‹ Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtique (volume 2)Chapitre 90 sur 129 · S COLLÈGES · texte numérisé non relu

S COLLÈGES

n'est pas la religion, ce sont les sciences, les lettres, ce qu'enseignaient autrefois les druides, qui sont surtout florissantes : on y calligraphie avec un art qui n'a jamais été dépassé (i).

Cette ingénieuse hypothèse mérite d'être étudiée de près. En pareille matière, on ne peut arriver à la certitude. 11 suffit qu'une hypothèse réunisse un certain nombre de probabilités pour qu'elle doive être retenue.

Une première question se pose. Le texte d'Ammien Marceliin a-t-il bien le sens que lui donne À. Bertrand ? Le sens de sodalicius n'est pas douteux. 11 signifie « relatif à une corporation » ; les sodalicia sont le plus souvent des corporations religieuses, mais le mot désigne aussi des corporations d'artisans ; en tout cas, il ne signifie point communautés. Quant à consortium, il est difficile de déterminer si ce mot est pris au sens restreint ou au sens large, car il n'est pas employé dans un autre passage d'Ammien Marceliin et en eût-on d'autre exemple chez le même auteur, qu'on ne saurait prétendre qu'il y fût toujours employé dans le même sens. Au sens restreint, consortium se dit de la communauté de biens ; il est employé ainsi par Ulpien au Digeste, xvu, a, 5a, et par Suétone, Claude, a8. Mais, au sens large, il signifie simplement communauté au figuré, participation à, consortium reipublicœ chez Tite Live, iv, 5, consortium regni chez Tacite, Annales, iv, 3 ; consortium studiorum chez Pétrone, Satyrico/î, ioi. S'il faut entendre dans la phrase d'Ammien Marceliin le mot consortium au sens restreint, on pourra peutêtre donner à l'expression consortiis sodaliciis le sens

(i) A. Bertrand, La religion des Gaulois, p. 280.

d'associations cénobitiques. Si consortium est pris dans l'acception la plus large, consortiis sodaliciis ne signifie pas autre chose qu'associations corporatives, collèges, plus ou moins analogues aux collèges sacerdotaux des Romains.

On ne peut donc tirer une conclusion claire de ce texte obscur. Les raisons qu'on pourrait opposer directement à la thèse de A. Bertrand sont surtout négatives. Comment se fait-il que, si les druides ont une organisation si remarquable et si étonnante pour un Romain, César n'en ait rien dit ? On pourrait répondre que César n'a raconté avec soin et précision que ses campagnes et qu'il a peu étudié les mœurs et les coutumes des Gaulois. Mais il nous donne sur les druides assez de détails pour qu'on ne puisse supposer qu'il n'aurait pas mentionné le fait le plus caractéristique et le plus original de l'organisation druidique, d'autant qu'il nous fournit quelques renseignements sur la hiérarchie des druides. De plus, comment concilier l'hypothèse de druides vivant en communauté avec ce que nous savons de la vie du druide Diviciacus, qui est marié, a des enfants, prend part aux affaires publiques et même aux expéditions guerrières ?

Quant aux monastères celtiques, il est fort douteux qu'ils aient remplacé des communautés druidiques. Les premiers apôtres de l'Irlande avaient pris à tâche de faire disparaître toute trace de l'ancienne religion. Saint Patrice exigea des filé qu'ils renonçassent à toute pratique qui ne pourrait s'exécuter sans un sacrifice aux faux dieux. La prière de Ninine dit que Patrice combattit les druides au cœur dur et écrasa ces orgueilleux. Dans une prière qui lui est attribuée, Patrice prie Dieu de le protéger contre les

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