossières, des pratiques barbares, un charlatanisme révoltant dont les chefs des lamaseries ont parfaitement conscience, tout en se sentant impuissants à les détruire. Enfin de telles communautés auraient représenté en petit toute une société : prêtres, professeurs, architectes, artistes, musiciens, médecins, missionnaires (a). Les grands monastères d'Irlande, d'Ecosse et d'Angleterre qui semblent sortir de terre spontanément à une époque où la Gaule n'en possède pas encore, ne seraient que des communautés druidiques transformées par le christianisme. A. Bertrand remarque que dans ces monastères ce
(i) H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, t. vi,